Serge Magdeleine, DG Crédit Agricole Alpes Provence : « Nous devons aider les territoires à être souverains d’un point de vue économique »

Laurence Bottero
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... l’innovation n’est pas que technologique, l’objectif c’est bien de disrupter, pour faire évoluer les mentalités… et la croissance.
LA TRIBUNE - Un an après le début de la crise, quel regard portez-vous sur le contexte économique global ?
SERGE MAGDELEINE - Avant la crise, le monde était en train de se démultilatéraliser. Avant 2019 c'est la sortie des Etats-Unis de l'OMS, d'Israël de l'Unesco, la Grande-Bretagne de l'Union européenne. Et ce que se passe-t-il post-Covid ? Le Brexit est une réalité, la Chine et les Etats-Unis sont encore plus en train de se chamailler. Et vraiment, c'est une petite lueur, depuis quelques jours, Joe Biden reparle de multilatéralisme. Mais globalement, le monde qui se démultilaterralisait avant la crise, se démultilatéralise encore plus après le Covid.
Le deuxième axe, c'est la dette mondiale. On se disait tous en 2019 on est sur une dette mondiale trop importante. En 2019, la dette mondiale représente 322% du PIB mondial c'est-à-dire dette des Etats, dette des entreprises, dette des particuliers. Post-Covid, post injection dans l'économie de liquidités pour faire face à la crise, on monte à 432% dans les pays occidentaux. On était sur un monde leveragé en dette. Il l'est encore plus.
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Le troisième axe, un monde drivé par les majors de la technologie. On parlait des GAFAM, on parlait même de les démanteler, car ultra-puissants. Et que ce passe-t-il après ? C'est encore plus le cas. On a tous eu besoin de digital. Qui a en sorti vainqueurs ? Les vendeurs de pelles et de pioches du digital. Les vendeurs de cloud, d'applications et donc les GAFAM. Le 31 /12/ 2019, la capitalisation de Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft, totalisait 4 300 milliards de dollars. Huit mois plus tard, cette capitalisation atteint 7 600 milliards de dollars. Ce qui signifie que pendant la crise la plus grave de l'Histoire, ces 5 firmes ont augmenté leur valeur de 77%. Et donc, ce que je dis, on s'achemine vers un monde post-Covid, plus fragmenté, plus leveragé en dette et plus en emprise de la techno.
Laurence Bottero