Les mesures anti-COVID contestées à travers la Chine, heurts à Shanghaï

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Manifestation contre la limitation de la maladie a coronavirus (covid-19) a shanghai[reuters.com]
(Crédits : Eva Rammeloo)

par Casey Hall, Josh Horwitz et Martin Quin Pollard

SHANGHAI/PEKIN (Reuters) - Plusieurs centaines de manifestants ont affronté la police dimanche soir à Shanghaï alors que le mouvement de contestation contre les restrictions drastiques imposées à la population chinoise dans le cadre de la lutte contre le COVID-19 semble s'étendre à de nombreuses villes du pays trois jours après l'incendie meurtrier d'un immeuble résidentiel dans la région du Xinjiang.

Cette vague de désobéissance est sans précédent en Chine depuis l'accession au pouvoir de Xi Jinping en 2012, la politique de "zéro COVID" imposée par le dirigeant chinois suscitant une frustration croissante au sein de la population près de trois ans après le début de la pandémie.

"Je suis ici parce que j'aime mon pays, mais je n'aime pas mon gouvernement (...) Je veux pouvoir sortir librement, mais je ne peux pas. Notre politique de lutte contre le COVID-19 est un pari et elle n'est pas fondée sur la science ou la réalité", a dit Shaun Xiao, un manifestant à Shanghaï, centre financier de la Chine, dont l'économie pourrait pâtir des confinements imposés par les autorités dans chaque foyer potentiel de contaminations par le coronavirus responsable de la maladie.

Des manifestants sont aussi descendus dimanche dans les rues de Wuhan, où le COVID-19 est apparu fin 2019 avant de se répandre à travers le monde, et de Chengdu. A Pékin, de petits groupes ont organisé des veillées dans le calme. Des étudiants de nombreuses universités ont aussi manifesté leur colère au cours du week-end à travers le pays.

Le mécontentement d'une partie de la population chinoise à l'égard de la politique "zéro COVID" s'est transformé en contestation dans la rue à la suite de la mort de 10 personnes jeudi soir dans l'incendie d'un immeuble résidentiel à Urumqi, la capitale du Xinjiang, dans l'ouest de la Chine.

"À BAS XI JINPING"

Les images du sinistre diffusées sur les réseaux sociaux ont nourri l'idée selon laquelle les mesures de confinement dans cette ville avaient entravé les secours et contribué à ce bilan de 10 morts. Au cours d'une conférence de presse organisée à la hâte samedi matin, les dirigeants d'Urumqi ont rejeté ce scénario, alors qu'une grande partie des quatre millions d'habitants de la capitale du Xinjiang ont interdiction de sortir de chez eux depuis une centaine de jours, soit l'un des plus longs confinements imposés en Chine depuis le début de la pandémie.

La police a été déployée en nombre dimanche à Shanghaï sur l'avenue Wulumuqi - autre façon d'orthographier le nom d'Urumqi - où une veillée aux chandelles a dégénéré samedi en manifestation.

"Nous réclamons seulement nos droits humains de base. On ne peut pas sortir de chez nous sans subir un test. C'est l'accident au Xinjiang qui a fait déborder les gens", a dit un manifestant âgé de 26 ans à Shanghaï, refusant de donner son nom en raison des risques liés à la situation.

"Les gens ici ne sont pas violents mais la police les arrête sans raison. Ils ont essayé de m'attraper mais les gens tout autour de moi m'ont tenu les bras si fort et m'ont tiré en arrière que j'ai pu m'échapper."

Des centaines de personnes s'étaient de nouveau rassemblées au même endroit dimanche soir. Certaines brandissaient des feuilles blanches en signe de protestation.

Dans la nuit de samedi à dimanche, certains manifestants ne se sont pas contentés de réclamer la fin des confinements mais ont aussi scandé "A bas le Parti communiste chinois, à bas Xi Jinping", selon des témoins et des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

Des scènes similaires ont eu lieu dimanche à Chengdu, métropole du sud-ouest de la Chine, où, selon des images diffusées sur internet, la foule a là aussi brandi des feuilles blanches et scandé : "Nous ne voulons pas de dirigeants à vie. Nous ne voulons pas d'empereurs".

Xi Jinping a été reconduit en octobre à la tête du Parti communiste chinois après avoir obtenu la suppression de la limitation du nombre de mandats. Le dirigeant chinois s'est en outre entouré d'un bureau politique entièrement composé de fidèles.

MANIFESTATION À L'UNIVERSITÉ TSINGHUA DE PÉKIN

A Wuhan, des vidéos sur les réseaux sociaux ont montré des centaines d'habitants manifester dans les rues, abattre des barrières métalliques et démonter des tentes destinées aux tests de dépistage.

Des scènes similaires semblent avoir eu lieu dans plusieurs villes dimanche, notamment à Lanzhou, dans le nord-ouest du pays.

Reuters n'a pas été en mesure de vérifier l'authenticité de ces vidéos.

A Pékin, plusieurs dizaines de personnes ont participé à un rassemblement pacifique contre les mesures anti-COVID à la prestigieuse université Tsinghua, au cours duquel elles ont entonné l'hymne national, montrent là encore des images sur les réseaux sociaux.

Deux manifestations apparemment spontanées ont aussi éclaté dimanche soir dans le quartier de Chaoyang.

Dans l'une d'elles, au moins une centaine de personnes ont brandi des papiers blancs. Dans l'autre, la foule a repris divers slogans, dont "Nous ne voulons pas de masques, nous voulons la liberté. Nous ne voulons pas de tests anti-COVID, nous voulons la liberté".

La Chine a enregistré nettement moins de contaminations et de morts dus au COVID-19 que la plupart des autres pays, relativement à sa population, mais le nombre quotidien de contaminations ces derniers jours n'y a jamais été aussi élevé depuis le début de la pandémie. Et alors que les restrictions sont levées quasiment partout ailleurs dans le monde, elle multiplie les mesures de confinement à travers son territoire conformément à sa politique de "zéro COVID".

(Martin Quin Pollard, Yew Lun Tian, Eduardo Baptista et Liz Lee à Pékin, Brenda Goh, Josh Horwitz, David Stanway, Casey Hall et Engen Tham à Shanghaï et la rédaction de Shanghaï, rédigé par Tony Munroe; version française Camille Raynaud, Kate Entringer et Bertrand Boucey)