Vers une reprise poussive de l'économie française malgré le plan de relance

La reprise de l'économie française s'annonce lente et compliquée selon l'OFCE qui s'attend à un effondrement du PIB de 9% cette année et un rebond de 7% pour 2021. Le plan de relance annoncé par le gouvernement doperait le produit intérieur brut à hauteur de 1,1% pour 2021. Les économistes anticipent un chômage à 11% à la fin de l'année 2020 et plus de 810.000 postes détruits.
Grégoire Normand
(Crédits : CHRISTIAN HARTMANN)

Les clignotants sont au rouge pour l'économie tricolore. Après un effondrement de l'activité au printemps et un rebond meilleur que prévu pendant l'été, l'automne s'annonce morose. Avec la recrudescence de l'épidémie et le durcissement des mesures pour endiguer la propagation du virus dans les grandes métropoles, de nombreux secteurs risquent à nouveau de traverser une période compliquée à gérer. Dans leurs dernières perspectives rendues publiques ce mercredi 14 octobre, les économistes de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) s'attendent à une chute du produit intérieur brut (PIB) de 9% cette année avant un rebond de 7% en 2021. S'il est encore tôt pour établir un seul scénario dans les mois à venir et établir des projections solides sur la croissance, la remontée des contaminations et les décisions prises par les autorités sanitaires dans plusieurs pays européens assombrissent l'horizon.

"Il existe des risques importants sur les faillites, les licenciements que l'on a dû mal à mesurer. Le choc actuel est sans commune mesure avec ce que la France a pu vivre depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. C'est une crise hors-norme. Deux secteurs perdent plus de 50% de leur valeur ajoutée en 2020. Il s'agit des matériels de transport, de l'hébergement-restauration" a expliqué l'économiste Mathieu Plane lors d'une présentation aux journalistes.

Un plan de relance aux effets multiplicateurs "limités"

Au début du mois de septembre, le gouvernement a présenté un plan de relance de 100 milliards d'euros pour tenter de doper l'économie tricolore plongée dans la torpeur. Après avoir mis en oeuvre des mesures d'urgence et des mesures de soutien à partir du printemps, l'exécutif a fait le pari d'une relance par l'offre en baissant notamment la fiscalité sur les entreprises et en misant sur la croissance verte. Une stratégie parfois jugée risquée à un moment où la demande continue de stagner, voire baisser pour les ménages les plus vulnérables.

D'après les simulations opérées par le laboratoire rattaché à Sciences-Po Paris, ce plan de relance pourrait améliorer le PIB de 1,1  en 2021 et de 0,9 point de PIB sur l'activité en 2022. Au final, l'économie tricolore pourrait rebondir de 7% en 2021 contre 6% sans plan de relance. Le produit intérieur brut de l'hexagone ne reviendrait qu'à un niveau proche d'avant crise au cours du dernier trimestre 2021. "Cela ne veut pas dire que l'économie française aura comblé ses pertes. En effet, en supposant une croissance potentielle de 1,2 % (telle qu'estimée en 2019), la perte d'activité estimée par rapport à ce potentiel serait de -2,7 points de PIB fin 2021, malgré le Plan de relance" indiquent les auteurs de la note.

Dans le détail, les chercheurs ont montré que l'impact du plan de relance sur le multiplicateur budgétaire est relativement limité. S'il s'élève à 1,3 en 2020 (en prenant en compte les mesures d'urgence), le niveau redescend à 0,8 en 2021 et 0,7 en 2022. La plupart des mesures décidées en 2020 ont eu un impact relativement efficace sur le plan macroéconomique selon les résultats obtenus. Ainsi, les mesures d'urgence (2,6 points de PIB) en 2020 sur l'activité partielle et des dispositifs d'aide aux PME-TPE en difficulté à travers le fonds de solidarité, les aides aux indépendants et les exonérations de cotisations sociales pour les secteurs les plus touchés ont permis de réduire la chute d'activité de 3,4 points de PIB cette année.

En revanche, les économistes sont plus sceptiques sur l'efficacité de la baisse des impôts de production et d'autres mesures non ciblées sur la croissance. "Ces mesures, dans un contexte de forte incertitude seront peu efficaces pour redynamiser l'investissement à court terme et auront un faible multiplicateur (évalué à 0,3 la première année)signalent les auteurs de la note intitulée "Croissance vulnérable". En outre, l'efficacité de ce plan de relance va dépendre en grande partie de l'évolution des conditions sanitaires dans les mois à venir et des avancées de la recherche pour trouver un vaccin ou un traitement.

"Sur l'impact du plan de relance, nous avons quelques divergences sur l'évaluation des montants avec ceux présentés par le gouvernement. On a plutôt 32 milliards d'euros pour 2021 et 30 milliards d'euros pour 2022. Cet écart s'explique par une amélioration possible du chômage partiel et une montée en charge progressive de la rénovation thermique des bâtiments. Nous considérons que les mesures ciblées ont un impact important. Les mesures non ciblées ont un effet faible à court terme. On s'attend à un supplément d'activité de 1,1 point de PIB en 2020 et 0,9 point en 2021. La baisse des impôts de production ont un effet diffus dans le temps. D'autres mesures ont plus d'effet à court terme" a déclaré Mathieu Plane.

L'hébergement-restauration et les services dans la tourmente

La mise en oeuvre des mesures de confinement au mois de mars a précipité l'économie française dans une crise économique sans précédent. Les économistes de l'OFCE anticipent qu'après un repli spectaculaire de 18,9% au deuxième trimestre 2020 (par rapport au quatrième trimestre 2019), le PIB de la France serait encore à -5% au troisième et quatrième trimestre 2020 et serait en moyenne de -3% en 2021, sans prendre en compte les effets du plan de relance. Parmi les secteurs en première ligne figurent sans surprise, les matériels de transport, l'hébergement-restauration, les services de transport et les services aux ménages. Compte tenu du poids des services dans la valeur ajoutée, l'économie française risque d'être durablement touchée.

Avec les nouvelles mesures pour limiter la propagation du virus à l'automne, l'hébergement-restauration et le tourisme risquent de connaître encore des difficultés pour plusieurs trimestres.

Parmi les secteurs qui s'en sortent mieux apparaissent "les biens d'équipements du foyer, les matériels de transport et les autres produits manufacturés. Pour ces secteurs, nous considérons que 60 % des pertes de consommation de mars à mai 2020 seraient récupérées par un surcroît d'achat d'ici à la fin 2021". Enfin, certaines branches devraient tirer leur épingle du jeu dans les prochains mois avec un rattrapage plus rapide. Il s'agit de l'énergie, l'agroalimentaire, la construction, les activités financières et immobilières, les services aux entreprises, l'information-communication.

Le marché du travail dans l'oeil du cyclone

Malgré la mise en oeuvre des mesures de chômage partiel au printemps, l'onde de choc de la pandémie sur le marché du travail risque de se prolonger. Selon les calculs du centre de recherches, le taux de chômage pourrait atteindre 11% à fin 2020 et 9,6% à la fin de l'année 2021. Au total, les statisticiens prévoient la destruction de 749.000 postes de salariés cette année et 90.000 emplois non-salariés et 298.000 l'année prochaine. La situation est particulièrement critique dans les services marchands avec 604.000 postes en moins cette année et dans l'industrie (128.000 postes en moins). Le plan de relance présenté par le gouvernement pourrait permettre de créer 55.000 emplois en fin d'année 2020 et 45.000 emplois à la fin de l'année 2021. A cela s'ajoutent les 97.000 emplois maintenus grâce à l'activité partielle en 2021 avec un coût estimé à 3,3 milliards d'euros. Au final, les économistes estiment que le plan de relance permettrait de créer ou préserver environ 140.000 emplois.

Le choc le plus terrible depuis 1929

La mise sous cloche de l'économie française au printemps a provoqué un effondrement violent et brutal de la valeur ajoutée. D'après les calculs des conjoncturistes, il s'agit de la pire chute du PIB semestriel depuis 1929. "Avec une baisse du PIB de 18,9 % au deuxième trimestre 20201, par rapport à son niveau de fin 2019, le choc observé au cours du premier semestre est six fois plus élevé que le choc le plus sévère depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Par exemple, à la suite de la faillite de Lehman Brothers, la France avait encaissé une perte d'activité de 3% au cours des six mois qui ont suivi ; après le premier choc pétrolier, l'activité française avait chuté de 2,6% en un semestre ; pendant les épisodes de grèves de mai 1968, le PIB s'était contracté de 2,7% au cours du premier semestre 1968" notent les économistes.

Grégoire Normand

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Commentaire 1
à écrit le 16/10/2020 à 2:23
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On ne peut pas en même temps accélérer (plan de relance) et appuyer sur les freins (Confinements) sans user la machine. Et évidemment l'avancée (croissance) est poussive et on crame de l'essence (argent) en pagaille. Bref, le but du plan est in...

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