Coronavirus: «La précipitation nous a privés d'une réponse fiable sur l'effet des traitements»

Florence Pinaud
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LA TRIBUNE - Alors qu'ils n'ont jamais vraiment suivi leurs recommandations sur le déclin de la biodiversité ou la pollution des sols, les pouvoirs publics se sont mis à écouter scientifiques et médecins. Est-ce nouveau ou les gouvernements vous consultaient-ils auparavant en coulisses ?
Pr PIERRE CORVOL - Nous avons été rarement saisis au niveau de l'Académie. Le gouvernement nous a consultés individuellement, parfois dans le cadre des agences sur des sujets spécifiques. Mais nous n'avons pas eu de demandes d'avis ou de conseils, et trop peu de moments de partage. À la création de l'Académie en 1666, l'idée de Colbert était que les scientifiques puissent éclairer le pouvoir dans ses décisions. C'était notre première mission, mais au fil du temps, les gouvernants ont perdu l'habitude de solliciter les académiciens. Il reste que l'Académie conserve sa faculté d'auto-saisine, liée à son indépendance statutaire. Elle l'utilise largement pour prendre des positions officielles dans son champ de compétences : qualité de l'enseignement, programmation de la recherche, énergie, environnement, etc.
D'autre part, les députés et les sénateurs se sont rapprochés de nous, par l'intermédiaire de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques. Il s'agit de réfléchir ensemble sur les progrès scientifiques et leurs possibles répercussions sur la société. Nous menons aussi un travail dans le cadre du G7 et du G20 avec les organisations scientifiques des autres pays.
Scientifiques et politiques sont-ils si différents pour travailler si peu ensemble ?
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Nous ne sommes pas immédiatement faits pour nous comprendre. Nos motivations, nos rythmes et nos méthodes de travail diffèrent radicalement. Un jeune étudiant en médecine s'intéresse au patient en tant qu'individu. A contrario, un étudiant de Sciences Po ou de l'ENA travaille sur des enjeux de société. Quand un chercheur fait une découverte importante au cours de sa vie, sa carrière est bien remplie, alors que celle du politique est remise en jeu au rythme des élections, tous les quatre ou cinq ans. Du coup, quand le scientifique lui explique que l'on pourra bénéficier de l'intérêt d'une mesure dans dix ou quinze ans... En outre, nos méthodes de travail sont diamétralement opposées. Dans la pratique scientifique, le doute est une qualité et un chercheur reste concentré sur son sujet. Quand, dans sa réflexion, le politique intègre des éléments tels que l'intérêt général et l'ensemble du système social, le scientifique est relativement éloigné d'une telle approche systémique. Pour autant, la science s'inscrit dans la société comme source de progrès et les scientifiques sont dans l'ensemble conscients de leurs responsabilités à titre collectif.
Florence Pinaud