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OpinionsACT 50

La France redoute une cinquième nuit d'émeutes et de pillages

reuters.com

Publié le 01 juillet 2023 à 09:11 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 19:04

Un policier francais a nanterre, en france

Un policier francais a nanterre, en france

YVES HERMAN

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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PARIS (Reuters) - La soirée semblait plus calme que les précédentes samedi dans les grandes villes de France, où l'on redoudait une cinquième nuit de violences quatre jours après la mort en banlieue parisienne d'un jeune homme tué par un tir de policier.

Comme la veille, le gouvernement a déployé 45.000 policiers et gendarmes dans tout le pays - dont 7.000 à Paris et la petite couronne - pour tenter d'endiguer la pire crise de désordre public à laquelle le président Emmanuel Macron est confronté depuis le mouvement des "Gilets jaunes", fin 2018.

En début de soirée, des incidents ont éclaté dans le centre-ville de Marseille, où des tentatives de pillage et des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogène, ont été signalés.

Les autorités ont annoncé 43 interpellations à Marseille, une vingtaine à Lyon - deux villes où des renforts policiers ont été envoyés.

Des communes d'Ile-de-France comme Colombes (Hauts-de-Seine) et Brétigny-sur-Orge (Essonne) ont instauré un couvre-feu à partir de 22:00. De nombreux commerçants ont protégé leur magasin pour éviter destructions et pillages.

A Paris, un imposant dispositif policier surveillait particulièrement le quartier très touristique de la place de la Concorde et de l'avenue des Champs-Elysées, où des groupes de jeunes se sont rassemblés.

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La préfecture de police de la capitale a fait savoir que 49 personnes avaient été interpellées, notamment pour transport d'objets pouvant servir d'armes ou de projectiles.

En fin de journée, elle a publié un arrêté autorisant l'utilisation de drones munis de caméras "afin de prévenir les atteintes à la sécurité et aux biens" à Paris, dans plusieurs communes des Hauts-de-Seine et toutes les communes de Seine-Saint-Denis, entre samedi 21h00 et dimanche 06h00.

MACRON REPORTE SA VISITE D'ÉTAT EN ALLEMAGNE

Compte tenu de la situation intérieure, Emmanuel Macron a reporté sa visite d'Etat prévue en Allemagne de dimanche à mardi afin de "pouvoir rester en France ces prochains jours", a écrit l'Elysée dans un communiqué.

En visite dans un commissariat de Dreux (Eure-et-Loir), le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé des renforts à Lyon, Marseille et Grenoble, trois villes particulièrement touchées par les exactions.

Selon son ministère, 1.311 personnes ont été interpellées dans la nuit de vendredi à samedi, un chiffre en forte hausse par rapport aux 875 de la nuit précédente, tout en soulignant que les violences commises avaient baissé en intensité.

Les émeutes ont commencé après la mort d'un jeune homme de 17 ans d'origine maghrébine, Nahel, abattu mardi lors d'un contrôle routier à Nanterre (Hauts-de-Seine).

Lors de ses obsèques, samedi, des centaines de personnes ont patienté devant la grande mosquée de Nanterre, gardée par des volontaires qui maintenaient la presse à distance. Dans la foule rassemblée, on pouvait entendre certains prier.

"Je pense que c'est important que nous soyions tous ensemble", a dit Salsabil, une jeune femme d'origine arabe venue dire son soutien à la famille de Nahel.

Marie, 60 ans dont 50 passées à Nanterre, a déclaré de son côté avoir toujours entendu parler de problèmes avec la police.

La mort du jeune homme, filmée sur vidéo, a ravivé en France les accusations de violence policière et de racisme dans les quartiers populaires. Emmanuel Macron a rejeté toute idée de racisme systémique au sein des forces de sécurité en France.

Après la cérémonie à la mosquée, le jeune homme a été inhumé au cimetière du Mont-Valérien.

Jeudi, une marche blanche à sa mémoire avait réuni plusieurs milliers de personnes dans les rues de Nanterre.

Les autorités craignent que les troubles se poursuivent malgré les appels au calme et l'inquiétude des habitants dans les villes les plus touchées par les violences.

Le ministère de l'Intérieur avait demandé vendredi aux préfets l'arrêt de la circulation des bus et tramways à partir de 21h00 dans tout le pays. Dans plusieurs agglomérations, comme à Nantes et Saint-Nazaire, les transports publics ont cessé de fonctionner à nouveau samedi dès 20h00, a annoncé la préfecture de Loire-Atlantique.

Selon le ministère de l'Intérieur, la dernière nuit de violences a fait près de 80 blessés parmi les policiers et les gendarmes et a été marquée par 2.560 incendies sur la voie publique, 234 autres incendies et dégradations et près de 60 attaques de commissariats, postes de police municipale et casernes de gendarmerie.

30% DES ÉMEUTIERS SONT MINEURS

Le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a fait état de 700 commerces victimes d'attaques et de dégradations depuis le début des troubles, mardi soir.

Plusieurs maires ont demandé des renforts et le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, a prôné une réponse judiciaire ferme.

Il a aussi mis en garde les jeunes - 30% des interpellés sont mineurs et ont en moyenne 17 ans - et leurs parents, notamment sur l'usage des réseaux sociaux lors des émeutes.

"Que personne ne pense que derrière ces réseaux sociaux il y a l'impunité", a-t-il dit au tribunal judiciaire de Créteil (Val-de-Marne).

"Il est impérieux que les gamins restent chez eux la nuit. C'est la place des enfants que d'être auprès de leurs parents et pas dans les rues", a aussi déclaré Eric Dupond-Moretti.

Gérald Darmanin a rencontré vendredi des responsables de Meta, Twitter, Snapchat et TikTok, des réseaux très utilisés par les émeutiers. Snapchat a assuré avoir une tolérance zéro pour les contenus faisant la promotion de la violence.

Interrogé sur BFM TV, Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative Police CFDT, s'est dit préoccupé par la présence dans certains quartiers d'individus armés de fusils à pompe qui ont tiré sur des caméras de vidéo surveillance.

La mairie de Persan-Beaumont (Val-d'Oise) a été incendiée et plusieurs magasins et bureaux de tabac ont été dégradés ou pillés, notamment en région parisienne et à Marseille.

Le maire de Marseille, Benoît Payan, a appelé de ses voeux un retour au calme.

"Cette tristesse et cette colère sont légitimes", a-t-il déclaré sur BFM TV. "Pour autant, il ne faut pas que tout soit mis à sac, il faut des réponses de concorde nationale, de force tranquille, il faut que les choses reviennent à la normale."

A Lyon (Rhône), le maire Grégory Doucet a déclaré sur la même chaîne qu'une quarantaine de magasins avaient été vandalisés ou dévalisés dans sa ville. Il a appelé les opérateurs de trottinettes en libre-service à retirer leurs engins de la voie publique afin qu'ils ne soient pas détournés pour servir d'armes.

Plusieurs festivals ont été perturbés ou annulés en raison des troubles, dont celui baptisé "Entre Rhône et Saône" à Lyon. A Paris, le défilé de mode homme de la marque Céline a été annulé.

(Reportage Tassilo Hummel et Noémie Olive à Nanterre, avec Marc Leras à Marseille, Gilles Guillaume et Elizabeth Pineau à Paris)

reuters.com

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