4 QUESTIONS. Avec le débranchement des aides aux entreprises, qui ont déjà coûté plus de 200 milliards d'euros à l'État selon une estimation du comité de suivi et d'évaluation des aides aux entreprises, Bercy s'attend, en plus du risque de liquidations, à d'importantes restructurations. Mais alors que les grands groupes peuvent recourir au CIRI (Comité Interministériel de Restructuration Industrielle) pour être accompagné, l'Etat se devait de fournir un outil similaire aux PME. Pour cette mission, il a sélectionné une vingtaine de cabinets pour cette mission, dont Oneida Associé (groupe...... & Cie), dirigé par Philippe Grabli.
LA TRIBUNE - En quoi consistent ces missions d'accompagnement lancées par l'Etat et quelles entreprises visent-elles ?
PHILIPPE GRABLI - Bercy a voulu réunir un pool d'équipes spécialisées dans la restructuration, la fiscalité, la renégociation des dettes ou la recherche de repreneurs, catégorie pour laquelle nous avons été sélectionnés. En effet, il y a une montée en puissance de ce genre de situations, surtout en région.
Là-bas, c'est le commissaire au redressement productif qui, localement, fait remonter les sujets ou les demandes d'exonérations fiscales. Mais les PME ou les ETI, ces entreprises de taille moyenne qui réalisent un chiffre d'affaires de 5 à 40 millions d'euros, n'ont pas toujours le réflexe de demander de l'aide pour renouveler leur actionnariat. Pourtant ces entreprises sont jugées importantes par l'Etat pour le tissu local et pour leur technologie.
Il s'agit d'un processus préventif pour que l'on sache agir face à une série de dossiers socialement sensibles. C'est la première fois que Bercy prend en main et finance ces sujets.
Ces entreprises feront l'objet de « restructurations et/ou de transformations ». Que pensez-vous de la place accordée à la réindustrialisation dans le plan de relance ?
L'industrie a longtemps été le parent pauvre de la politique économique, en tout cas au niveau des ETI. En Allemagne, des efforts ont été faits par l'Etat, les partenaires sociaux, les actionnaires. Mais en France il y a un décrochage : le tissu industriel est parfois très faible alors qu'il irrigue une grosse partie de l'économie, avec les sous-traitants, le transport, l'hôtellerie, les services...
Le plan de relance remet davantage l'industrie au cœur de l'économie, mais c'est peut-être trop tard pour certaines entreprises. L'Europe est confrontée à une pression très forte avec la flambée des matières premières : seront-elles capables d'y faire face ? Elles sont un peu insuffisantes au niveau technologique : il faut les faire monter en puissance. Sur le plan de la robotisation aussi, la France est en retard : il faut mettre plus de compétitivité et de technologie dans les produits. Cela fait partie de la relance.
Propos recueillis par Margaux Fodéré