Macron en visite d'État à Washington pour relancer l'amitié franco-américaine

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Le president americain joe biden et le president francais emmanuel macron lors du sommet du g7[reuters.com]
(Crédits : Lukas Barth)

par Michel Rose et John Irish

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron est attendu à Washington cette semaine dans le cadre d'une rare visite d'État qui, au-delà de la célébration de l'amitié franco-américaine, aura pour véritable enjeu l'impact sur l'industrie européenne de la loi sur la réduction de l'inflation de Joe Biden.

L'abandon par Canberra, il y a plus d'un an, d'un méga-contrat avec la France sur la fourniture de sous-marins, au profit d'une alliance avec Washington et Londres (dite Aukus), a mis à mal les relations franco-américaines. Les deux pays devraient cependant faire preuve d'unité face aux menaces communes que représentent la Russie et la Chine.

Les Européens estiment que la loi américaine sur la réduction de l'inflation (Inflation Reduction Act ou IRA) et les subventions massives réservées aux fabricants américains qui en découlent, pourraient encore plus pénaliser leurs industries, déjà ébranlées par les prix élevés de l'énergie.

Emmanuel Macron tentera donc de convaincre les États-Unis qu'il est dans leur intérêt de ne pas affaiblir les entreprises européennes au moment où les alliés occidentaux sont confrontés à la concurrence économique intense de la Chine.

"Le 'pitch' ça va être de dire: il y a évidemment un défi chinois. On est prêt, dans l'UE, à sortir de la naïveté vis-à- vis de Pékin. Mais vous ne pouvez pas nous demander de vous aider sur la Chine et nous faire l'IRA", a expliqué à Reuters un diplomate français qui a requis l'anonymat.

Le chef de l'État tentera de négocier des exemptions pour les entreprises européennes sur le modèle de celles que le Mexique et le Canada ont déjà obtenues, a dit un conseiller présidentiel français.

La France peut demander à être exemptée d'un certain nombre de droits ou limites mais "il faut qu'on se pose la vraie question: quelle mondialisation avons-nous devant nous ?", a déclaré dimanche sur France 3 le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, qui fera partie de la délégation française à Washington.

"La Chine privilégie ses productions chinoises, l'Amérique privilégie ses productions américaines, il serait peut-être temps que l'Europe privilégie ses productions européennes", a-t-il ajouté.

Les questions énergétiques figureront également en bonne place dans les discussions à la Maison blanche, la France espérant stimuler la coopération en matière d'énergie nucléaire.

Emmanuel Macron souhaite que la France construise davantage de réacteurs nucléaires, mais elle est confrontée à des problèmes de corrosion dans ses centrales vieillissantes.

EDF a fait appel à des centaines de travailleurs spécialisés, notamment des soudeurs du spécialiste américain de la construction de centrales nucléaires Westinghouse, pour aider à résoudre ces problèmes et éviter les pannes de courant en Europe cet hiver.

Emmanuel Macron se rendra également en Louisiane, où le géant pétrolier français TotalEnergies exploite un important terminal de gaz naturel liquéfié. Le président, qui s'est plaint du prix élevé des exportations de gaz américain, a annoncé qu'il aborderait cette question avec Joe Biden.

"Les États-Unis sont producteurs d'un gaz peu cher qu'ils nous vendent cher", a-t-il déclaré aux industriels français le 8 novembre. "En plus de cela, ils ont pris des dispositifs d'aides d'Etat massives sur certains secteurs qui sortent complètement nos projets du marché".

"Je pense que ça n'est pas amical et j'irai donc avec beaucoup d'amitié et d'esprit d'alliés en visite d'Etat à Washington (...) pour plaider simplement la possibilité d'une remise à niveau", a-t-il ajouté.

(Reportage Michel Rose, avec John Irish et Elizabeth Pineau; version française Kate Entringer, édité par Sophie Louet)

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