Assurance chômage : une vraie-fausse reprise des négociations

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Pierre Gattaz, président du Medef, se dit favorable à ce que les syndicats et le patronat continuent de gérer l'assurance chômage. Pour autant, il sait qu'une victoire de François Fillon à la présidentielle permettrait au Medef de négocier une nouvelle convention en situation de force.
Pierre Gattaz, président du Medef, se dit favorable à ce que les syndicats et le patronat continuent de gérer l'assurance chômage. Pour autant, il sait qu'une victoire de François Fillon à la présidentielle permettrait au Medef de négocier une nouvelle convention en situation de force. (Crédits : © Robert Pratta / Reuters)
Les organisations patronales et syndicales se retrouvent pour tenter de dresser un "diagnostic" sur l'assurance chômage et ses faiblesses. Mais une vraie reprise des négociations est peu probable avant la présidentielle. Le patronat ayant intérêt à attendre des jours peut-être meilleurs pour lui...

Tel le Canada Dry, ça a le goût d'une négociation; ça ressemble à une négociation...mais ce n'est pas une négociation. Les organisations patronales et syndicales, gestionnaires de l'Unedic, se retrouvaient ce 6 décembre pour dresser un "diagnostic" sur l'échec de la négociation sur l'assurance chômage le 16 juin dernier et sur les évolutions à venir du marché du travail.

La "menace" du gouvernement d'intervenir

En juin dernier, les partenaires sociaux avaient échoué à définir une nouvelle convention d'assurance chômage qui fixe les règles en matière d'indemnisation. Le gouvernement avait dû intervenir immédiatement et, par décret, avait donc prorogé l'ancienne convention de 2014 afin que les demandeurs d'emploi ne soient pas privés de leurs droits. Mais la ministre du Travail, Myriam El Khomri, avait enjoint patronat et syndicats de vite retrouver le chemin de la négociation. Afin de mettre un petit coup de pression supplémentaire, en septembre, le gouvernement avait laissé entendre qu'il pourrait intervenir avant la fin de l'année et surtaxer les contrats courts - en majorant la cotisation patronale d'assurance chômage- si les discussions n'avançaient pas.

Une "menace" qui avait alors conduit le président du Medef, Pierre Gattaz, à écrire à l'ensemble des organisations syndicales, pour leur proposer un "diagnostic" sur l'assurance chômage, l'évolution des formes d'emploi, la protection sociale, la formation, etc. Le tout sous l'égide de France Stratégie. Dans ce courrier, le président du Medef précisait qu'il n'est "pas favorable à laisser l'État prendre la main" sur l'assurance chômage. Il proposait donc de "profiter des quelques mois qui viennent pour poser ensemble une vision de l'évolution du marché du travail pour les prochaines années", avant, éventuellement, de rouvrir si possible la négociation sur l'assurance chômage.

Le patronat a intérêt à jouer la montre... et espère Fillon

La réunion de ce 6 décembre est donc la première rencontre en vue de dresser le fameux "diagnostic". Comme toute les premières réunions, elle devrait être consacrée à la "définition de la méthode" et le "calendrier de travail". Le Medef propose "six-sept" séances pour dresser ce diagnostic sur l'assurance chômage et le marché du travail,

Mais la négociation proprement dite va t-elle reprendre avant la présidentielle? Ce n'est absolument pas certain. D'abord parce que le patronat est divisé. Une partie - menée par la fédération de la Métallurgie, UIMM - très attachée au paritarisme souhaiterait certes aboutir à un accord avec les syndicats. Et si François Fillon emporte l'élection présidentielle, les syndicats seraient alors sans doute tentés de conclure une nouvelle convention afin d'échapper à la menace d'une "nationalisation" de l'Unedic.

En effet, François Fillon a été très clair sur cette question. Non seulement, il souhaite instaurer une dégressivité des allocations pour réaliser des économies mais, surtout, sur le fond, il compte laisser aux organisations patronales et syndicales une dernière chance de négociation. Sinon, il a prévenu, l'Etat reprendra directement la main sur l'assurance chômage. Il serait donc mis fin à la délégation de service public instituée en 1958 au moment de la création de l'Unedic. Un scénario qui a les préférences d'une autre partie du patronat, pas mécontent de se désengager de la gestion paritaire...

D'ailleurs, François Fillon n'est pas le seul dans cet état d'esprit. Emmanuel Macron, veut, lui aussi, que l'Etat reprenne la gestion de l'assurance chômage, voulant en finir avec la "fiction" de la sa gestion autonome... Alors que c'est l'Etat qui garantit les emprunts réalisés par l'Unedic pour combler sa dette cumulée de 30 milliards d'euros.

L'épineuse question de la "taxation" des contrats courts

Devant ce danger, CFDT et CFTC, favorables au paritarisme, ne seraient pas contre parvenir à un accord avant la présidentielle du mois de mai. Mais il y a peu de chance que ce scénario se réalise. Non, seulement, on l'a dit, en raisons des intérêts politiques du patronat qui se sentira sans doute davantage en position de force au printemps prochain. Mais aussi car l'épineux dossier de la "taxation" des contrats courts - dont la multiplication pèse pour sur les finances de l'assurance chômage - semble pour l'instant verrouillé.

Les organisations syndicales veulent toujours, d'une façon ou d'une autre,moduler les cotisations sur ces contrats courts, soit par une surcotisation générale (CGT), un système de bonus-malus, apprécié au niveau de la branche, pénalisant les entreprises qui abusent de ces contrats (FO, CFE-CGC), ou la dégressivité des cotisations selon la durée dans l'emploi, quelle que soit la nature du contrat (CFDT, CFTC).

Majoritairement, le patronat ne veut pas entendre parler de ces propositions. Pour l'instant tout est donc encore et toujours bloqué.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2016 à 10:03 :
Le patronat et les syndicats font la preuve tous les jours que leur rôle n'est pas de défendre l'intérêt général mais de verrouiller , de bloquer le système afin de préserver le pouvoir de leurs dirigeants , leurs privilèges et les revenus qui vont avec ....et à ce stade les adhérents ne servent que de vache à lait avec leurs cotisations .
En conséquence la paritarisme va disparaître et l'état va reprendre en main la gestion administrative et financière du chômage !!!
a écrit le 07/12/2016 à 9:06 :
En effet le patronna mise beaucoup sur fillon, d'ailleurs les héritiers et autres rentiers lui conseillent d'arrêter de parler de la fin de la sécu parce que les gens "ne peuvent pas comprendre", ils sont pour bien entendu mais espèrent tellement que la sécu soit détruite qu'ils ne veulent pas que leur fillon perde les élections parce qu'ayant dit ce qu'il ferait, faut le cacher ça voyons !
a écrit le 07/12/2016 à 8:00 :
Le nouveau premier ministre saura t il profiter de cette opportunité pour jouer un role historique?
a écrit le 07/12/2016 à 7:58 :
Le nouveau premier ministre sera t il profiter de cette opportunité pour jouer un role historique?
a écrit le 07/12/2016 à 7:48 :
Fillon n'a rien compris au chomage. Le plus proche de la solution serait Macron, mais il oublie de mentionner le role de l'énergie. Hulot a exprimé la solution en proposant de basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique. Demandez un avis aux rédacteurs de la note n°6 du CAE. Encore un petit effort.
a écrit le 07/12/2016 à 7:39 :
Le chomage est en fait du temps de travail libéré grace aux gains de productivité que l'énergie nous procure. Gattaz serait il capable de le comprendre et de convaincre les syndicats? Il est normal que l'énergie participe au même titre que le travail au financement des charges sociales.
a écrit le 07/12/2016 à 7:29 :
Mais quand arriverons nous à comprendre que les retraites et le chomage doivent être financés par une participation de l'énergie? (Basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique, progressivement jusqu'à un point d'équilibre.).
a écrit le 07/12/2016 à 5:11 :
la pénalisation des contrats courts est une mascarade car les embauches pour des périodes limitées ne sont pas un volonté noire de l'entrepreneur mais une obligation par rapport à la charge de travail et toujours pareil à l'exception de quelques patrons véreux qui appliquent exclusivement par "une sorte de tournante à l'emploi" la multiplication des contrats de courte durée, ce qui montre d'ailleurs pour cette catégorie que le mot entrepreneur est synonyme de voyou, et les magouilles se retrouvent dans le travail au noir, la magouille sur la TVA..... La taxation des contrats courts ne fera qu'aggraver la situation d'une catégorie des chômeurs. La question qui se pose n'est pas de traiter le chômage mais de gérer la situation avant le basculement à ce fléau. La les entrepreneurs mais également les syndicats et le politique sont responsables du basculement sec du travail au chômage. Prenons cette société qui fabriquait pour une grande marque des montures de lunettes pourquoi le contrat n'a pas été renouvelé, la ou les causes ne sont arrivées en 24 heures de nombreux signes ont été allumés avant alors pourquoi des actions de redressement n'ont pas été actionnées. Chaque mise au chômage a une ou des raisons et celles-ci doivent être mise sur la table avant la catastrophe. L'ensemble des acteurs politique, patronat et syndicats se parlent après la catastrophe rarement avant.

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