Grande-Bretagne : La livre au plus bas, le gouvernement Truss inquiète les marchés

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Photo d'archives de liasses de billets de banque en livres sterling britanniques[reuters.com]
(Crédits : Leonhard Foeger)

par Amanda Cooper

LONDRES (Reuters) - La livre sterling est tombée lundi à son plus bas niveau historique face au dollar et les obligations d'Etat britanniques chutaient, trois jours après la présentation d'un plan de relance budgétaire qui inquiète les investisseurs, au point que certains souhaitent une intervention d'urgence de la Banque d'Angleterre.

Le ministre des Finances, Kwasi Kwarteng, a minimisé dimanche la dépréciation de la monnaie nationale depuis son discours au Parlement, assurant que sa priorité était le renforcement du potentiel de croissance du pays et non la réaction à court terme des marchés.

Il avait annoncé devant la Chambre des communes vendredi des baisses massives d'impôts et de taxes mais sans préciser comment le gouvernement entend les financer.

Son discours a accéléré la baisse des obligations d'Etat, et donc l'envolée de leurs rendements, qui ont enregistré leur plus forte hausse sur une journée depuis plusieurs décennies, tandis que la Bourse de Londres chutait au plus bas depuis mars.

La livre, elle, a perdu lundi jusqu'à 5%, tombant à 1,0327 dollar, son plus bas niveau depuis le passage du Royaume-Uni au système décimal au début des années 1970.

En milieu de journée, la monnaie cédait encore 0,46% face au billet vert à 1,0806; face à l'euro, elle était quasi stable à 1,1195.

De nombreux responsables politiques ont exprimé leur inquiétude face à cette chute.

"J'ai commencé ma carrière comme économiste à la Banque d'Angleterre et comme tout le monde, je suis de plus en plus préoccupée parce que l'on observe", a déclaré Rachel Reeves, porte-parole du Parti travailliste pour les questions financières, à Times Radio.

"Cela accroît la pression sur la Banque d'Angleterre en faveur d'un relèvement des taux d'intérêt."

La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a demandé la convocation d'une session extraordinaire du Parlement à Westminster.

"LA BANQUE D'ANGLETERRE DOIT PASSER À L'ACTION"

De nombreux économistes et responsables d'investissement jugent eux aussi nécessaire une intervention de la banque centrale - indépendante du gouvernement - afin d'apaiser les marchés et de restaurer la crédibilité des autorités.

"La première option, c'est que (Kwarteng) recalibre son plan; c'est politiquement difficile mais économiquement nécessaire", a déclaré Mohamed El-Erian, principal conseiller économique de l'assureur Allianz, à la BBC.

"La deuxième option, c'est qu'il passe la main à la Banque d'Angleterre, et dans ce cas, la Banque d'Angleterre devrait relever les taux en urgence parce qu'elle ne prévoit pas de se réunir avant novembre", a-t-il ajouté.

Les investisseurs évaluent pour l'instant à 88% la probabilité d'un nouveau relèvement du taux directeur de la BoE lors de sa prochaine réunion "ordinaire", en novembre, selon les données Refinitiv.

Pour Paul Dales, chef économiste en charge du Royaume-Uni chez Capital Economics, "la poursuite de la chute de la livre dans les premiers échanges signifie que nous avons atteint le point où la Banque d'Angleterre doit passer à l'action pour reprendre l'initiative".

Sur le marché obligataire, le rendement de la dette britannique à deux ans, le plus sensible aux anticipations d'évolution des taux directeurs, affichait un bond de plus de 54 points de base à 4,568%, son plus haut niveau depuis 2008.

Sa hausse dépasse ainsi un point de pourcentage en moins de deux séances, ce qui traduit une forte dégradation de la confiance du marché dans la capacité de l'Etat à financer son programme de baisse de la fiscalité.

"Le marché traite désormais le Royaume-Uni comme un pays émergent", commente Michael Every, stratège de Rabobank. "Et il n'a pas tort du point de vue de la réponse politique qui consiste à penser que doper la demande plutôt que l'offre est la bonne solution pour résoudre une crise d'offre."

Autre symptôme de la défiance croissante des investisseurs: l'écart entre les rendements des obligations à dix ans britannique et allemand évolue à son plus haut niveau depuis 1992, lors de la sortie du Royaume-Uni du mécanisme de changes européen.

(Avec Kylie MacLellan, David Milliken, Andy Bruce et Harry Robertson;, version française Marc Angrand, édité par Sophie Louet)

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