Bercy souhaite-t-il une reprise de l'investissement des collectivités locales ?

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Ces deux dernières années, le déficit public de la France s'est réduit grâce aux efforts des collectivités locales.
Ces deux dernières années, le déficit public de la France s'est réduit grâce aux "efforts" des collectivités locales. (Crédits : Reuters)
Si l'investissement des collectivités locales repartait à la hausse en 2016, la France pourrait ne pas respecter ses objectifs en matière de déficit public. A moins que les nouveaux investissements des collectivités ne se fassent ressentir plus vite que prévu sur la croissance...

La dégradation de la situation financière des collectivités locales a paradoxalement servi l'Etat dans sa politique de réduction budgétaire. En effet en 2014 et en 2015, c'est en grande partie grâce à la baisse des investissements du secteur public local que l'Etat a pu abaisser son déficit en deçà de 4 % de son PIB (3,8 % en 2015). En volume, le déficit des administrations publiques locales (APUL) s'établirait à seulement 500 millions d'euros en 2015, alors qu'il était de 4,5 milliards d'euros en 2014, et de 8,5 milliards en 2013, selon l'Insee.

Cette baisse était d'ailleurs voulu par le gouvernement qui a engagé en 2014, sous l'impulsion de Bercy, un processus de réduction de la dotation globale de fonctionnement (DGF) aux collectivités locales de 12,5 milliards d'euros sur 4 ans, provoquant mécaniquement une baisse de l'investissement public local de 8,8 % en 2014 et de 6,2 % en 2015, selon des estimations de la Banque Postale. Ainsi, pour la première fois depuis 2006, l'investissement public local serait passé en 2015 sous la barre des 50 milliards d'euros, à 49,5 milliards d'euros, prédisait aussi la Banque Postale.

Baisse de l'autofinancement

L'érosion de l'autofinancement des collectivités locales est l'une des principales causes de cette baisse des dépenses d'investissement. Elles n'ont en effet pas pu suffisamment réduire leurs dépenses de fonctionnement pour compenser la baisse de la DGF : l'épargne brute du bloc communal baisse ainsi de 4,2 % en 2015, après 9,9 % en 2014, celle des départements chute de 13,2 % en 2015, après 2 % en 2014, et enfin celle des régions se réduit de 5,8 % en 2015, après 5,5 % l'année précédente.

Pour limiter l'enlisement et maintenir un niveau d'investissement minimum, les collectivités locales ont tout de même réussi à augmenter leur niveau d'endettement. En 2015, elles ont continué à emprunter auprès des banques et sur le marché obligataire, pour un encours de dette totale hausse de 4,9 % sur un an à 178 milliards d'euros. L'endettement joue donc un rôle de pansement à court terme, mais si cette tendance se prolongeait -moins de ressources propres et plus de dette - la solvabilité de certaines collectivités locales pourrait être affectée...

Chamboulements dans les mairies

Du reste, l'autre principale raison à la baisse de l'investissement des collectivités locales ces deux dernières années tient à la tenue des élections municipales en mars 2014, qui ont chamboulé les majorités en place dans les communes. Les nouvelles équipes municipales ont souvent fait campagne contre des projets d'investissement menés par les municipalités précédentes, entrainant le blocage de nombreuses dépenses. Un effet rattrapage est donc à attendre, et il pourrait se faire ressentir dès 2016.

Si tel était le cas, la question de la tenue des comptes publics se reposerait. Au ministère des Finances, on en a pleinement conscience. « En 2016, il y a un risque du point de vue des finances publiques que l'investissement des collectivités locales reparte », indique-t-on du côté de Bercy. Dans ce cas, ce qui est bon à moyen et long terme pour l'activité ne l'est pas forcément à court terme pour les finances publiques. On sombre dans la schizophrénie.

Relance de la croissance par le BTP

Mais, politiquement, à un an des élections présidentielles, la majorité gouvernementale a certainement plus à gagner à lâcher du lest sur l'investissement public local, qui soutient fortement les secteurs très pourvoyeurs d'emplois du bâtiment et des travaux publics (BTP). Environ 16 % des dépenses des collectivités - soit 38,4 milliards d'euros - sont en effet dirigées vers le BTP, selon la Banque Postale.

De quoi inciter le gouvernement à risquer une petite sortie de route budgétaire, alors que la Commission européenne table sur un déficit de 3,4 % en 2016 pour la France.
Il n'est, du reste, pas à exclure qu'une relance de l'investissement public local ait un effet bénéfique sur la croissance dès 2016. Bercy pourrait alors avancer fièrement à Bruxelles une baisse de son déficit combinée à un gain accentué de croissance.

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Commentaires
a écrit le 13/03/2016 à 20:24 :
l'investissement public ou locale retombe toujours sur les contribuables
ce n'est pas magiqe celui qui paye c toujours le peuple!!!!!
a écrit le 13/03/2016 à 0:02 :
Pour résumer, Bercy veut que les collectivités s'endettent encore plus pour gonfler artificiellement le PIB et mécaniquement faire croire que la dette de l'Etat baisse (les communicants l'exprimant en pourcentage de PIB). C'est beau l'escroquerie intellectuelle. Vos enfants vous remercieront quand on saisira leurs biens pour rembourser vos dettes.
a écrit le 12/03/2016 à 22:13 :
Nous arrivons à des échéances électorales nationales, comment ne pas voir le lien entre BTP et politique, ancienne relation très particulière. Qui ne voit pas dans son secteur sa circonscription son département sa région toujours la même ou les mêmes entreprises remporter les appels d'offres, une coincidence?
a écrit le 12/03/2016 à 19:14 :
y a plus d'argent, tout a deja ete dilapide
bon, evidemment, on peut tjs ' augmenter la pression fiscale sur ceux qui en ont les moyens' ( ce qui autodispenserait les electeurs socialistes qui estiment ' ne pas en avoir les moyens, eux')
apres, faudra pas trop s'etonner que les boites font du downsizing, que les delais chez certains specialistes s'allongent, etc...
a écrit le 12/03/2016 à 17:11 :
et l'inflation des impôts locaux de ces dernières années c'est bon pour la croissance ? il faut arrêter la folie inflationniste des mandarins locaux : subventions à gogo et projets délirants ; il ne faut pas oublier qu'en bout de chaine il y a le contribuable
a écrit le 12/03/2016 à 12:29 :
Si les dépenses des collectivités locales ne baissent plus parce que l'Etat arrête de ponctionner leurs ressources, c'est le déficit gigantesque de l'Etat qui va encore augmenter. Est-ce tellement mieux ? Parce que pendant ce temps là, il y a encore 36 000 communes, une centaine de départements et 500 parlementaires de trop si on compare leur nombre à celui de leurs homologues américains rapporté à la population...
a écrit le 12/03/2016 à 12:09 :
En gros de la dette pour financer des dettes avec des dettes pour s'endetter et faire payer de la dette ... Existe t'il en France autre chose que l'Etat ? Les Mairies, départements ... ? C'est pitoyable !
a écrit le 12/03/2016 à 12:07 :
Il va falloir se réveiller et avoir des gens compétents au gouvernement. Les méthodes keynésiennes fonctionnaient quand on avait des entreprises, de la main-d'œuvre et des intérêts nationaux en jeu, mais ce n'est plus du tout le cas :-)

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