Elections sous tension au Brésil, Lula favori pour la présidence

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Le bresil organise des elections generales[reuters.com]
(Crédits : Amanda Perobelli)

par Anthony Boadle

BRASILIA (Reuters) - Les Brésiliens votaient en nombre dimanche pour le premier tour de l'élection présidentielle la plus polarisée depuis des décennies, pour laquelle le candidat de gauche Luiz Inacio Lula da Silva est donné favori devant le sortant d'extrême droite, Jair Bolsonaro.

La plupart des sondages ont donné une nette avance à "Lula" ces derniers mois mais Jair Bolsonaro a laissé entendre qu'il pourrait refuser de reconnaître sa défaite, ce qui fait craindre une crise institutionnelle, voire des violences.

Lula, qui a déjà assumé les fonctions de chef de l'Etat entre 2003 et 2019, a été donné 10 à 15 points de pourcentage devant son principal adversaire par plusieurs enquêtes d'opinion récentes. Il peut être élu dès le premier tour s'il réunit plus de 50% des suffrages jugés valides, ce que plusieurs instituts estiment possible.

Lula était en prison lors de la précédente présidentielle en 2018 puisqu'il purgeait alors une condamnation pour corruption, annulée par la suite par la Cour suprême.

Dimanche, dans son bureau de vote à São Bernardo do Campo, il a évoqué ce revirement de fortune en dénonçant une condamnation motivée par des raisons politiques.

"C'est un jour important pour moi", a-t-il dit. "Il y a quatre ans, je ne pouvais pas voter puisque j'étais la victime d'un mensonge (...) Je veux essayer d'aider mon pays à revenir à la normale."

Jair Bolsonaro, lui, a voté à Rio de Janeiro et il a déclaré s'attendre à remporter l'élection dès le premier tour. L'ex-officier a affirmé à plusieurs reprises pendant la campagne ne pas croire aux sondages, affirmant que leurs conclusions ne correspondaient au soutien dont il était témoin lors de ses meetings.

"Si les élections sont propres, nous gagnerons aujourd'hui avec au moins 60% des voix", a-t-il dit dans une vidéo publiée avant qu'il aille voter. "Tous les éléments dont nous disposons nous sont favorables. L'autre camp n'a pas été capable de gagner dans la rue, il n'a pas fait campagne, il n'a aucune adhésion, aucune crédibilité."

Les bureaux de vote fermeront à 17h00 heure de Brasilia (20h00 GMT) et les résultats pourraient n'être annoncés que plusieurs heures plus tard.

PROTECTION SOCIALE ET ENVIRONNEMENT AU COEUR DES ENJEUX

Si aucun candidat n'est élu au premier tour, les deux premiers seront qualifiés pour un second tour le 30 octobre.

Bolsonaro a menacé de contester le résultat de la présidentielle et formulé des accusations de fraude sans aucune preuve à l'appui; il a reproché aux autorités électorales de comploter contre lui et laissé entendre que l'armée devrait organiser un vote parallèle, ce qu'elle a refusé de faire.

Certains critiques du président sortant affirment qu'en cas de second tour, la tension de la campagne pourrait favoriser des troubles comparables à l'assaut lancé en janvier 2021 sur le Capitole à Washington par des partisans du président américain Donald Trump, battu dans les urnes quelques semaines plus tôt par Joe Biden.

Jair Bolsonaro a assuré qu'il respecterait le résultat de l'élection si celle-ci était "propre et transparente", sans pour autant préciser selon quels critères il la jugerait.

Les électeurs brésiliens doivent aussi désigner ce dimanche les 513 membres de la chambre basse du Congrès, un tiers des 81 sénateurs, ainsi que les gouverneurs et les parlementaires des Etats.

Si Lula est favori pour la présidentielle, la coalition conservatrice qui soutient Jair Bolsonaro devrait conserver la majorité dans les deux chambres du Congrès, ce qui compliquerait la tâche d'un gouvernement de gauche.

Parmi les principaux enjeux du scrutin figurent le risque de famine dans certaines régions, la montée du chômage et les difficultés de la reprise après la pandémie de COVID-19, dont la gestion par l'administration Bolsonaro a été très critiquée.

Le président sortant et Lula ont tous deux promis d'augmenter les dépenses sociales l'an prochain.

Le candidat de gauche s'est aussi engagé à lancer une nouvelle politique de protection de l'environnement alors que la présidence Bolsonaro a été marquée par une accélération de la déforestation en Amazonie, désormais au plus haut depuis 15 ans.

Comme lors de chaque élection, l'armée est mobilisée pour assurer la sécurité dans les quelque 477.000 bureaux de vote. L'autorité électorale nationale, la TSE, a par ailleurs invité un nombre sans précédent d'observateurs étrangers après avoir été critiquée par Jair Bolsonaro.

(Reportage Anthony Boadle, version française Marc Angrand)

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