Les enjeux économiques derrière la plainte de Restitution Afrique contre Bolloré

Laurence Bottero
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La vente des activités africaines de Bolloré a largement fait parler d'elle il y a deux ans. D'abord par ce qu'elle signifiait de la stratégie du groupe français qui lâchait ainsi une entité créée en 2008 pour rassembler ses activités de transport et logistique sur le continent. Puis par le montant posé dans la balance, 5,7 milliards d'euros, celui de la transaction avec le nouvel acquéreur, l'armateur suisse MSC.
Moins de trois ans plus tard, c'est cette même somme qui se retrouve au centre des enjeux de la plainte déposée par le collectif Restitution Afrique contre Bolloré SE, Vincent Bolloré et Cyrille Bolloré.
Une plainte qui pointe certaines concessions portuaires attribuées à Bolloré Africa Logistics à Lomé au Togo, à Douala et Kribi au Cameroun, à Abidjan en Côte d'Ivoire, à Tema au Ghana ou encore à Conacry, en Guinée et qui l'auraient été de façon illicite, selon Restitution Africa.
Le collectif, qui rassemble onze organisations non gouvernementales originaires de 6 pays d'Afrique, pointe notamment des relations privilégiées de Vincent Bolloré avec des responsables politiques, des concessions obtenues sans organisation d'appel d'offres, l'embauche dans certaines filiales du groupe de proches des dirigeants locaux...
Un ensemble d'éléments, « d'indices, de faits infractionnels et corruptifs », dit Maître Antoine Vey, l'un des avocats de Restitution Afrique, agrégés après de longs mois de recherche et de travail, le tout sous la direction de Jean-Jacques Lumamba, avocat et lanceur d'alerte, bien connu au Congo pour avoir dénoncé précédemment une affaire de corruption impliquant l'ancien président Joseph Kabila.
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Mais au-delà de la corruption, c'est bien le sujet de la richesse illicitement acquise qui est au cœur de la plainte déposée auprès du Parquet National financier. Car Restitution Africa part du principe que les concessions ainsi obtenues ont généré des revenus et jusqu'à 80% des profits du Groupe, servant de point de base lorsqu'il a fallu définir le niveau de la transaction lors de la cession de Bolloré Africa Logistics à MSC. Un montant de vente transformé en liquidités qui donne la possibilité à Bolloré de réaliser désormais d'autres investissement en Europe ou aux Etats-Unis. En clair, le montant de 5,7 milliards d'euros doit beaucoup aux ports gérés alors par Bolloré et cette somme - ou partie - revient de droit aux pays et acteurs économiques ainsi spoliés.
Laurence Bottero