Le Collectif des investisseurs d'Orpea entend déposer l'assignation officielle au tribunal de commerce de Paris avant le 25 janvier, date de prescription des faits reprochés. (photo d'illustration)
Plusieurs investisseurs du groupe d'Ehpad Orpea (nouvellement Emeis) l'attaquent en justice suite à sa chute en Bourse liée au scandale il y a deux ans.
Les mauvaises nouvelles continuent pour le groupe d'Ehpad Orpea, désormais appelé Emeis. Un collectif de plus de 200 investisseurs du groupe a annoncé ce jeudi 2 janvier son intention de poursuivre l'ancien conseil d'administration, dans le cadre d'une action collective. Et ce, en raison des pertes subies à la suite des accusations de manquements graves dans la prise en charge des personnes âgées et de malversations financières, décrites en 2022 dans un livre-enquête du journaliste indépendant Victor Castanet, Les Fossoyeurs.
«Ensemble, les investisseurs demandent réparation pour les pertes subies dans le cadre d'une action collective inédite contre l'ancien conseil d'administration et les commissaires aux comptes de la société», ont-ils déclaré dans un communiqué.
Et pour cause, Orpea s'est effondrée en Bourse. Fluctuant entre 5.000 euros et 8.000 euros l'action entre 2019 et 2021, le titre évolue désormais à 6 euros aujourd'hui. L'entreprise est actuellement en procédure de sauvegarde, une mesure qui permet de suspendre le paiement de dettes à l'ouverture de la procédure. L'entreprise nous a répondu qu'elle ne pouvait commenter l'action en cours, cette dernière n'étant pas encore effective. Elle maintient que « le cours de Bourse a chuté en janvier 2022 en raison d'un emballement médiatique qui a suivi la publication du livre les Fossoyeurs et non du fait de la véracité des faits dénoncés par le livre » précisant que « la situation financière de la Société de l'époque rendait indispensable une restructuration globale ».
En tout, les quelque 230 investisseurs plaignants ont jusqu'au 10 janvier pour contacter le Collectif des investisseurs d'Orpea qui entend déposer l'assignation officielle au tribunal de commerce de Paris avant le 25 janvier, date de prescription des faits reprochés.
Orpea toujours dans le rouge
La situation financière de l'entreprise n'est pas au beau fixe. Les derniers résultats semestriels affichent, certes, une hausse du chiffre d'affaires de 9,2%, à 2,7 milliards d'euros. En revanche, l'entreprise accuse des pertes de 257 millions d'euros, contre 371 millions un an auparavant. Les dirigeants actuels se montraient optimistes, relevant une « progression continue des taux d'occupation », a fait valoir Laurent Guillot, le directeur général du groupe.
Néanmoins, le taux d'occupation de ses maisons de retraite en France (83,1%) reste inférieur à la moyenne de tous les établissements confondus (maisons de retraite, cliniques et résidences services) qui s'élève à 85,3%. Après le scandale, le groupe a mené une campagne de recrutement et de formation du personnel. Il a également signé un accord collectif actant des hausses de salaire.
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Les Ehpad en mauvaise posture
L'attaque en justice des investisseurs du groupe vient aussi remettre en lumière la situation compliquée des Ehpad. Entre 2020 et 2023, la part des Ehpad déficitaires est passée de 27% à 66%, selon les chiffres de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS). En cause, le scandale Orpea qui a ébranlé la confiance dans ces structures, mais aussi l'inflation. Un rapport du Sénat présenté en septembre recommandait de « reconstruire » le modèle des Ehpad. L'enjeu est de taille : le nombre de personnes âgées dépendantes va augmenter de 46% d'ici 2050.
Parmi les mesures présentées : fixer un plancher de revalorisation annuelle, indexé sur l'inflation, généraliser une taille minimale de chambre de 26m2 ou encore de publier le résultat de l'évaluation de la qualité des Ehpad, sur le modèle du "Nutriscore". Mais la mesure qui a été la plus débattue a été la création d'une deuxième journée de solidarité, « qui pourrait se traduire par la suppression d'un jour férié, permettrait de générer 2,4 milliards d'euros de recettes supplémentaires », selon le rapport.
Cette mesure avait été ensuite discutée dans la navette parlementaire du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, avant d'être retiré. Une enveloppe de 100 millions d'euros à destination des Ehpad avait été votée par les sénateurs dans le budget de la Sécu, mais ce dernier a été invalidé par la censure du gouvernement Barnier. Lors de la nomination de l'actuel gouvernement le 23 décembre dernier, le Synerpa, principal syndicat des Ehpad privé, a exhorté le gouvernement à « mener à bien l'ensemble des réformes indispensables au secteur, notamment en matière de financement et d'attractivité des métiers ».