Electricité : un hiver sous haute tension

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L'arrêt de nombreux réacteurs nucléaires rend délicat le passage de l'hiver
L'arrêt de nombreux réacteurs nucléaires rend délicat le passage de l'hiver (Crédits : Statista*)
La conférence annuelle du gestionnaire de réseau RTE ce 8 novembre a confirmé la possibilité de tensions entre l’offre et la demande pour le passage de l’hiver et annoncé une palette de solutions pour y remédier. L’appel à la responsabilité des consommateurs pour mieux passer les pics de consommation en fait partie.

Cela fait quelques semaines que le doute s'est installé sur la capacité du réseau électrique français à passer l'hiver sans risque de blackout. Mais c'est officiel depuis ce matin. En effet, RTE, le gestionnaire du réseau de transport, dont la mission est d'assurer en permanence l'équilibre entre offre et demande, a reconnu pour la première fois depuis des années que la situation serait tendue cet hiver.

Cette situation résulte du grand nombre de réacteurs nucléaires fermés, certains pour cause de maintenance habituelle, mais d'autres, plus exceptionnellement, à la demande de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), suite à la découverte de falsifications chez le constructeur Areva. En outre, le redémarrage de plusieurs réacteurs a été repoussé à plusieurs reprises ces dernières semaines. Bugey 4, Gravelines 2, Tricastin 1, 3 et 4 ne reprendront ainsi du service qu'à la fin décembre, et non le 3 novembre comme initialement prévu.

Niveau de disponibilité le plus bas depuis 10 ans

En conséquence, c'est presque un tiers des tranches nucléaires françaises qui est actuellement à l'arrêt, une situation inédite. Ainsi, 13 réacteurs devraient rester hors circuit en décembre, et 9 en moyenne durant l'hiver. C'est « le niveau de disponibilité le plus faible depuis dix ans », reconnaît RTE.

Jeudi soir, EDF avait ainsi révisé pour la troisième fois à la baisse sa production nucléaire pour 2016, entre 378 et 385 térawattheures (TWh), contre 414 visés initialement.

Les centrales au fioul et au charbon traditionnellement utilisées pour compenser cette défaillance, sont aujourd'hui en partie fermées ou mises sous cocon. La production hydroélectrique ne pourra malheureusement que très marginalement contribuer à la résolution du problème : fin octobre, le niveau des barrages était à son plus bas en 10 ans. Quant aux énergies renouvelables, elles pourront fournir 1900 MW de plus que l'hiver dernier.

Au total, la capacité de production sera de 11.300 MW inférieure à l'année dernière, dont 10.000 MW du seul fait du recul de la disponibilité du parc nucléaire.

Recours massif aux importations

C'est donc en partie sur des importations qui pourraient atteindre 12 200 MW,  que mise RTE pour répondre à la demande cet hiver. Le développement ces dernières années d'interconnexions favorise cette solution. C'est le cas notamment de la ligne entre la France et l'Espagne, inaugurée en février 2015. Ces temps-ci, elle fonctionne quasiment à sens unique, mais dans le sens inverse de ce qui se passait il y a un an.

Et cette situation, qui coûte d'autant plus cher à EDF que ses déboires récents ont fait grimper en flèche les prix pour livraison en 2017 comme ceux sur le marché spot, suppose en tout état de cause que nos voisins soient en surcapacité, ce qui est loin d'être certain en cas de vague de froid. La France étant très largement équipée en chauffage électrique, une baisse des températures de 1°C génère une hausse de 2400 MW de la consommation nationale.  C'est pourquoi, si RTE se montre rassurant en cas d'hiver « normal », il cite d'autres solutions en cas de besoin.

Les consommateurs à la rescousse

Il serait ainsi possible d'effacer ponctuellement sur la base du volontariat 21 sites industriels particulièrement électro-intensifs, pour une puissance cumulée de 1 500 mégawatts.

Et si cela ne suffisait pas, il est également envisageable d'abaisser de 5 % la tension sur le réseau, avec à la clé une économie de 4 000 MW.

Enfin, en dernière extrémité, des « délestages programmés et momentanés » sont envisageables. Les coupures seraient limitées dans le temps et ne concerneraient évidemment pas les sites sensibles, établissements de santé ou sites industriels.

Malheureusement, en cas de pic de froid et donc de consommation, il manque encore près de 6 GW pour passer un pic de consommation équivalent à celui du 8 février 2012 à 19 heures -la demande avait alors dépassé les 102 GW.

François Brotte, le patron de RTE (et ancien député PS), a donc profité de l'occasion pour rappeler quelques bonnes pratiques aux consommateurs particuliers : d'éviter de recourir aux équipements électro-ménagers lors des heures de pointe, éteindre les appareils en vielle, abaisser le chauffage en quittant l'appartement, etc. Autant de gestes qui leur seront rappelés grâce à un nouveau dispositif "d'alerte citoyen" lancé le 5 décembre prochain via l'application téléphonique Eco2mix, destiné à prévenir les consommateurs en cas de tension sur le réseau pour les inciter à réduire ou reporter leur consommation.

*Graphique réalisé par Statista

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Commentaires
a écrit le 09/11/2016 à 9:33 :
Délestons ! Délestons ! En priorité la Bretagne antinucléaire et la région PACA.

On verra si le soleil brille la nuit et si les éoliennes suffisent à assurer la transition énergétique
a écrit le 09/11/2016 à 3:25 :
M'en fout, je suis equipe en solaire. 9 kw disponibles, batteries en sous-sol de quoi tenir sans soleil ( ce qui est tres rare ici) durant 7 jours pleins, et cerise on the cake, un rechauffeur solaire pour la production d'eau sanitaire. Le trop plein de KW rachete par EK au prix de vente au client.
Des tarifs degressifs en fonction de la conso, ce qui n'est pas le cas en France ou tout le monde paie le max.

Quand la France se reveillera, il sera trop tard, dormez bien.
Réponse de le 11/11/2016 à 19:38 :
Tout le monde n'a pas les moyens d'acheter une maison d'abord. Et si t’habites un appartement, tu fais comment ?
a écrit le 08/11/2016 à 21:07 :
La sécurité nous tuera.
a écrit le 08/11/2016 à 20:27 :
EDF est une entreprise comme la SNCF qui compte sur le contribuable pour palier ses inconséquence . L' EPR est un puits sans fond , la folie des grandeurs , le Concorde nouveau . Cocorico !
a écrit le 08/11/2016 à 17:13 :
...J'oubliais, cette tension sur la "tension", un bon moyen pour justifier une future hausse des tarifs. Mais je dois encore faire erreur, le complot, toujours le complot!
a écrit le 08/11/2016 à 17:10 :
Dans un premier temps, quelques arrêt de tranches nucléaires, ça peut toujours faire plaisir aux écologistes... et par temps d'élection la possibilité pour la gauche de chasser sur leurs terres... Idem pour Notre dame des landes. Il sera toujours temps (après les élections) de relancer le programme nucléaire et de reprendre le cours de choses pour NDDL. Mais je vois sûrement le mal partout, le complot!
a écrit le 08/11/2016 à 16:13 :
Si la France avait investi dans l'isolation après la crise de 1973.

La plus ancienne maison en paille, fabriquée en 1921 par Émile Feuillette, existe toujours et est toujours habitée. Les murs ont 40 cm d'épaisseur.

Avec l'isolation, la France pourrait faire, aujourd'hui, de grosses économies sur le chauffage électrique, la climatisation, le chauffage au fioul et le chauffage au gaz.

Et aussi éviter des milliers de morts après chaque vague de froid et chaque canicule.
Réponse de le 09/11/2016 à 9:34 :
Bla Bla Bla, les particuliers ont ils tout ce pognon pour isoler ?
Réponse de le 09/11/2016 à 11:20 :
La meilleure isolation, c'est l'habitat groupé, donc les immeubles de logement. Les maisons en paille, c'est génial mais difficile de faire de la densification avec des immeubles de 10 étages en paille.
a écrit le 08/11/2016 à 14:07 :
au ou une coupure de l'electricite volontaire pour delestage
il faut que nos dirigeants soit inculpe
ceux des compagnie et nos cher politiques
pour mis en perile de la nation et de non assistance a personne en danger
il est loing le temps ou la France revendez son electricite
a écrit le 08/11/2016 à 13:55 :
Mais le nucléaire c'est l'avenir ! Ca luttre contre le réchauffement climatique, ça rapporte beaucoup d'argent pour créer des anticancéreux.. et puis c'est la fierté de la France ! Vive la France ! cocorico !
a écrit le 08/11/2016 à 13:28 :
le choix nucleaire en FRANCE va montrer ses vrais impacts financiers pour les siècles a venir.Industriels publics (EDF Areva), politiciens de tous bords et quelques scientifiques , syndicalistes de l "energie" ont depuis 40 ans "arrosés" les mairies , les habitants locaux et les agents (EDF,AREVA ex Framatome,Alsthom,..) pour faire de LA SOLUTION nucléaire la panacée . Indépendance énergétique mais dans la monoculture , masquage des difficultés (sécurité , déchets,vérité des couts ...) mensonges à répétition ou par omission ( Infaillibiité avant Tchernobyl, nuage radioactif contournant la France, maitrise de déchets, gisements d'uranium arguments de notre politique interventioniste en Afrique etc...) , status des agents intenables par EDF mais transféré au salarié du privé ( régime privilégié de retraite des 500 000 agents retraités transéféré à la sécurité sociale) etc.Que coutera la filière EPR ! usine à gaz enfanté par le lobby nucléaire et les conséquences de TECHNOBYL ...Il fallait du nucléaire mais sur un parc restreint en privilégiant les économies d'énergie (isolation ! ) et en continuant à investir sur une filière nucléaire ( thorium sans eau préssurisée) moins risquée plus propre (pratiquement sans déchets),la CHINE investit dans cette filière et d'autres sources d'énergie.Les générations futures n'ont pas fini de porté ce fardeau...
Réponse de le 08/11/2016 à 18:36 :
tu dois être un bobo écolo
a écrit le 08/11/2016 à 13:17 :
On nous a fait croire que l'électricité du service public était ce qu'il y a de mieux en approvisionnement et en distribution. De plus le choix du tout nucléaire était vraiment l’eldorado. Et maintenant voilà pour l'hiver 2016/2017 risque de coupure d’électricité car la production est insuffisante. Dans dans les années avenir il faut faire le choix pour remplacer nos centrales nucléaires vieillissantes. L'EPR c'est une impasse on n'est pas capable de les construire au vu de ce qui se passe en Finlande et à Flamanville. De plus le prix estimé du kilowatt heure produit sera exorbitant. Je ne parle pas des dangers et et de la gestion des déchets. A mon avis il faudrait jeter cette filière, investir dans d'autres énergies et faire une production décentralisé de l’électricité. En fait une révolution pour EDF.
a écrit le 08/11/2016 à 12:53 :
D'où l'intérêt pour EDF du linky, le compteur "intelligent" qui permettra à terme au fournisseur d’électricité de couper sans votre aval tout ou partie de votre alimentation électrique afin de protéger son business qui serait mis à mal en cas d'effondrement du réseau.

Voilà pourquoi votre chauffage, votre four ou votre lave linge sera piloté par le CAC40.

Vous paierez pour l’installation du compteur, son remplacement (les précédents à l'étranger ne sont pas encourageants en ce qui concerne leur fiabilité et leur longévité), son exploitation et bien sûr les consommations détaillées vous seront facturées bien au dessus de leur prix de revient.

Et tant pis si vous voulez cuire une pizza alors que Mr EDF a décidé qu'il est l'heure de laver votre linge sale en famille...

Brave new world.
Réponse de le 08/11/2016 à 18:37 :
Ne raconte pas n'importe quoi!
a écrit le 08/11/2016 à 11:58 :
"suite à la découverte de falsifications chez le constructeur Areva"

Falsifications qui devaient être sans conséquences selon Royal quand la magouille a été portée à jour.

Bien entendu quelques mois après on découvre la vérité, les tests de ces cuves falsifiées ont de grosses conséquences au moins économique, devons nous commencer à nous inquiéter ?

Qui va être condamné chez Areva ?

Ben personne tout le monde ayant des dossiers contre les autres, aucun ne sera inquiété, comme d'habitude en néolibéralisme, individualisation des gains et socialisation des pertes.

Quelle honte.

Et peut-être que le plus inquiétant dans tout cela, c'est de ne plus voir de trolls pro-nucléaires, si ces acharnés de la manipulation du langage ont laissé tombé c'est que le cas du nucléaire semble désespéré.

Pas de bol nous possédons 56 réacteurs en activité et le nucléaire est particulièrement dangereux. C'est bien beau les magouilles de masse protégées par le secret défense mais à un moment c'est la catastrophe.

Pour ma part non seulement je traduirais tous les responsables devant les tribunaux mais également tous les politiciens les ayant nommé et les actionnaires ayant fait des affaires avec eux.

"Gardes ! Arrêtez cet homme !"
Réponse de le 08/11/2016 à 15:06 :
pour votre info :les nouvelles normes nucléaire post Fukushima sont nettement plus drastiques qu avant ce qui était bon avant ne l est plus aujourd hui d ou le doute pour le parc actuel .ceci n explique pas tout mais une partie des tests demandés par l autorité de protection nucléaire .
Réponse de le 09/11/2016 à 9:10 :
J'espère que vous avez raison, en attendant les responsables de ces falsifications ne sont toujours pas inquiétés.

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