« Le vrai sujet de fond, c'est le rapport au travail » (Pierre Ippolito, président UPE06)
Laurence Bottero
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... isse des dépenses publiques. Deux sujets sur lesquels le PDG du Groupe Ippolito attend particulièrement Elisabeth Borne.
LA TRIBUNE - Inflation, guerre en Ukraine, préoccupations climatiques... la rentrée 2023 ressemble beaucoup à la rentrée 2022 : qu'en est-il du moral des patrons ?
Votre réflexion est juste. Nous sommes dans la même situation que l'an dernier, mais pas pour les mêmes raisons. Le constat est identique dans le sens où nous avons l'impression d'être engagé dans un tunnel et de ne pas encore percevoir la lumière qui se trouve au bout. Les problèmes n'ont pas eu raison de nous mais il est difficile de se projeter avec sérénité. Et la capacité à se projeter, c'est précisément ce qui décide le chef d'entreprise à investir, à créer de la valeur. L'humeur ambiante n'est pas à l'euphorie mais on ne sent pas, non plus, de forte inquiétude. Le tourisme a connu un été particulier, les Français sortent moins, dépensent moins. La Côte d'Azur a été préservée, pour sa part, grâce à la présence de la clientèle étrangère. L'industrie, qui a connu beaucoup de contraintes, a réussi à créer de l'emploi, les ratios le démontrent.
A quelques heures du début de la toute première Rencontre des Entrepreneurs de France sous l'ère Patrick Martin, élu président du Medef en juillet dernier, un sujet fait déjà grincer des dents, celui de la non suppression de la CVAE avec l'étalement de la baisse des impôts de production - une attente des chefs d'entreprises qui avait été officialisée par Bruno Le Maire en 2021 à cette même REF - sur 4 ans. N'est-ce pas un mauvais signal, capable de remettre en cause les projets d'investissements, surtout ceux liés à la réindustrialisation ?
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Si même les institutions politiques ne tiennent pas parole, cela complique le travail du chef d'entreprise. Nous ne sommes plus dans une relation de confiance et d'espérance. De plus, on ne s'attaque pas au problème du mammouth, celui de la baisse des dépenses publiques. Comment envisager d'augmenter les prélèvements quand la France c'est trois fois la Suisse ? On n'entre pas dans un système vertueux. Et le vrai sujet concerne la réduction des dépenses publiques, un sujet qui n'est pas sur la table. De nouvelles taxes potentielles, des promesses sur lesquelles le gouvernement revient... nous nous retrouvons dans une instabilité fiscale. Taxer davantage ne règle pas le problème. Le vrai problème de fond est un problème sociétal, c'est le rapport au travail et le rapport au pouvoir d'achat. Celles qui sont le plus pénalisées, les classes moyennes, sont celles qui le méritent le moins. Tant que nous ne valoriserons pas le travail à sa juste valeur, nous aurons un problème. Il n'est pas possible pour les entreprises d'augmenter les salaires si on continue de les taxer. Le gouvernement veut que l'entreprise joue un rôle sociétal mais la contrepartie est que l'entreprise doit avoir le pouvoir de jouer ce rôle. Un autre sujet reste à revoir, celui du système d'assurance maladie des salariés. Les contrôles réalisés - je rappelle que c'est l'entreprise qui paye ce contrôle - ne doivent pas l'être a posteriori.
Laurence Bottero