Déjà avant la guerre en Ukraine, les entreprises françaises en proie à des difficultés d'approvisionnement

Un tiers des entreprises françaises interrogées dans la dernière vague de la grande consultation des entrepreneurs (GCE), réalisée avant le déclenchement du conflit en Ukraine par OpinionWay pour CCI France, La Tribune et LCI, signale des difficultés d'approvisionnement. Le séisme provoquée par l'attaque de la Russie pourrait encore accroître ces tensions pour un grand nombre d'entreprises tricolores.
Grégoire Normand
Avant le déclenchement du conflit, ces difficultés se traduisaient déjà directement par un allongement des délais de livraison pour 76% des répondants et des ruptures d'approvisionnement pour les les deux tiers des dirigeants.
Avant le déclenchement du conflit, ces difficultés se traduisaient déjà directement par un allongement des délais de livraison pour 76% des répondants et des ruptures d'approvisionnement pour les les deux tiers des dirigeants. (Crédits : Reuters)

Guerre en Ukraine, menace nucléaire russe, regain de tensions sur les matières premières, flambée des prix de l'énergie... les craintes se multiplient ces derniers jours dans les milieux économiques et financiers. Alors que les puissances occidentales ont décidé de muscler les mesures de déstabilisation de l'économie russe ces derniers jours, Vladimir Poutine pourrait intensifier les frappes en Ukraine plongeant l'Europe dans un profond désarroi.

Dans ce contexte troublé, les difficultés d'approvisionnement pourraient encore s'amplifier pour les entreprises françaises. Interrogés quelques jours avant le début du conflit dans le cadre de la Grande consultation des entrepreneurs, un tiers des dirigeants interrogés déclaraient déjà qu'ils rencontraient des difficultés d'approvisionnement, dont 22% décrivent des difficultés importantes. A l'opposé, 66% affirment qu'ils n'ont pas rencontré d'obstacles particuliers. L'aggravation du conflit dans les jours à venir pourrait empirer la situation des entreprises françaises déjà hantées par deux longues années de pandémie. "Le conflit aura probablement un effet négatif sur le moral des entreprises et va donc peser sur le climat des affaires dès le mois de mars et pourrait, s'il se prolonge, avoir un impact négatif sur l'activité économique" a expliqué l'économiste d'ING Charlotte de Montpellier dans une récente note.

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Tensions sur les matières premières et les composants électroniques

Parmi les produits évoqués, les matières premières industrielles (38%) et les composants électroniques (24%) sont les deux sujet en moyenne les plus évoqués par les répondants. Viennent ensuite le bois (18%) et les matériaux de construction (17%). Enfin, arrivent les matières premières agricoles (8%) et les composants chimiques (6%). Derrière cette moyenne, des disparités peuvent évidemment apparaître en fonction des secteurs et de la dépendance des entreprises à l'étranger. La pandémie et la guerre en Ukraine pourraient affaiblir durablement le tissu industriel tricolore si les tensions s'éternisent.

Déjà, de grands groupes industriels avaient annoncé des fermetures de sites et des coupes dans les effectifs en France au début de la pandémie. Renault a par exemple ralenti grandement la cadence depuis le premier confinement. Dans l'aéronautique, les deux années de fermeture des frontières et des mesures drastiques pour limiter la propagation du virus ont obligé les compagnies aériennes à revoir à la baisse leurs carnets de commande plombant les perspectives de cette industrie très implantée en Europe.

La construction et l'industrie dans le rouge

Sans surprise, les entreprises dans la construction sont les plus nombreuses en proportion à exprimer des difficultés pour s'approvisionner (74%). Viennent ensuite l'industrie (63%) et enfin le commerce (38%). Dans les deux premiers secteurs, un ratio de dirigeants supérieur à 20% indiquent même des freins très importants. A l'opposé, les services sont relativement épargnés par ces problèmes.

Concernant la taille des entreprises, ce sont les établissements de plus de plus de 10 salariés qui déclarent plus souvent ce type de difficulté (47%). Dans les petites entreprises entre 0 et 9 salariés, environ un tiers (32%) ont déjà répondu qu'ils avaient rencontré ce type de mésaventure.

Allongement des délais de livraison et ruptures d'approvisionnement

L'ensemble de ces obstacles se traduisent directement par un allongement des délais de livraison pour 76% des répondants et des ruptures d'approvisionnement pour les deux tiers des dirigeants. "Les entreprises touchées font souvent face en plus à des coûts plus élevés pour leur approvisionnement, à cause d'une hausse des prix des marchandises elles-mêmes (73%) ou dans une moindre mesure du prix des transports (39%)" expliquent les auteurs du baromètre.

Face à toutes ces pressions, un nombre important de directions semblent démunies. En effet, près d'un répondant sur trois signale qu'il n'a pris ou envisagé aucune solution pour le moment. Dans la construction, la proportion de dirigeants désemparés est particulièrement spectaculaire (45%).

A l'inverse, près d'un quart des répondants indiquent qu'ils vont collaborer de manière plus étroite avec leurs fournisseurs actuels ou privilégier des fournisseurs implantés à proximité de leur entreprise. Enfin 21% précisent qu'ils veulent privilégier des fournisseurs implantés en France. Entre les bonnes intentions et la réalité, le fossé pourrait encore se creuser.

(*) Méthode : Étude réalisée auprès d'un échantillon de 610 dirigeants d'entreprise. L'échantillon a été interrogé par téléphone. La représentativité de l'échantillon a été assurée par un redressement selon le secteur d'activité et la taille, après stratification par région d'implantation. Les interviews ont eu lieu du 9 au 17 février 2022.

Grégoire Normand

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Commentaire 1
à écrit le 28/02/2022 à 19:07
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....Ca ne devrait pas tarder a pleurnicher auprès de l'état pour aides et soutiens divers !

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