Banlieues : Macron en service minimum un mois après le rapport Borloo

Macron vise 30.000 stages pour les quartiers prioritaires
Thilo Schmuelgen

Macron vise 30.000 stages pour les quartiers prioritaires
Thilo Schmuelgen
Les élus de banlieue en rêvaient. Le président de la République les a déçus. L'Élysée avait prévenu qu'Emmanuel Macron annoncerait des « mesures concrètes plutôt que des grands dispositifs », mais les 19 programmes de Jean-Louis Borloo, contenus dans son rapport "Vivre ensemble, vivre en grand", ont quelque peu disparu. Certes, l'ancien ministre de la Ville de Jacques Chirac a été invité à parler avant le chef de l'État, mais le discours d'une heure et demie qui a suivi n'a été qu'un long inventaire à la Prévert.
Le président s'est alors fait le porte-parole des multiples mesures prises dans tous les domaines par son gouvernement depuis un an, ainsi que celles contenues dans les projets de loi en cours d'examen au Parlement.
Si le chef de l'État a insisté sur la nécessité de « construire une action collective » faisant part de son « extrême inquiétude » suite aux violences à l'encontre des policiers marseillais hier, il est revenu à son habituel « et en même temps », insistant sur son « optimisme ». Son conseil présidentiel des villes, composé de 25 membres, qui fera un point d'étape tous les deux mois, sera ainsi « une force de propositions et une vigie ».
Emmanuel Macron rêve « d'une mobilisation générale » qui pose les bases « d'une politique d'émancipation et de la dignité », grâce à « une philosophie d'action et un changement de méthode ». Vient alors la première promesse : 1.300 policiers dans 60 quartiers d'ici à 2020, assortie d'un plan de mobilisation contre le trafic de drogue dévoilé en juillet 2018. Toujours en matière de sécurité, il souhaite « une société de la vigilance », construite avec les préfets, les élus et les habitants, où « chacun est acteur de la sécurité collective ».
Sous les yeux de la majorité du Gouvernement, notamment Jacques Mézard et Julien Denormandie, respectivement ministre et secrétaire d'État à la Cohésion des territoires, dont la loi Évolution du logement et aménagement numérique est actuellement en commission, le chef de l'État y ajoute l'initiative "Cœur de quartier". À la manière du programme « Cœur de ville » lancé il y a deux mois, il s'agit de faire sortir des opérations de rénovation urbaine en six mois contre trois ans actuellement.
Le premier milliard des 5 milliards supplémentaires pour l'ANRU est ainsi confirmé pour le projet de loi finances 2019, de même que les établissements publics fonciers devront définir, d'ici à juillet 2018, « une dizaine d'opérations d'intérêt national » pour reconstruire et reconfigurer ces quartiers. En matière d'hébergement d'urgence, là encore Emmanuel Macron veut « changer de stratégie », plaidant pour une politique volontariste dès septembre 2018.
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C'est là que l'une des trois propositions-phares de Jean-Louis Borloo, la Cour d'équité territoriale, est reprise, a minima, par le président :
L'Agence nationale de cohésion des territoires, promise par le chef de l'État depuis juillet 2017, revient elle aussi sur la table comme « un opérateur de rééquilibrage des équipements » doté d'un plan de programmation pluriannuel.
Sans rapport apparent avec ces mesures, Emmanuel Macron promet, dès la rentrée de septembre 2018, une bourse de 30.000 stages ainsi que la généralisation du tutorat dans les quartiers. Sans attendre cet automne, le président réunira également en juillet les 120 plus grandes entreprises françaises pour « développer et renforcer les centres de formation et d'apprentissage dans les quartiers de politique de la ville ».
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Suivent des digressions sur le numérique, la lutte contre l'antisémitisme, la généralisation du testing, l'égalité femme/homme, le combat contre la radicalisation ou encore sur l'économie sociale et solidaire, avant la mise en place, très prochainement, d'un site Internet, reprenant le slogan du jour "La France, une chance", une plateforme de gouvernance partagée entre l'État et les maires.
À la sortie, ces derniers se montrent, en revanche, très critiques vis-à-vis du chef de l'État, à l'image de Patrice Bessac, maire (PCF) de Montreuil, qui fustige « un discours de la méthode, un discours managérial ».
Son homologue (LR) d'Aulnay-sous-Bois, Bruno Beschizza, reproche, lui, à Emmanuel Macron d'avoir organisé « un meeting » :
Même « déception » ressentie par le président (PS) du département de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel :
Seul Jean-Louis Borloo, croisé devant le ministère de l'Intérieur, semblait se satisfaire de ce discours : « Toutes les cases sont cochées. Ça me va bien. »