Covid-19: les atteintes à la biodiversité ont accéléré l'épidémie

Elevage de cochons en Chine
Reuters

Elevage de cochons en Chine
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Et si la pandémie de coronavirus n'était que le symptôme d'une crise plus profonde, causée par les humains: celle de la biodiversité? Plusieurs experts en sont convaincus. "Nous avons organisé des systèmes qui font tout pour engendrer puis accélérer ce genre d'épidémies", conviennent Philippe Grandcolas et Jean-François Guégan, directeurs de recherche respectivement au CNRS (Conseil national de la recherche scientifique) et à l'Inrae (Institut national de la recherche agronomique), et spécialistes de la biodiversité. "Existentielle", cette crise remet profondément en cause les rapports entre l'humanité et la nature, abonde Elise Buckle, directrice de l'ONG Climate & Sustainability et conseillère de l'Onu.
Comme cela semble être le cas pour le Covid-19, la grande majorité des virus sont en effet portés par des animaux sauvages. "Mais dans leurs milieux naturels, ces agents pathogènes ont une fonction", rappelle Jean-François Guégan.
La déforestation et l'artificialisation des sols notamment, en privant de nombreux animaux sauvages de nourriture, poussent de nombreuses espèces à se rapprocher des centres habités. Et les populations qui vivent près de milieux encore relativement sauvages, autrefois garantes de la biodiversité locale, chassent et amènent dans les villes - plus ou moins licitement - de la "viande de brousse", convoitée par les citadins. Dans les deux cas, les virus portés par ces animaux sauvages se rapprochent d'un milieu particulièrement fertile: les exploitations agricoles et les élevages massifs présents aux portes de nombreuses agglomérations, où, "souvent sans grandes connaissances en génétique", "on sélectionne sans s'en rendre compte la capacité de certains animaux de porter la maladie", explique Philippe Grandcolas.
A ce cocktail explosif vient s'ajouter le contexte urbain de nombreuses mégalopoles, concentrées et pauvres, où s'entassent les personnes les plus fragiles face aux virus.
A l'origine de cette pandémie, il y a donc surtout "une mauvaise conception de la biodiversité, comme si elle pouvait perdurer malgré la prédation des humains", estime Philippe Grandcolas. Mais aussi "une mauvaise connaissance du vivant, qui de surcroît n'est jamais figé", et évolue d'autant plus vite à cause des atteintes qu'il subit.
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Sans compter le rôle joué par un "système d'alimentation non durable", ainsi que par le "choix de mettre la croissance économique avant l'équité sociale", qui fragilise particulièrement certains pans de la population, note Elise Buckle. Et alors que selon certaines études le réchauffement climatique pourrait faciliter la circulation des virus, la mondialisation joue sans doute un tel rôle, rappelle-t-elle.
Alors, comment en sortir, et prévenir les pandémies futures? Surtout pas en accentuant "la vision manichéenne de la biodiversité" qui prévaut aujourd'hui:
Il vaut mieux "renforcer la compréhension de la biodiversité" et la "respecter davantage", prône-t-il. "La diversité est la meilleure forme de garantie face aux aléas, sanitaires comme climatiques", convient Jean-François Guégan.
"C'est le moment d'une approche systémique pour changer nos modes de vie et de consommation", plaide Elise Buckle qui, en soulignant la nécessité d'une "relance verte", appelle à arrêter de financer la déforestation et l'agriculture productiviste et à investir dans les forêts et l'agriculture durable. Autant de "réponses bénéfiques tant pour la biodiversité et le climat que pour la santé humaine", convient Aleksandar Rankovic, qui souligne également la nécessité de réduire la densité des élevages, manger moins de viande, diversifier les paysages agricoles.
Plus globalement "la crise actuelle pose la question de la sobriété des modes de vie", analyse Aleksandar Rankovic, qui précise toutefois:
Dans un esprit d'autonomie, mais pas d'autarcie, il s'agit également de "continuer les échanges mais repenser leur qualité, par exemple en privilégiant celles de produits à forte valeur ajoutée locale", poursuit-il: "Un beau chantier pour la sortie de crise!". L'essentiel est de "replacer l'humanité et la nature au cœur du système et respecter les limites de la planète", estime Elise Buckle, qui rappelle:
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Malgré le report de la COP15 sur la biodiversité, qui devait se tenir en Chine en octobre, et les incertitudes sur la COP26 sur le climat, prévue au Royaume-Uni en novembre, ces préoccupations doivent rester en haut de l'ordre du jour de l'agenda internationale, plaide Elise Buckle. "Il faudra au contraire préparer les prochaines discussions en tirant les leçons de la crise", insiste Aleksandar Rankovic. Selon le chercheur de l'Iddri, les futurs leaders politiques devront surtout en retenir une:
Et faire preuve de volonté politique aussi face à la crise de la biodiversité: