« Photovoltaïque : anatomie d'une nouvelle ère ». Tel était la thématique donnée au 9e colloque photovoltaïque organisé, le 30 mai à Montpellier, par le Syndicat des énergies renouvelables (SER). De là à filer la métaphore cinématographique, il n'y avait qu'un pas, que le président du SER, Jules Nyssen, a volontiers et sans surprise franchi.
« On peut entrer dans la nouvelle ère des énergies renouvelables en en faisant une composante essentielle de l'aménagement du territoire. Tous les acteurs publics ont démontré que dans les territoires, il y a de la volonté, de l'énergie et des moyens, et l'Etat n'est pas en reste... Mais tout cela contraste avec le contexte national : nous avons d'un côté, beaucoup d'ambition et de l'autre, des actes qui tardent à venir puisque nous attendons toujours la loi de programmation énergie-climat, le décret de la programmation pluriannuelle de l'énergie (le gouvernement a fait le choix de faire adopter la feuille de route définissant les grandes orientations énergétiques de la France pour 2035 par décret et non pas par la loi, pour éviter «une guerre de religion» entre pro-nucléaire et pro-renouvelables, un choix que le SER critique, NDLR) et une stratégie nationale bas carbone.... On est à 1,2 TW installés, l'an dernier la Chine a installé plus de panneaux solaires que l'Europe en trente ans, l'Allemagne a quadruplé son équipement en panneaux solaires. Les atouts de cette énergie photovoltaïquesont connus : elle est abondante, disponible partout, bien répartie, facilement déployable. Mais attention que dans cette belle dynamique mondiale, l'exception culturelle française ne nous amène pas à l'anatomie d'une chute. »
Et le dirigeant d'évoquer « une certaine inertie » du pays, 6e en Europe avec 3 GWc installés en 2023 contre 14 MWc en Allemagne, affichant un ratio de 300 MW solaires par habitant contre 1.000 au Pays-Bas...
« On peut se féliciter que 93,6% des objectifs nationaux 2023 soient atteints, mais il y a encore 20 GW de projets dans les files d'attente,ajoute-t-il.En France, la dynamique porte surtout sur les petits projets, entre 100 et 500 kWc, soutenues par un tarif de rachat, mais nous avons appris il y a quelques jours que le gouvernement souhaitait raboter significativement ce tarif de rachat, au nom des économies budgétaires. Le signal qu'on veut envoyer, c'est ne touchez pas à ce tarif, ne brisez pas cette dynamique du solaire en France. »
Le président de SER évoque là l'arrêté tarifaire S21 qui fixe les conditions d'achat de l'électricité produite par les centrales de moins de 500 kWc. Dans ce contexte de dynamique photovoltaïque, le colloque a vu son ambiance plombée par un mail tombé dans les boites des syndicats Enerplan et le SER il y a une semaine... Le 23 mai, ils recevaient ainsi un courrier de la Direction Générale de l'Énergie et du Climat (DGEC) « demandant avis sur deux options radicales visant à réduire les dépenses publiques induites par la mise en œuvre du S21 ». La DGEC propose deux options : passer du guichet ouvert jusqu'à 500 kWc en guichet fermé, ou baisser le seuil d'éligibilité de l'arrêté tarifaire à 100 kWc et faire démarrer les appels à projets photovoltaïques bâtiment à 100kWc (revenant à la situation d'avant 2021). Pour Jules Nyssen comme pour Daniel Bour, le président d'Enerplan, aucune de ces options, qui « signent les incohérences gouvernementales », n'est recevable ni envisageable.