LA TRIBUNE - La majorité des maladies infectieuses humaines nouvelles provient des animaux, et des animaux sauvages en particulier. Est-ce une réalité dont le plus grand nombre a connaissance ou conscience ? Comment installer durablement cette prise de conscience du risque ?
JULIEN CAPPELLE, écologue de la santé au Cirad, UMR Astre - En général, on ne se pose pas la question. Si on se réfère à ce qui s'est passé lors des épidémies précédentes, la crise sanitaire a un impact mais avec une durée limitée dans le temps. Par exemple, après le premier SARS en Chine en 2003, on a observé une baisse de consommation de viande d'animaux sauvages. Mais dix-sept ans plus tard, ce niveau est remonté. On a tendance à oublier. Mais le Covid va marquer les esprits pendant longtemps. Souvent ce sont les crises qui font avancer les prises de conscience. Pour ce qui est de la prise en compte, cela relève aussi des prises de décisions politiques. Le risque est effectivement qu'on reprenne une vie normale. C'est vraiment un problème de sociologie et de sciences politiques. C'est pour ça que dans les approches intégrées de la santé, les sciences humaines et sociales sont fondamentales car il faut savoir comment on va prendre des décisions collectives pour prendre en compte ces risques.
A-t-on quantifié le nombre de maladies infectieuses d'origine animale qui ont touché les humains et peut-on en citer les plus connues, autres que le Covid ?
Cela représente environ 70 à 75% des maladies. Les plus connues sont le Sida, qui vient d'un virus de singe à l'origine, le virus Ébola, ou les virus de grippe, dont les principaux réservoirs sont les oiseaux comme le H5N1. Celui sur lequel on a beaucoup travaillé au Cirad est un virus de chauve-souris en Asie du Sud, le Nipah, qui se transmet à l'homme mais peu d'humain à humain, ce qui fait qu'il reste circonscrit. Mais on le surveille... Il faut se rappeler que c'est avec nos animaux domestiques qu'on partage le plus de pathogènes.