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OpinionsACT 50

Second tour des élections législatives, un "aller simple pour l'inconnu"

reuters.com

Publié le 07 juillet 2024 à 10:13 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 16:50

Une personne vote dans un bureau de vote a paris au deuxieme tour des elections legislatives

Une personne vote dans un bureau de vote à Paris au deuxième tour des élections législatives

Sarah Meyssonnier

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - La France s'avance en terre inconnue avec le second tour des élections législatives anticipées qui, quelle qu'en soit l'issue dimanche soir, bouleverseront durablement le paysage politique national, entre accession au pouvoir du Rassemblement national ou avènement d'une chambre ingouvernable.

Au total, 501 sièges restent à pourvoir sur les 577 de l'Assemblée nationale dans ce scrutin inédit dans la Ve République, malgré le précédent des cinq dissolutions prononcées depuis 1958.

L'arme institutionnelle de la sixième dissolution, dégainée contre toute attente par Emmanuel Macron au soir de la victoire du RN aux élections européennes du 9 juin (31,37%) et de la déroute de son camp (14,6%), a de fait déclenché un séisme politique dont les répliques les plus aiguës restent à venir.

L'extrême droite française, en position de gouverner après presque deux décennies d'une opiniâtre "normalisation", va-t-elle confirmer la dynamique du premier tour des élections législatives du 30 juin, où elle s'est imposée avec 33,15% des suffrages?

Si les projections en sièges des instituts de sondages confortent le scénario d'une vague RN, elles montrent une érosion du capital électoral de Marine Le Pen et Jordan Bardella à même de les priver de la majorité absolue qu'ils appellent de leurs voeux pour imposer une cohabitation au chef de l'Etat.

Le "front républicain" appliqué non sans confusion dans l'entre-deux-tours par l'alliance de gauche du "Nouveau Front populaire" et, dans une moindre mesure, par un camp présidentiel divisé sur la conduite à tenir face à La France insoumise (LFI), composante du NFP, a semble-t-il pesé sur l'arithmétique du second tour.

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Les désistements - plus de 200 - ont réduit le nombre des triangulaires théoriquement favorables au RN à quelque 90 et pourraient augmenter les reports de voix à ses dépens.

La participation - près de 67% au premier tour - est attendue en hausse d'un à deux points ce dimanche. Elle avait été de 71,08% au second tour des élections législatives de juin 1997 après la dissolution manquée de Jacques Chirac.

La participation au second tour des élections législatives de ce dimanche s'est établie à 26,63% à midi, un chiffre en nette hausse par rapport à celui du précédent scrutin de 2022 (18,99%) à la même heure, selon les données du ministère de l'Intérieur.

Au premier tour des législatives anticipées de dimanche dernier, le taux de participation était ressorti à 25,90% à midi.

VERS UNE COHABITATION?

Un sondage Ifop-Fiducial pour Le Figaro, LCI et Sud Radio, notamment, créditait vendredi le RN et ses alliés "ciottistes" de 170 à 210 sièges à la chambre basse, alors que la majorité absolue est de 289 sièges. Le RN avait conquis 89 sièges aux législatives de 2022.

L'alliance de gauche (149 sièges dans la chambre sortante) s'adjugerait entre 155 et 185 sièges, avec des "divers gauche" estimés à 10 ou 18 députés.

La majorité relative sortante (Renaissance, Horizons, MoDem, 250 sièges dans la chambre sortante), décimée par la dissolution toujours incomprise d'Emmanuel Macron, pourrait sauver la face avec 120 à 150 sièges, selon l'étude, mais la "clarification" voulue par le chef de l'Etat a ouvert des fractures béantes au sein de la coalition qui n'a plus de présidentielle que le nom.

L'Hémicycle serait alors divisé en trois blocs (un bloc de gauche, un bloc central, un bloc de droite), pour une XVIIe législature - qui débutera officiellement le 18 juillet - sous le signe de l'instabilité et de la menace de motions de censure à répétition. En vertu de l'article 12 de la Constitution française, aucune dissolution n'est possible avant le 8 juillet 2025.

Le président du RN Jordan Bardella, pressenti pour le poste de Premier ministre si l'extrême droite devenait la force dominante à l'Assemblée nationale, a affirmé qu'il refuserait de prendre les rênes de Matignon en l'absence de majorité absolue.

Marine Le Pen, présidente du groupe RN dans la chambre sortante, a nuancé ses propos en évoquant une majorité relative de "270 députés" complétée par des soutiens - "par exemple divers droite, divers gauche, quelques LR qui ont exprimé par le passé une proximité avec nous, nos options" - afin de gouverner dans une forme de dyarchie avec Emmanuel Macron à l'Elysée.

UNE ALTERNATIVE "PLURIELLE"?

La France a déjà connu trois cohabitations sous la Ve République (1986-1988, 1993-1995, 1997-2002).

Selon l'article 8 de la Constitution, il revient au président de la République, garant des institutions, de nommer le Premier ministre pour conduire la politique de la Nation. La pratique veut que le chef du gouvernement soit issu des rangs de la force dominante à l'Assemblée.

Si le RN vient à manquer son "rendez-vous avec l'Histoire", les alternatives possibles sont elles aussi marquées du sceau de l'incertitude.

L'hypothèse d'une coalition de la gauche à la droite modérées, d'une "Assemblée plurielle" selon les termes du Premier ministre Gabriel Attal, s'est fait jour, à l'image lointaine de la "Troisième force" (SFIO, UDSR, radicaux, droite républicaine) qui gouverna la France de 1947 à 1951.

"On va avoir le choix dimanche entre les héritiers de Vichy et la IVe République, eh bien je préfère la IVe République", a résumé de manière lapidaire l'ancien ministre macroniste Clément Beaune, le 3 juillet sur RTL.

L'option d'un gouvernement de techniciens à l'italienne (Mario Monti en 2011-2013 et Mario Draghi en 2021-2022), sans précédent en France, a également été avancée, mais les constitutionnalistes soulignent les limites d'une telle configuration.

Des spécialistes des institutions qui mettent également en avant le risque d'une confiscation de la "respiration démocratique" décidée par Emmanuel Macron face à une profonde défiance populaire.

Le RN a déjà mis en garde, en des accents trumpiens, contre une élection "volée", avec les troubles qui pourraient en découler dans un pays à vif.

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé la mobilisation de 30.000 policiers et gendarmes dimanche, dont 5.000 à Paris, pour faire face à d'éventuels débordements, à trois semaines des Jeux olympiques.

(Rédigé par Sophie Louet, avec la contribution de Claude Chendjou, édité par Nicolas Delame)

reuters.com

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