Après avoir démontré leurs pouvoirs sur la santé des plantes, les bactériophages sont prometteurs en santé globale : pour les eaux usées, en santé humaine ou en santé animale.
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La start-up montpelliéraine GreenPhage explore depuis plusieurs années le pouvoir des bactériophages, ces prédateurs naturels des bactéries, d’abord pour la santé des plantes. Alors que ses solutions à destination de l’agriculture sont déjà sur le marché, elle lance une solution écologique, un cocktail de dix bactériophages, pour traiter les eaux usées (industrielles ou urbaines), dont l’un des fléaux est la bactérie E.coli.
Les microbiologistes le savent : les bactériophages sont des prédateurs naturels des bactéries. Leur pouvoir intéresse donc plusieurs champs d'application et pourrait encore monter en puissance.
« Ils étaient utilisés par le bloc de l'Est pour soigner les maladies antibactériennes et ont été oubliés en France avec l'arrivée des antibiotiques,raconte Pascal Peny, co-dirigeant, avec Denis Costechareyre, de la start-up montpelliéraine GreenPhage. Aujourd'hui, l'antibiorésistance vient montrer les limites d'action des antibiotiques, donc on revient aux bactériophages. »
Mais le premier usage qu'a développé la start-up ciblait la santé des plantes. A l'origine, la start-up s'appelait Bactolytix. Elle a développé une solution antibactérienne naturelle de précision par l'utilisation de bactériophages, en alternative aux pesticides.
« Les bactériophages sont naturels et abondants sur terre, or c'est une ressource inexploitée,souligne Pascal Peny. En agriculture, ils permettent l'application d'un produit naturel avec peu d'impact environnemental et une action sur une large échelle : notre solution s'attaque à l'espèce bactérienne qu'on veut éliminer sans toucher aucune autre bactérie et elle ne modifie pas l'équilibre écologique. D'autant que les bactériophages sont capables de se multiplier au contact de leur cible donc une dose concentrée suffit. En agriculture, la majorité des maladies sont d'origine fongique, comme l'oïdium ou le mildiou, mais il existe de fameuses bactérioses. »
La première solution a été mise sur le marché il y a deux ans, ciblant la bactériose du melon. En 2025, GreenPhage commercialisera une solution similaire pour la bactériose de la noix, et travaille d'ores et déjà aux bactérioses qui attaquent les poiriers et les pommiers.
Diviser la population de E.coli par 100 ou 1.000
Rapidement, les dirigeants envisagent d'autres applications dans d'autres domaines. En 2022, l'entreprise se repositionne en santé globale (santé humaine, animale et problématique environnementale) et devient GreenPhage, entamant de nouvelles collaborations avec notamment l'INSERM ou le CHU de Nîmes.
« Nous nous sommes intéressés notamment au traitement des eaux usées qui sont la principale source d'antibiorésistance, avec l'idée d'apporter une solution de traitement antibactérienne ciblant les souches les plus répandues d'antibiorésistance,indique ainsi le co-dirigeant de GreenPhage.Aujourd'hui, notre solution est sur le marché et cible la bactérie E.coli (dont certaines souches sont la cause d'intoxications alimentaires, NDLR), la bactérie la plus répandue dans les eaux usées jouant un rôle dans d'antibiorésistance.
Avant de développer :
«Il s'agit d'une solution liquide, un cocktail de dix bactériophages qui divisent la population de E.coli par 100 ou 1.000... Une première mondiale dans le domaine de l'environnement ! Dans l'actualité récente, on a vu des épisodes de contamination des sources Perrier par des bactéries d'origine fécale en avril dernier, ou encorel'interdiction de baignade en Normandie(cinq plages concernées en août, en raison de la présence des bactéries E.coli et entérocoque dans les cours d'eau en amont de la mer, NDLR). Il s'agit de problèmes de saturation des stations d'épuration dans ces zones qui favorisent la prolifération de bactéries. Cette solution est validée et nous commençons à la commercialiser.»
Le dirigeant évoque ainsi l'entreprise bretonne de découpe de poulets France Poulpry qui a remplacé ses solutions chimiques de traitement de ses eaux usées par la solution de GreenPhage, « un bidon de 10 litres par semaine permettant de traiter un flux quotidien de 2.500 m3 », précise Pascal Peny. Il cite également « le leader sur le marché des œufs pour faire de la réutilisation de ses eaux usées en irrigation agricole ». Pour l'heure, le groupe Perrier n'utilise pas encore la solution mais est clairement une piste de prospection pour GreenPhage. La start-up se dit aussi « en approche » du SIAAP (service public de l'assainissement francilien), de laiteries ou de collectivités dont les stations d'épuration rejettent leurs eaux en zones sensibles, en particulier des communes littorales.
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