ENTRETIEN EXCLUSIF. La directrice de l’Agence française anticorruption (AFA) Isabelle Jégouzo appelle les entreprises et les agents publics à redoubler de vigilance. Dans les classements internationaux, la France a dégringolé ces derniers mois.La Tribune : Quels sont les principaux enseignements du rapport d'activité de l'Agence française anticorruption (AFA) tout juste dévoilé ?
Isabelle Jégouzo : L'année 2024 a été une année très dense, marquée notamment par une réorganisation ambitieuse de l'agence, afin de mieux répondre aux caractéristiques et besoins des acteurs publics et des acteurs économiques. En termes de priorités, l'agence a renforcé ses activités sur la prévention de la corruption en lien avec la criminalité organisée, en travaillant de concert avec les administrations régaliennes. Nous avons spécialement travaillé sur des secteurs exposés, comme les ports maritimes, 2024 marquant un niveau record de saisies de drogue et un phénomène de report des trafics des ports d'Anvers et Rotterdam vers nos zones portuaires.
Nous avons pu faire des recommandations prises en compte dans la loi narcotrafic. Ainsi, par exemple, les opérateurs assurant la manutention dans les ports sont désormais assujettis aux exigences de la loi Sapin 2 et vont donc devoir mettre en place de façon obligatoire des dispositifs de détection et de prévention des atteintes à la probité.
Comment travaillez-vous avec les entreprises ?
Dans le domaine économique, nous avons commencé à aider les entreprises de petite taille qui ne sont pas forcément assujetties à la loi Sapin 2. Pour ces entreprises, mettre en place ce type d'outil peut être un avantage compétitif. En effet, les grandes entreprises soumises à la loi Sapin 2 peuvent avoir des exigences à l'égard de ces sociétés et attendre d'elles la mise en place de dispositifs anticorruption.
Les organismes de financement et d'assurance sont également vigilants à leur égard en termes de maîtrise des risques. Autant de raisons qui justifient l'engagement dans la mise en place de ces dispositifs qui peuvent aussi permettre aux entreprises de gagner globalement en robustesse.
Le nombre de signalements a beaucoup augmenté en 2024. Comment expliquez-vous ce phénomène ?