Assurance-chômage : le gouvernement dévoile une vaste réforme déjà très critiquée

 |   |  687  mots
(Crédits : Eric Gaillard)
Le gouvernement présente mardi une vaste réforme de l'assurance chômage touchant à la fois à l'indemnisation, à l'accompagnement des chômeurs, ainsi qu'au portefeuille des entreprises abusant des contrats courts via le bonus-malus, une réforme déjà critiquée de toute part.

Après l'échec des négociations entre patronat et syndicats cet hiver, l'Etat, pour la première fois depuis 1982, redéfinit seul les règles qui régissent l'indemnisation des demandeurs d'emploi. Les derniers changements étaient entrés en vigueur à l'automne 2017. Objectifs affichés de cette nouvelle réforme: inciter au retour à l'emploi - et donc retoucher certaines règles d'indemnisation considérées comme un frein - mais aussi désendetter l'Unédic plombé par 35 milliards d'euros de dette.

Et en arrière-plan, réussir à atteindre les 7% de chômage d'ici 2022, voire "le plein emploi" pour 2025 évoqué par Emmanuel Macron.

Depuis le début, les syndicats protestent contre les 1 à 1,3 milliard d'économies à faire par an, dénonçant un impératif uniquement budgétaire.

"Notre objectif, c'est pas de faire des économies (...), notre objectif c'est de faire en sorte que le travail paie plus que l'inactivité", s'est défendu le Premier ministre Edouard Philippe lundi soir sur France 5.

Matignon a déjà prévenu que l'indemnisation pour les hauts revenus (actuellement plafonnée à 7.700 euros brut) allait être retouchée pour se mettre dans des standards européens. Une proposition de dégressivité qui fait hurler la CFE-CGC, les cadres cotisant davantage, en proportion, au régime d'assurance chômage. Les seniors, comme les jeunes mal lotis sur le marché du travail, ne seront pas concernés.

"De toute façon, personne ne sera content: le Medef va râler contre le bonus-malus et les syndicats sur le volet indemnisation", pronostiquait lundi Denis Gravouil (CGT).

Tenus à l'écart des arbitrages, les partenaires sociaux seront reçus à Matignon mardi matin pour une présentation de la réforme, avant l'officialisation par Edouard Philippe et la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

"On est mis devant le fait accompli", déplore Michel Beaugas (FO).

Autre sujet controversé: le bonus-malus, c'est-à-dire la modulation de la cotisation assurance chômage d'une entreprise en fonction des ruptures de contrats, pour essayer de juguler l'explosion des contrats courts. L'idée était inscrite dans le programme du candidat Macron mais a eu du mal à cheminer depuis deux ans, signe de divergences au sein de l'exécutif.

Au final, le bonus-malus ne s'appliquera qu'à certains secteurs d'activité, entre 5 et 10, les plus consommateurs de contrats courts, comme l'hôtellerie-restauration, l'hébergement médico-social, la santé et l'action sociale...

Le Medef, vent debout depuis des années à l'idée d'une pénalité financière, a quand même vu dans la limitation à quelques secteurs une "bonne nouvelle dans la mauvaise". Les "CDD d'usage", des contrats très flexibles qui se sont développés de manière anarchique, vont eux aussi faire l'objet d'une taxation forfaitaire.

Des "moyens nouveaux"

Sur l'indemnisation, les mesures ont moins filtré. Parmi les pistes, celle d'un durcissement de l'accès à l'assurance chômage en faisant passer de 4 mois travaillés sur les 28 derniers à 6 mois sur 24, a fait bondir les syndicats.

"Une mesure purement budgétaire, en contradiction avec le discours du gouvernement soi-disant d'incitation de retour à l'emploi", a averti Marylise Léon (CFDT).

Depuis le début, l'idée est aussi de changer les règles de la "permittence", celles qui permettent de cumuler un petit salaire avec un bout d'allocation. Sur 3,6 millions de demandeurs d'emplois indemnisables, 1,7 million travaillent et parmi eux 800.000 cumulent allocation et salaire. Au nom de l'équité et avec la conviction de "changer les comportements", l'exécutif veut revoir la méthode de calcul pour éviter les cas où l'allocation est supérieure au revenu mensuel moyen.

A priori, ces mesures ne s'appliqueront qu'aux nouveaux entrants à partir de début 2020. Les mesures sur les démissionnaires et les indépendants, issues de la loi Avenir professionnel, entreront en vigueur plus tôt.

Les partenaires sociaux pourraient accueillir plus favorablement des mesures d'ampleur pour renforcer l'accompagnement des chômeurs à Pôle emploi, critiqué pour son insuffisance (délais trop longs pour obtenir un rendez-vous ou une entrée en formation, conseillers aux portefeuilles surchargés, etc). Après deux années de réduction d'effectifs chez l'opérateur public, le Premier ministre a promis des "moyens nouveaux".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 18/06/2019 à 21:04 :
Avant ça marchait très bien, tu bosses t'es au chômage tu touches l'assedic pour un temps ensuite plus que dal!, c'était privé, tout le monde était content, le reste: flemmards naufragés de la route etc ça ne concerne que les aides sociales, pareil pour les retraites, je comprend pas ces gouvernements touche à tout ne sachant que mettre le foutoir dans une mécanique bien rodée, si t'es pas concerné t'as droit à rien.
a écrit le 18/06/2019 à 16:47 :
Ce gouvernement est aussi incapable que les précédents de réduire le chômage; ne pouvant trouver la recette, il tente de réduire la facture. Tous les gouvernements ont voulu interférer dans les mécanismes de l'économie en refusant de faire preuve de bon sens; résultat: un mécontentement généra,l et un demi siècle de stagnation et des moutons à cinq pattes dont nous auront du mal à nous défaire.
a écrit le 18/06/2019 à 15:47 :
" Pole Chomage " à dégraisser des deux tiers : ne réinsère que 5% des chomeurs.
Une " Agence " par DPT, et communication internet : domicile ou médiathèque municipale.

Que les FR se consolent en comparant avec les " modèles " Danois et Suedois plus sévères et controlés et accompagnateurs sans relache.


Cette réforme aura enfin !!! des effets positifs.
a écrit le 18/06/2019 à 14:46 :
Ceci est une augmentation cachée de la pression fiscale sur les cadres.
1 : En effet que dire d'une cotisation d'assurance chômage (y compris après le changement vers la CSG) sur un salaire complet et un plafonnement des remboursements : la différence, c'est un nouvel impôt !!!
2 : Rappelons que les cotisations de cadre rapportent près de 3 fois ce qu'ils coûtent (42% pour 15%)
3 : Et scandale ultime : les intermittents du spectacle continuent de piquer dans la caisse commune sans appliquer les règles communes

Un gros SCANDALE de la part du premier ministre et du président !
a écrit le 18/06/2019 à 14:30 :
Pour que cette reforme soit credible il ne faut pas cacher les vrais problèmes INTERMITTANTS du spectacle , licenciements conventionnels qui cachent beaucoup de fraudes.. que nos politiques aillent sur le terrain nous expliquer comment on gère un entreprise évènementiel,, voir un centre médical pendant les vacances etc.
a écrit le 18/06/2019 à 13:55 :
Continuez a suivre les ordres de l'UE de Bruxelles en faisant croire que vous en êtes les initiateurs!
a écrit le 18/06/2019 à 11:24 :
Il faudrait aussi se questionner sur la qualité de l'accompagnement Pôle Emploi qui est devenue exécrable au fil des ans. Et je n'accuse pas les conseillers individuellement (ils sont plus victimes que coupable), mais bien l'ensemble du fonctionnement de Pôle Emploi qui n'est plus qu'un enchaînement de procédures et de dossiers à remplir pour faire passer le chômeur d'une case à une autre. Il n'y a strictement plus rien "d'humain" dans cette entreprise. Au stade où en est cet organisme public, on pourrait remplacer la plupart de ses conseillers par une IA, qu'on ne verrait pas la différence. C'est sans doute le projet à moyen terme d'ailleurs...
a écrit le 18/06/2019 à 10:45 :
Ce qui confirme bien à ceux qui en doutaient que la France est un pays socialiste. Plus tu cotises moins tu as de droits.
Si Philippe veut récompenser le travail pourquoi ne touche t'il pas aux intermittents du spectacle??
Réponse de le 18/06/2019 à 14:30 :
Entièrement d'accord avec vous !!

Ceci est une augmentation cachée de la pression fiscale sur les cadres.
1 : En effet que dire d'une cotisation d'assurance chômage (y compris après le changement vers la CSG) sur un salaire complet et un plafonnement des remboursements : la différence, c'est un nouvel impôt !!!
2 : Rappelons que les cotisations de cadre rapportent près de 3 fois ce qu'ils coûtent (42% pour 15%)
3 : Et scandale ultime : les intermittents du spectacle continuent de piquer dans la caisse commune sans appliquer les règles communes

Un gros SCANDALE de la part du premier ministre et du président !
Réponse de le 18/06/2019 à 14:56 :
"Si Philippe veut récompenser le travail pourquoi ne touche t'il pas aux intermittents du spectacle?? "

Parce qu'il doit s'adresser dans ce cas aux donneurs d'ordres comme M6,TF1 ,BFM etc..qui en utilisent énormement et Philippe ne veut pas se mettre les dirigeants à dos ,ce sont les potes de ce gouvernement qui distillent la pensée macronienne aux JT.
Réponse de le 18/06/2019 à 14:58 :
@fafa

"Ce qui confirme bien à ceux qui en doutaient que la France est un pays socialiste"

Dans ce cas cela doit être l'aile droite du PS qui est chez Macron avec les ex-LR et des centristes
Réponse de le 18/06/2019 à 15:53 :
ON a déjà essayé et reculé : pouvoir de nuisance tel : tous les festivals des communes en sont annulés.

Le droit FR et la Constitution ne permet pas de les licencier et en bloc.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :