Budget 2018 : les mesures profiteront davantage aux riches, selon l'OFCE

D'après une étude de l'OFCE, les mesures du budget 2018 ne devraient pas avoir de gros impact cette année, mais permettront, à terme, un meilleur niveau de vie des ménages les plus riches.

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En 2018, les mesures auront un impact nul sur le pouvoir d'achat des classes moyennes.
En 2018, les mesures auront un impact nul sur le pouvoir d'achat des classes moyennes. (Crédits : Eric Gaillard)

Article publié le 15/01/2017 à 15h21, mis à jour à 16h37

Les mesures du budget 2018 devraient en moyenne exercer un effet presque neutre sur le pouvoir d'achat global des ménages cette année avant de l'augmenter en 2019, mais devraient davantage profiter aux plus aisés, selon une étude de l'OFCE publiée lundi.

Cette étude, intitulée Budget 2018 : pas d'austérité, mais des inégalités, risque d'alimenter le débat entre le gouvernement, qui met en avant les gains de pouvoir d'achat et les réformes destinées à réorienter l'épargne vers l'économie réelle, et l'opposition de gauche, qui a régulièrement dénoncé des mesures qu'elle juge favorables aux plus riches.

"La classe moyenne qui travaille sera la première bénéficiaire de cette politique fiscale, parce qu'elle verra sur sa feuille de paie ses salaires augmenter dès la fin du mois", a déclaré le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire lundi lors de la présentation de ses voeux aux forces économiques et à la presse.

Effet de calendrier

Les économistes de l'Observatoire français des conjonctures économiques, le centre de recherches lié à Sciences Po Paris, chiffrent à 0,2 milliard d'euros en moyenne cette année les effets sur le pouvoir d'achat des ménages des mesures fiscales et des revalorisations de prestations sociales prévues. Cette moyenne annuelle recouvre des évolutions trimestrielles très variables, avec des effets pénalisants en début d'année et une accélération des gains à la fin 2018.

En cause, le calendrier de mise en place des mesures, avec des hausses de la fiscalité en vigueur dès le début d'année (CSG, tabac, carburants) et des baisses, dont les effets, se feront sentir plus tardivement (taxe d'habitation, réforme de l'ISF, élargissement du crédit d'impôt pour l'emploi à domicile mis en place par la précédente majorité), sauf dans le cas du prélèvement forfaitaire unique (PFU).

Les revalorisations de prestations sociales plutôt concentrées en fin d'année (allocation adulte handicapé, minimum vieillesse, prime d'activité) et la baisse en deux temps (janvier et octobre) des cotisations sociales des salariés contribuent également à cette dynamique.

Pour 2019, malgré la poursuite de la hausse de la fiscalité écologique et des prix du tabac, l'OFCE estime à six milliards d'euros la hausse du pouvoir d'achat des ménages, sous l'effet de la montée en charge de certaines mesures fiscales (taxe d'habitation, PFU) et des nouvelles revalorisations de certaines prestations sociales.

Un impact "à la marge"

Au-delà de ces chiffres globaux, les économistes de l'OFCE soulignent un "déficit de redistribution", avec un accroissement des inégalités en 2018 par rapport à 2017 et un "rééquilibrage partiel" en 2019.

Même si cette année le niveau de vie d'une majorité de ménages, en moyenne, ne devrait selon eux être impacté qu'"à la marge", avec notamment un impact nul pour les classes moyennes, les principaux bénéficiaires des mesures nouvelles seront les "2% de ménages du haut de la distribution des revenus, détenant l'essentiel du capital mobilier".

D'après leurs calculs, en 2018, les 5% de ménages les plus modestes devraient en moyenne voir leur niveau de vie être amputé de 0,6% en 2018 (soit 60 euros par an et par ménage) alors que les 5% de ménages les plus aisés verraient le leur progresser de 1,6% (soit 1.730 euros).

Relativiser

Les auteurs notent également que les effets des nouvelles mesures seront différenciés selon les ménages : les fumeurs, les propriétaires de véhicules diesel ou les ménages se chauffant au fioul par exemple seront bien plus impactés que ces résultats moyens.

Pour autant, soulignent-ils, après la montée en charge progressive en 2018 de différents dispositifs, l'analyse en année pleine "permet de relativiser quelque peu les résultats anti-redistributifs".

En année pleine, l'abattement de 30% de la taxe d'habitation pour 80% des ménages, les revalorisations de la prime d'activité, du minimum vieillesse et de l'allocation adulte handicapé, associées à la neutralité budgétaire de la bascule cotisations-CSG "joueraient pleinement leur rôle : redonner du pouvoir d'achat aux classes modestes et moyennes", notent-ils.

Avec cette analyse, la quasi-totalité des ménages devraient gagner en niveau de vie, même si la progression pour les 5% de ménages les plus modestes (+0,5%) restera nettement plus faible que celle dont bénéficieront les 5% de ménages les plus aisés (+1,9%).

Les 5% les plus riches principaux bénéficiaires

De la même façon, d'après leurs estimations fondées sur les indications du budget 2018, l'an prochain les 5% de ménages les plus riches devraient rester les principaux bénéficiaires des réformes, avec un niveau de vie accru de 2,2% par rapport à 2017 (contre +0,2% pour les 5% de ménages les plus pauvres).

Au total, "les 2% les plus riches capteraient 42% des gains à attendre de la mise en place des mesures", notent les auteurs.

Ils préviennent également que les réductions des dépenses publiques nécessaires pour compléter le financement de certaines mesures sans creuser le déficit public pourraient affecter les ménages et accentuer les inégalités, notamment si elles venaient à toucher les prestations dans la santé, le logement, ou l'éducation.

Simulateur de pouvoir d'achat

"A tous ceux qui estiment que notre politique fiscale aggrave les inégalités, je veux dire que les premières des inégalités, ce sont les inégalités devant l'emploi [...], ce sont les inégalités à l'école [...], ce sont les inégalités entre les territoires, contre lesquelles tout le gouvernement est engagé", a dit Bruno Le Maire lors de ses voeux.

Le gouvernement a mis en place fin décembre un simulateur de pouvoir d'achat, après la publication d'estimations de l'Insee selon lesquelles les mesures fiscales amputeraient le pouvoir d'achat des ménages de 4,5 milliards d'euros en 2018.

(Avec Reuters)

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Commentaires 26
à écrit le 16/01/2018 à 13:41
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Le simulateur de pouvoir d’achat ; vous y êtes allé ? Une vraie supercherie. D’autre part il n’est pas besoin d’être économiste à l’OFCE, pour comprendre que les plus impactés par la politique économique mise en place, seront la classe moyenne infér...

à écrit le 16/01/2018 à 11:40
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MACRON A DONNER DES ECHEANCES ?D ABORD ILS REDONNE CONFIANCE AUX INUTRIELS ET AUX RICHES POUR QU ILS FASSE REPARTIR L ECONNOMIE ? ENSUITE IL REDISTRIBURAS AUX PLUS FAIBLES? EN ECONOMIE C EST TOUJOURS COMPLIQUE DE CONTANTER TOUS LE MONDE ? ILS Y A FOR...

le 16/01/2018 à 13:19
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J ai pas biens compris ?

à écrit le 16/01/2018 à 11:24
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il faudra sanctionner les députés nos élus qui représentent .... aux prochaines élections

à écrit le 16/01/2018 à 11:24
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il faudra sanctionner les députés nos élus qui représentent .... aux prochaines élections

à écrit le 16/01/2018 à 10:13
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Après l'aristocratie, la démocratie, nous voilà arrivés au XXI ème siècle en boursocratie.

à écrit le 16/01/2018 à 7:56
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Dans un pays où 50 % de la population ne paie pas d impôt, alors toute baisse d impôt ne leur profite de fait pas... C est pas une grande découverte !

le 16/01/2018 à 8:07
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Vous confondez impôts et IR! Toute la population paye de la TVA, et cette TVA rapporte infiniment plus que l'IR (impot sur les revenus) et a un taux très élevé par rapport aux revenus. Vous auriez pu aussi dire que la quasi totalité de français...

à écrit le 15/01/2018 à 23:45
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Macron plus d impôts c est tout les jours des nouveaux impots après la csg qui est a la venirs revaloricable apl gasoil tarif hôpitaux gaz électricité impot inondations parkings de 17€ passés à 50/60€ assurance santé impots traveux TVA de 5.5 passé ...

à écrit le 15/01/2018 à 19:08
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Pas un mot de l'OFCE sur les retraités. Une CSG qui va les toucher à partir de 1380 e par mois. Des retraités (8 millions) qui vont continuer à payer la TH. Pour les autres, au menu, la taxe habitation, la hausse de la taxe foncière en vue, hausse du...

à écrit le 15/01/2018 à 18:33
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OFCE et France Stratégie sont des officines de distingués économistes de gôche (payés par nos impots) pour dire que notre pays a des riches qui ont trop d' argent et des pauvres qui n' en ont pas assez. Je n' ai compris à quoi ils servaient, ni le...

le 15/01/2018 à 19:35
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Cela change des médias proches des idées des idées de Pinochet qui essayent de nous faire croire que les rentiers qui ont fait fortune sur l'esclavage, l'exploitation et les guerres sont des victimes!

à écrit le 15/01/2018 à 17:55
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Il faudrait soumettre l'OFCE (comme l'INSEE) à l'autorité de Super-Macron ! Comme ça il n'y aurait plus de mauvaises nouvelles.

à écrit le 15/01/2018 à 17:23
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Présentation néo-marxiste. La réalité est que ceux qui produisent de la valeur en France sont sur-taxés par rapport aux autres pays. Les riches n'ont aucun avantage à payer leurs impôts en France.

le 15/01/2018 à 17:38
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votre analyse n'est certainement pas plus objective!

le 15/01/2018 à 17:42
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"Les riches n'ont aucun avantage à payer leurs impôts en France" En effet, même en n'y payant pas leurs impôts les politiciens les protègent quand même, donc ils n'ont vraiment aucun intérêt à payer leurs impôts.

le 15/01/2018 à 17:45
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"Les riches n'ont aucun avantage à payer leurs impôts en France" En effet, même en n'y payant pas leurs impôts les politiciens les protègent quand même, donc ils n'ont vraiment aucun intérêt à payer leurs impôts.

le 15/01/2018 à 17:49
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Pauvre chou ! C'est les pauvres paresseux qui se gavent au détriment des richent qui bossent. Toute ma sympathie pour cette indicible souffrance !

le 15/01/2018 à 18:21
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Certes, mais ils s'y font soigner.....

le 16/01/2018 à 9:53
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" Les riches n'ont aucun avantage à payer leurs impôts en France". Pourquoi tu es concerné ou tu défends une catégorie à laquelle tu souhaiterait appartenir mais sans jamais y parvenir.Sinon, c'est le syndrome du larbin ,la definition est sur le...

à écrit le 15/01/2018 à 17:04
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tout ceci parait évident (je suis fiscaliste depuis 45 ans) et hélas pauvre... donc je vais payer le 1.7 de CSG qui va faire presque 2 % puisque appliquée au brut...ensuite ouf mon patrimoine immobilier ne me mets pas a l'ifi mais je vais continuer a...

le 15/01/2018 à 20:42
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Merci Capitoul. Idem pour nous : nous avons la chance, mon épouse et moi-même, d'habiter une des villes à la TH les plus chères de France soit (échéancier reçu début janvier) : 3520€. Somme que ne payeront plus bientôt 80% des hbs de notre ville. À c...

à écrit le 15/01/2018 à 17:02
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"D'après leurs calculs, en 2018, les 5% de ménages les plus modestes devraient en moyenne voir leur niveau de vie être amputé de 0,6% en 2018 (soit 60 euros par an et par ménage) alors que les 5% de ménages les plus aisés verraient le leur progresser...

le 16/01/2018 à 3:40
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Macron n'est pas le président des riches. La France est devenue une terre socialiste voire communiste donc les riches ils ont fait la valise. Question intéressante : comment les pauvres imaginent-ils que l'on devient riche ?

le 16/01/2018 à 8:11
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On nait riche on ne le devient pas. Les patrimoines ne se font pas par le travail mais par transmission.

le 16/01/2018 à 9:50
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"La France est devenue une terre socialiste voire communiste donc les riches ils ont fait la valise." Donc on peut arrêter de leur laisser faire des bénéfices en France puisqu'ils ne redistribuent jamais rien ? "comment les pauvres imaginent-...

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