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Europe: La sécheresse menace la récolte de pommes de terre... et la taille des frites

reuters.com

Publié le 26 août 2022 à 13:15 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 21:26

Europe: la secheresse menace la recolte de pommes de terre... et la taille des frites

EUROPE: LA SÉCHERESSE MENACE LA RÉCOLTE DE POMMES DE TERRE... ET LA TAILLE DES FRITES

Thierry Roge

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Gus Trompiz et Sybille de La Hamaide

PARIS (Reuters) - La sécheresse et les chaleurs record de cet été en Europe risquent de conduire à la pire récolte de pommes de terre depuis des années, avec à la clé le risque d'une hausse des coûts des frites pour les consommateurs et d'une augmentation supplémentaire des coûts pour les producteurs.

Les conditions climatiques très défavorables des derniers mois en Allemagne, en France, aux Pays-Bas et en Belgique, quatre pays qui assurent la majorité de la production de pommes de terre de l'Union européenne, pourraient ramener les volumes de production sous le plus bas de 2018, année déjà marquée par une sécheresse inhabituelle, selon les analystes de World Potato Markets.

Le service de suivi des récoltes de l'UE a réduit cette semaine sa prévision de rendement de 2,5%, même si la prévision correspond à la moyenne des cinq dernières années.

Certains producteurs mettent en garde sur la fiabilité des estimations en expliquant que la majeure partie de la récolte a lieu en septembre et que les averses et la baisse des températures depuis la mi-août pourraient améliorer la situation. Mais dans les champs, l'espoir est ténu.

À Juliers, dans le Land allemand de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Erich Gussen estime ainsi que sa récolte pourrait être réduite de moitié et que la pluie arrive trop tard.

"La récolte n'a lieu qu'en septembre-octobre mais il est clair que plus rien ne continue à pousser ici", dit-il.

Dans les exploitations les mieux équipées, l'irrigation des champs a permis de limiter l'impact de la sécheresse mais les plants ont souffert des vagues de chaleur successives.

"Autant le stress hydrique on peut gérer, autant le stress thermique, on n'y peut rien. On a connu des épisodes de chaleur mais là, en termes de pics et de longueur, on n'a pas connu", explique Geoffroy d'Evry, cultivateur dans l'Oise et président de l'Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT).

En France, les rendements pourraient être inférieurs d'au moins 20% à leur moyenne des 20 dernières années, selon les dernières estimations de l'UNPT sur la base de prélèvements. La fédération parle désormais de récolte "catastrophique".

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La chaleur est un risque pour les rendements comme pour la qualité, les températures excessives affectant à la fois la forme et la couleur des tubercules, ce qui risque de compliquer leur transformation, les contrats de fourniture incluant des critères comme la longueur des frites.

LES PRIX À TERME EN HAUSSE ONT DÉJÀ BONDI DE 50%

Après l'augmentation des coûts de production liée à la hausse des prix de l'énergie et d'autres matières premières, une récolte décevante pourrait cependant conduire les producteurs à relever leurs prix de vente.

"Cela va coûter plus cher au secteur, plus cher au consommateur, mais le coût le plus important sera à la charge des agriculteurs", estime Christophe Vermeulen, directeur général de Belgapom, la fédération belge du secteur, qui estime que la chute de la récolte nationale pourrait atteindre 30%.

Pascal Willaert, cogérant de la Maison Antoine, l'une des plus célèbres friteries de Bruxelles, s'attend à ce que la raréfaction de la matière première fasse monter les prix.

"C'est trop tôt pour dire de combien mais ce qui est sûr, c'est qu'on ne va pas vers moins cher", dit-il, ajoutant que sa baraque a déjà relevé ses tarifs d'environ 10% depuis le début de l'année pour répercuter l'augmentation des coûts de l'énergie.

De grandes multinationales comme McDonald's ont eux aussi revu leur grille tarifaire à la hausse, entre autres pour les frites, afin d'intégrer l'augmentation des prix des matières premières.

Ni McDonald's ni McCain Foods, grand producteur européen de frites surgelées pour McDonald's comme sous ses propres marques, n'étaient disponibles dans l'immédiat pour évoquer l'impact possible de la récolte en Europe.

Sur le marché EEX, le contrat à terme le plus traité sur les pommes de terre européennes, pour livraison en avril 2023, affiche une hausse de près de 50% depuis le début de l'année.

L'expérience de 2018 montre que les cultivateurs et les industriels vont devoir s'adapter, estime Bernard Ouillon, délégué général du GIPT, le Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre, en rappelant qu'il y a quatre ans, la renégociation de certains contrats avait autorisé un raccourcissement de la taille des frites.

Mais il juge peu probable qu'une hausse des prix de vente freine la demande finale.

"Un kilo de frites surgelées c'est moins de 2 euros, on est sur des produits économiques. C'est rarement un frein à l'achat", dit-il.

En amont dans la chaîne d'approvisionnement, néanmoins, cultivateurs et transformateurs risquent de peiner à s'approvisionner.

"On va trouver ce qu'on peut sur le marché européen. On va racler tous les fonds de tiroir", prédit Geoffroy d'Evry.

(Reportage Gus Trompiz à Paris, Sybille de La Hamaide et Clément Rossignol à Bruxelles, Erol Dogrudogan à Juliers, Michael Hogan à Hambourg, Nigel Hunt à Londres et Marek Strzelecki à Varsovie, version française Marc Angrand, édité par Kate Entringer)

reuters.com

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