Commerce international : le FMI prévoit des problèmes d'approvisionnement jusqu'en 2023

Les perturbations dans la logistique, les transports et les chaînes d'approvisionnement de matières premières, biens intermédiaires et biens de consommation ne se résoudront pas cette année, analyse une étude du FMI. Ce qui pose un problème aux gouvernements qui doivent composer avec une hausse de l'inflation et un soutien à la reprise économique.
Robert Jules
L'offre fixe de cargos et de conteneurs participe à contraindre le commerce mondial. C'est l'un des nombreux handicaps pour augmenter l'offre rapidement.
L'offre fixe de cargos et de conteneurs participe à contraindre le commerce mondial. C'est l'un des nombreux handicaps pour augmenter l'offre rapidement. (Crédits : Reuters)

Ils devaient se résoudre, mais ils perdurent. Ce sont les goulets d'étranglement que connaissent les chaînes d'approvisionnement, qui provoquent un ralentissement de l'activité mondiale et nourrissent une inflation inconnue depuis des décennies. L'exemple le plus significatif est celui des semi-conducteurs.

Plusieurs économistes du Fonds monétaire international (FMI) (1) se sont penchés sur le problème dans une étude publiée ce jeudi "Supply Bottlenecks : Where, Why, How Much, and What Next?". A leurs yeux, ces "contraintes sur l'offre ont nui à la reprise économique et ont stimulé l'inflation en 2021". La hausse des prix continue à accélérer dans presque tous les pays, notamment aux Etats-Unis et en Europe.

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Dans la zone euro précisément, ces experts estiment que, en l'absence de goulets d'étranglement, la production manufacturière et le PIB auraient été supérieurs respectivement "de 6% et 2%", et la moitié de la hausse des prix à la production manufacturière ne se serait pas produite.

Jusqu'à 40% du choc d'approvisionnement

Ils estiment qu'à l'échelle mondiale, les fermetures des frontières expliquent jusqu'à 40% du choc d'approvisionnement. Certains secteurs, par exemple l'automobile, qui ont besoin de pièces très différentes, sont beaucoup plus touchés.

Surtout, ces goulets d'étranglement vont persister. Nombre d'institution, à l'exemple des banques centrales, tablaient sur un retour à la normale d'ici au deuxième semestre 2022. Mais pour le FMI, les perturbations vont probablement durer jusqu'en 2023, en particulier en raison de la persistance du variant Omicron.

Dès lors, le dilemme pour les gouvernements est d'éviter que ces perturbations des chaînes d'approvisionnement aggravent la pression inflationniste, dont les niveaux ont atteint des niveau inédits depuis des décennies.Et tout cela en continuant à soutenir la reprise économique.

Dans ces conditions, quelles politiques macroéconomiques les gouvernements doivent-ils adopter ? Tout dépend de la réponse à donner à la question suivante : ces goulets d'étranglement se sont-ils formés à cause d'un choc de la demande ou au contraire d'un choc de l'offre ?

Selon les experts, les chocs de demande entraînent une évolution dans le même sens de la production et des prix tandis que les chocs d'offre les voient au contraire évoluer dans des directions opposées.

L'offre de main d'œuvre a diminué

En réalité, plusieurs facteurs ont contribué à freiner l'activité manufacturière, sous la forme d'une baisse de la production ou sous celle d'une incapacité à l'augmenter pour répondre à une demande en forte hausse. Les confinements ont en effet conduit à des fermetures d'usines et à réduire l'offre de transport. Entre les problèmes de santé et la nécessité de rester à la maison, l'offre de main-d'œuvre a diminué. Ainsi, au fil des mois, notamment aux Etats-Unis, le nombre de personnes préférant partir plus tôt que prévu à la retraite, ou réduisant leurs heures de travail ou encore préférant changer d'emploi, a connu une forte hausse.

A cela s'ajoutent des contraintes comme l'offre fixe de cargos et de conteneurs, un marché du travail qui ne peut s'adapter rapidement aux nouveaux secteurs en croissance ou encore l'insuffisance de travailleurs formés aux nouveaux outils numériques. Ce sont des handicaps pour augmenter l'offre rapidement.

Recours à l'immigration

Aussi, en cas de non élasticité de l'offre, les experts du FMI préconisent de prendre des mesures pour inciter les gens à retourner au travail, pour faciliter la mobilité inter-frontalière en assouplissant la législation, et en normalisant les certificats de santé. De telles initiatives pourraient permettre d'atténuer la pression sur les prix sans avoir besoin de contenir la demande, car sinon cela ne ferait que déplacer les anticipations d'inflation.

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(1) Oya Celasun, Niels-Jakob Hansen, Aiko Mineshima, Mariano Spector, and Jing Zhou



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