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Soudan : Les manifestants maintiennent la pression sur l'armée

reuters.com  |   |  758  mots
Soudan: les manifestants maintiennent la pression sur l'armee[reuters.com]
(Crédits : Stringer .)

par Khalid Abdelaziz

KHARTOUM (Reuters) - Le mouvement à l'origine de la vague de contestation au Soudan a appelé dimanche à la poursuite des manifestations afin d'obtenir le transfert immédiat du pouvoir à un gouvernement civil de transition placé sous la protection de l'armée, qui s'est déclarée à l'écoute des manifestants.

Dans un communiqué, l'Association des professionnels soudanais (SPA) appelle la population à poursuivre le vaste sit-in de protestation lancé le week-end dernier et "à exercer toute forme de pression pacifique pour atteindre les objectifs de la révolution".

Ces objectifs, ajoute-t-elle, passent par "le transfert immédiat du pouvoir à un gouvernement civil de transition approuvé par la Coalition pour la liberté et le changement et protégé par les forces armées soudanaises".

Les manifestations qui secouent le Soudan depuis décembre ont abouti jeudi dernier à la destitution du président Omar Hassan al Béchir, au pouvoir depuis trente ans, et à la mise en place d'un conseil militaire dirigé par le général Abdel Fattah al Bourhan Abdelrahman.

Le nouveau chef du conseil militaire soudanais a promis samedi qu'un gouvernement civil serait formé après des consultations avec l'opposition et que la période de transition ne dépasserait pas deux ans.

Le conseil militaire a annoncé dimanche la mise à la retraite du ministre de la Défense Aouad Ibn Aouf, qui avait brièvement pris la tête de la transition jeudi après la chute de Béchir avant de renoncer le lendemain à ses fonctions.

L'armée a également annoncé la nomination du général Abou Bakr Mustafa à la tête du puissant Service national des Renseignements et de la Sécurité (NISS) en remplacement de Salah Abdallah Mohamed Saleh, plus connu sous le nom de Salah Gosh, qui a démissionné samedi.

Lors d'une conférence de presse à Khartoum, le porte-parole du conseil militaire, Shams El Din Kabbashi, a déclaré que le conseil était prêt à travailler avec des groupes d'opposition à l'établissement d'un nouveau gouvernement civil.

"Sur la question du Premier ministre et du gouvernement, la balle est maintenant dans le camp des forces politiques", a dit Sham El Din Kabbashi. "S'ils sont prêts aujourd'hui à approuver quoi que ce soit, nous sommes prêts à le mettre en oeuvre."

POURSUITE DU SIT-IN

Le général Omar Zaïn al Abidine, autre membre du conseil militaire, a déclaré que l'opposition aurait une semaine pour présenter des propositions.

Le chef du conseil militaire, Abdel Fattah al Bourhan Abdelrahman, a dit avoir invité les principaux partis d'opposition et les organisateurs de la contestation à une réunion. Mais la SPA et les partis d'opposition rassemblés sous la bannière de la Coalition pour la liberté et le changement ont dit ne pas avoir été invités.

"Nous soumettrons nos propositions pour le gouvernement au conseil militaire", a déclaré à Reuters un porte-parole de la SPA.

Selon un correspondant de Reuters, des hommes politiques peu connus et des parlementaires fidèles au parti de Béchir ont assisté à la réunion.

Le conseil militaire a également annoncé un certain nombre de nouvelles décisions, parmi lesquelles le limogeage des ambassadeurs du Soudan à Washington et à Genève et la libération de tous les militaires et policiers ayant participé aux manifestations de ces derniers mois.

Les manifestations qui secouent le Soudan depuis décembre ont culminé avec l'organisation d'un vaste sit-in à Khartoum qui rassemble des milliers de Soudanais depuis le 6 avril et a déjà abouti à la chute du président Béchir, après trente années de pouvoir.

Selon le porte-parole du conseil militaire, l'ancien régime avait donné ordre de disperser les manifestants "quel qu'en soit le prix", mais l'armée a refusé.

Dimanche soir, jusqu'à quatre mille personnes étaient encore présents devant le ministère de la Défense, même si certains manifestants ont repris le travail, pour la première fois depuis des jours. L'atmosphère du sit-in était détendue, des soldats buvant le thé et discutant avec les manifestants.

L'Association des professionnels soudanais réclame que des civils intègrent le conseil de transition, que les proches de l'ancien président le quittent, que l'ancien chef des renseignements Salah Gosh soit arrêté et que le procureur général du pays soit limogé.

"Nos revendications sont claires et n'ont pas été satisfaites. Allons-nous rentrer chez nous? Notre sit-in est l'arme la plus puissante entre nos mains", a écrit sur Twitter la SPA.

(Omar Fahmy; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)