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Tunisie : une grève bien suivie du secteur public perturbe l’économie

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 17 janvier 2019 à 13:37 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:04

UGTT Tunisie

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A l’appel de la puissante centrale syndicale UGTT, les fonctionnaires et salariés du secteur public observent une grève de 24 heures ce jeudi 17 janvier. Les grévistes entendent faire pression sur le gouvernement pour rehausser leurs salaires, en dépit du contexte budgétaire assez tendu. En attendant que les deux parties accordent leurs violons, c’est l’économie du pays qui pâtit de cette nouvelle fronde sociale qui secoue le pays du Jasmin.

C'est le secteur public qui est en grève mais ce jeudi 17 janvier en Tunisie, mais c'est presque toute l'économie du pays qui en souffre. La Tunisie s'est réveillée en effet avec les écoles publiques fermées, les transports perturbés, et surtout des administrations paralysées. En cause, une grève de 24 heures des agents et salariés de la fonction publique, qui répondent à un mot d'ordre de la principale centrale syndicale du pays, la puissante Union générale tunisienne de travail (UGTT).

Le mouvement a été lancé par la puissante centrale à la suite de l'échec des négociations entamées depuis des mois avec le gouvernement, sur le montant de la revalorisation salariale dont le principe a été paraphé parties l'année dernière entre les deux parties.

L'UGTT réclame des augmentations de salaires plus importantes que les 70 dinars soit 20 euros pour 2019 et 110 dinars pour 2020, qui ont été proposés par le gouvernement. Pour les syndicats, cette augmentation est insignifiante au regard de l'inflation qui a atteint 7,5% en 2018  et a par conséquent érodé le pouvoir d'achat des fonctionnaires.

De son côté, le gouvernement met en avant le difficile contexte budgétaire pour maintenir ses propositions. Dans une intervention télévisée le mercredi 17 janvier, la veille de la grève, le chef du gouvernement Youssef Chahed s'est dit désolé de cette décision de l'UGTT, « parce que la grève coûte cher surtout dans la situation actuelle du pays mais aussi parce que nous, le gouvernement, avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour l'éviter.

Le premier ministre tunisien a pris l'opinion à témoin, soulignant que le gouvernement a présenté des solutions sérieuses pour éviter la grève, « des propositions qui auraient amélioré le pouvoir d'achat des citoyens et qui seraient conformes au budget de l'État ». Toutefois, il a mis en garde que l'Etat ne compte pas céder aux surenchères sociales d'autant que les élections législatives et présidentielles sont prévues d'ici la fin de l'année.

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« Si pour augmenter les salaires, nous devons taxer encore plus les citoyens, c'est quelque chose que nous refusons. Le choix le plus facile aurait été de signer sur une hausse des salaires, quelque soit son ampleur, et laisser le prochain gouvernement se débrouiller. Mais ce genre de comportement est irresponsable, et nous n'avons pas fait le choix de la facilité.  Il est important pour nous de garantir un niveau de vie digne aussi bien pour les fonctionnaires que pour les retraités. Mais, nous avons constaté que les augmentations salariales sans véritable croissance économique ne donnent pas les résultats escomptés », s'est expliqué le chef du gouvernement Youssef Chahed.

Dialogue de sourds

Le gouvernement se dit toujours ouvert au dialogue comme l'a souligné des une déclaration publique repris par les médias locaux, Iyed Dahmani, porte-parole du gouvernement. « Nous ne voulons pas entrer en confrontation avec l'UGTT qui n'est pas notre ennemi, mais un partenaire social, ou encore envenimer la situation. Même après la grève, les négociations se poursuivront car nous devons parvenir à une solution et nous sommes toujours disposés au dialogue. L'augmentation des salaires n'est pas la solution adéquate pour contrecarrer la cherté de la vie. C'est un cercle vicieux ! Ainsi, notre économie ne se rétablira pas et nous ne sortirons jamais de l'emprise du FMI », a mis en avant le ministre.

Au niveau des syndicats, on ne l'entend pas de cette oreille. Ce jeudi à l'occasion d'un grand rassemblement au siège de l'UGTT de Tunis, les dirigeants syndicaux ont réitéré leurs doléances et annoncés que cette grève n'est que la première d'une série de mouvements destinés à faire plier le gouvernement. « La grève du 17 janvier 2019 est la dernière étape, il n'y aura pas d'autre réunion ni de nouvelles négociations » avait d'ailleurs prévenu, lors d'une conférence de presse en prélude au lancement du mouvement, Sami Tahri, secrétaire général de l'UGTT. « Celui qui s'oppose à l'UGTT s'oppose aux travailleurs et celui qui s'oppose aux travailleurs s'oppose à la Tunisie ! Celui qui s'oppose à l'UGTT, aux travailleurs et à la Tunisie n'a pas d'avenir ! », a martelé par la suite le syndicaliste, non sans accuser le gouvernement de se plier aux desiderata du FMI.

Coup dur pour l'économie

Bien que le débrayage social n'est pour le moment que d'une journée, c'est l'économie tunisienne dans son ensemble qui en pâtit sévèrement. D'abord en raison de la conjoncture déjà difficile, et ensuite en raison de la prépondérance des établissements publics au sein du tissu économique du pays. Dans le secteur des transports par exemple, l'UGTT s'est réjouie d'une grève suivie à 100%, ce qui se traduit par des trains bloqués, des bus qui ne circulent pas et le métro suspendu.

En plus des écoles et centre de santé fermés ainsi que des services municipaux et autres administrations notamment la justice, le secteur touristique a été fortement impacté par la perturbation qui a affecté le secteur aérien. Les vols de Tunisair ont été en majorité annulés, et en raison de la grève dans les aéroports, les compagnies desservant le pays ont également dû suspendre leurs liaisons.

Le secteur financier aussi a été impacté puisqu'il compte plusieurs établissements bancaires à capitaux publics. « La grève va coûter cher » avait averti le premier ministre qui n'a pas cessé d'insister sur la nécessité de prendre en compte le contexte économique du pays afin de privilégier l'intérêt national. Dans un communiqué, l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (UTICA), a d'ailleurs exprimé ses regrets que le gouvernement et l'UGTT ne soient parvenus à un accord pour éviter cette grève générale dans la fonction publique.

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Le patronat tunisien a exprimé son souhait que, « le dialogue entre le gouvernement et l'UGTT reprenne dès que possible en vue de parvenir à un accord tenant compte des intérêts des deux parties et contribuant au maintien de la paix sociale ». Il reste à savoir si l'appel sera entendu par qui de droit.

Aboubacar Yacouba Barma

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