Electricité : gérer les pointes de consommation

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(Crédits : DR)
Comment gérer les périodes de pointe de consommation électrique, quand la demande dépasse l'offre disponible? C'est toute la problématique de l'effacement, consistant à couper l'électricité à certains acteurs. par Claude Crampes et Thomas-Olivier Léautier, TSE

Les afficionados des marchés de l'électricité en France (dont les auteurs de ce blog), ont remarqué un silence important durant la trêve de Noël : à l'heure où ces lignes sont écrites, le gouvernement n'a pas (encore ?) publié au Journal Officiel « l'arrêté prime », destiné à fixer la prime que devraient recevoir les opérateurs d'effacement diffus. Ce silence est une excellente nouvelle pour les consommateurs d'électricité, qui n'auront pas à subventionner l'erreur stratégique de ces opérateurs. Ce billet présente l'analyse économique des effacements de consommation d'électricité (qui consistent, en période de pointe,  à réduire la consommation physique d'un site donné ou d'un groupe d'acteurs)  et explique pourquoi il est souhaitable de ne pas créer une prime.

Le passé : rationnement géographique

Depuis ses origines, l'industrie électrique s'est construite autour de la notion d'une « demande à satisfaire ». Dans une région donnée, celle-ci varie au cours de l'année en fonction des dates (la consommation est plus élevée le jour que la nuit, la semaine que le weekend, l'hiver que l'été), et des aléas climatiques et divers évènements (la consommation augmente en hiver si la température chute, et en été si la France est qualifiée pour la finale de la coupe du monde de football). Les économistes appellent « états du monde » les réalisations de ces différents aléas.

Le problème est que l'électricité ne se stocke pas à l'échelle où nous l'utilisons. L'électricité consommée dans un état du monde doit être produite précisément dans cet état du monde. Comme il est impossible de construire un système électrique qui permettrait de satisfaire la demande dans tous les états du monde possibles, des standards de fiabilité sont établis, et le parc de production est dimensionné pour ce standard de fiabilité. En France, le parc de production est dimensionné pour assurer une fiabilité de 99.97% : la production (nette des aléas sur les moyens de production) est supérieure à la demande pour 99.97% des états du monde[1].

Des délestages tournants en Belgique, Grande-Bretagne...

Que se passe-t-il dans les 0.03% états du monde restants, par exemple si l'hiver est extraordinairement froid et plusieurs générateurs rencontrent des problèmes de production? L'opérateur de réseau doit alors procéder à des délestages tournants, c'est à dire couper une portion du réseau pendant quelques heures, puis une autre, afin de « passer la pointe ». Cette situation n'est pas théorique. Des délestages tournants sont possibles en Belgique durant l'hiver 2014/2015, et en Grande Bretagne l'hiver 2015/2016.

Ce rationnement par zone géographique est inefficace économiquement. Les consommateurs valorisent l'électricité à différents niveaux. Il est donc plus efficace que les consommateurs qui valorisent faiblement l'électricité (par exemple ils peuvent cuisiner au gaz) réduisent leur consommation, et que leurs voisins, qui eux sont prêts à payer cher (parce que totalement équipés à l'électricité) continuent de consommer.

L'analogie du transport aérien

Une analogie illustre bien l'inefficacité du rationnement géographique. L'industrie du transport aérien présente des caractéristiques proches de l'industrie électrique : la demande varie, et un trajet en avion ne se stocke pas. Si une fin d'après-midi, la demande entre Toulouse et Paris dépasse le nombre de sièges disponibles, le rationnement géographique consisterait à imposer que les clients originaires de la Haute Garonne ne puissent pas voyager entre 17h et 18h, et que les Tarnais ne puissent pas voyager entre 18h et 19h. C'est évidemment inefficace. Certains Tarnais préfèrent voyager entre 17h et 18h, et des Toulousains entre 18h et 19h. Il faut donc leur permettre d'échanger. C'est ce qui se passe en pratique : le prix des billets est plus élevé durant la pointe du soir (17h et 19h), et la demande s'ajuste ainsi à l'offre disponible.

Les politiques préfèrent le rationnement des quantités à l'ajustement par les prix

La préférence des politiques pour le rationnement des quantités plutôt que l'ajustement par les prix a plusieurs explications. L'une s'exprime en termes d'égalité. L'allocation par les prix, source d'efficacité, a mauvaise réputation en France, car elle semble contredire le principe d'égalité auquel nos concitoyens sont attachés. Allouer un bien par les prix signifie (souvent, mais pas toujours) que les plus riches de nos concitoyens y auront accès prioritairement. Pour cette raison, le rationnement par les quantités se trouve souvent privilégié, en particulier pour les services publics, ce qui peut nous donner le sentiment d'être égaux devant le rationnement. En réalité, c'est un leurre. Dans le cas d'un hiver très froid, qui peut penser que Neuilly sur Seine sera coupée avant Neuilly sur Marne? En l'absence de prix, le rationnement s'organise sur d'autres critères : le poids politique, les liens familiaux et amicaux, etc. Un des avantages de l'allocation par les prix est qu'elle est transparente.

L'avenir: l'allocation par les prix

Un deuxième argument en faveur du rationnement est la faisabilité. Cet argument ne tient plus car depuis une dizaine d'années, l'émergence de marchés de gros et les avancées des technologies de l'information rendent techniquement possible l'allocation par les prix en période de pointe. Un des grands enjeux pour les pouvoirs publics est de créer les conditions institutionnelles et contractuelles qui rendent effectivement la demande réactive au prix. C'est d'autant plus important que la montée en puissance des producteurs d'énergie intermittente (essentiellement éoliennes et panneaux photovoltaïques) rend plus volatile la production, donc augmente la valeur de la réactivité de la demande.

L'approche la plus simple est d'aligner à la marge les prix payés par les clients finaux sur les prix spots. Par exemple, un consommateur négocie avec son fournisseur un prix contractuel et un profil horaire de consommation, et toute déviation à la hausse ou à la baisse est réglée au prix spot : s'il réduit sa demande par rapport à son profil horaire, il reçoit ce prix spot sur la différence entre l'énergie souscrite et l'énergie effectivement consommée; s'il consomme plus que son profil, il paye la différence au prix spot.

Des signaux vertueux

Ce dispositif envoie les signaux de consommation vertueux : le consommateur reporte sa demande des périodes où le prix spot est supérieur au prix de fourniture vers les périodes où le prix spot est inférieur au prix de fourniture. Cependant, les pouvoirs publics ainsi que certaines associations de consommateurs s'opposent à cette approche, argumentant qu'elle fait porter aux consommateurs le risque d'une envolée du prix spot. Ils lui préfèrent l'effacement, une autre approche, qui permet au consommateur de bénéficier, s'il le souhaite, des prix spots élevés.

L'effacement consiste à autoriser les consommateurs à revendre sur le marché spot une partie de l'électricité qu'ils ont achetée à leur fournisseur. Considérons un consommateur qui a acheté 100 unités à un prix donné. Lorsque le prix de marché dépasse le prix du contrat, le consommateur peut décider de revendre les unités qu'il valorise en dessous du prix de marché, et recevoir ainsi le prix de marché sur ces unités. Si par exemple le consommateur décide d'utiliser 80 unités et de revendre 20 unités, il paye 100 unités à son fournisseur, et reçoit le prix de marché pour 20 unités.

L'effacement envoie les signaux de consommation vertueux en pointe. Cependant, comme nous allons le voir, sa mise en œuvre se heurte à trois difficultés : (i) confusion entre électricité achetée et électricité livrée, (ii) profitabilité des opérateurs d'effacement, et (iii) asymétrie d'information et comportement stratégique des consommateurs.

Une confusion entre électricité achetée et électricité livrée

Dans l'exemple précédent, le fournisseur livre seulement 80 unités au consommateur. Il faut cependant que le consommateur paye à son fournisseur les 80 unités livrés, plus les 20 unités revendues-mais-non-livrées. Dans certains cas, les contrats entre fournisseurs et clients stipulent que le client paye seulement les volumes effectivement livrés, c'est donc à l'opérateur d'effacement de payer les 20 unités aux fournisseurs.

Cette logique pourtant simple semble avoir été initialement mal comprise, et les opérateurs d'effacements - et leurs clients - ont eu un moment la possibilité de vendre des Megawattheures qu'ils n'avaient pas achetés. Cette incongruité a été résolue lors du passage de la loi « Brottes » d'avril 2013[2]. Malheureusement, l'article 46bis de la loi de transition énergétique autorise à nouveau les effaceurs à vendre un bien qui ne leur appartient pas puisqu'ils ne l'ont pas payé[3].

Quelle profitabilité pour les opérateurs d'effacement

Ainsi que mentionné plus haut, l'effacement est bénéfique pour la collectivité. L'activité d'opérateur d'effacement est-elle profitable ? Cela dépend de la stratégie adoptée par celui-ci. En simplifiant, il existe deux stratégies: (i) les opérateurs d'effacement industriels (e.g., smart grid energy http://www.smartgridenergy.fr), qui concentrent leurs activités sur des clients dont la consommation est importante, et (ii) les opérateurs d'effacement résidentiels ou diffus, qui se concentrent sur les ménages (e.g., Voltalis http://www.voltalis.com). L'ordre de grandeur de la consommation industrielle est le Megawatt, mille fois plus important que l'ordre de grandeur de la consommation résidentielle, le kilowatt. Donc, effacer un client résidentiel génère environ mille fois moins de revenus. Une analyse académique récente estime à 3-5 € par an la valeur pour collectivité d'effacer un consommateur résidentiel.[4]

D'un autre côté, les coûts d'acquisition et de gestion d'un client résidentiel ne sont pas mille fois plus faibles que ceux d'un client industriel. Etant données les technologies disponibles aujourd'hui, les entreprises qui ont choisi l'effacement résidentiel ont choisi la mauvaise stratégie.

C'est cette mauvaise stratégie que souhaitent récompenser le législateur et le gouvernement en accordant une prime, financée par la Contribution au Service Public de l'Electricité[5], aux opérateurs d'effacement diffus : la loi Brottes prévoit cette prime, et le gouvernement proposait de la fixer par arrêté à 30 € par Megawattheure.

Ainsi qu'expliqué précédemment, le client (ou son opérateur d'effacement) achète des Megawattheures à son fournisseur dont une partie sera vendue sur les marchés de l'énergie. Un Megawattheure effacé se substituant à un Megawattheure produit, ils ont tous deux la même valeur, exactement égale au prix de marché de l'électricité. Une éventuelle prime aux opérateurs d'effacement n'a donc aucune justification économique.

La subvention des opérateurs ayant choisi la mauvaise stratégie

Que le législateur et le gouvernement souhaitent encourager les effacements est entièrement justifié car ils sont appelés à jouer un rôle essentiel dans l'équilibre offre-demande. Injustifiée en revanche est la décision de subventionner les opérateurs qui ont choisi la mauvaise stratégie. Les consommateurs n'ont pas à payer pour les erreurs stratégiques des entreprises.

Cette position de bon sens est celle de l'Autorité de la Concurrence, lors de son examen du décret antérieur à l'arrêté[6] en Janvier 2014, puis du Conseil Supérieur de l'Electricité, qui a adopté une motion de rejet concernant « l'arrêté prime »[7] début décembre 2014. La Commission de Régulation de l'énergie a proposé mi décembre 2014 une prime moins élevée.[8] Ce n'est pas parfaitement correct économiquement, puisque le montant de la prime devrait être rigoureusement égal à zéro, mais c'est un pas dans la bonne direction.

L'absence de publication du « décret prime » indique que le gouvernement hésite à ponctionner l'argent de tous pour le bénéfice d'un petit groupe qui a choisi une mauvaise stratégie. Une explication possible est le poids croissant de la CSPE. Comme tous les ans depuis 2009, le gouvernement n'a pas suivi l'avis de la Commission de Régulation de l'Energie[9] : la CSPE 2015 sera de 19,5 €/MWh au lieu des 25,93 €/MWh nécessaires pour couvrir l'intégralité des charges. C'est peut-être à cette simple contrainte financière que nous devons d'échapper, pour l'instant en tout cas, à la « prime effacement ».

Asymétrie d'information et comportement stratégique des consommateurs

La discussion précédente a laissé de côté un aspect pourtant essentiel des effacements : la détermination de la quantité-qui-aurait-été-consommée-mais-ne-l'a-pas-été. Dans l'exemple précédent, nous supposons que le consommateur achète 100 unités, en utilise 80 et en revend 20. Comme il réalise un profit sur chaque unité revendue, il est incité à dire qu'il aurait souhaité consommer 120 unités, donc à acheter 120 unités et revendre ainsi 40 unités.

Cet exemple n'est pas théorique. Aux Etats Unis, les gestionnaires du stade de Baltimore ont allumé les projecteurs en plein jour afin d'augmenter artificiellement leur consommation de référence, donc leur volume d'effacements.

Deux cas de figure sont possibles. Premièrement, le fournisseur connaît la consommation de référence de son client, i.e. peut démontrer en cas de litige qu'étant donné l'état du monde (jour de la semaine et de l'année, conditions climatiques, etc.), le consommateur aurait consommé 100 et non pas 120. Dans ce cas, pas de problème.

Deuxième possibilité, le fournisseur ne peut pas démontrer en cas de litige que la consommation de référence est 100. Il existe donc une asymétrie d'information entre le consommateur (qui connaît sa consommation de référence) et le fournisseur, qu'il faut prendre en compte dans le contrat de fourniture.

La rédaction du contrat est alors plus compliquée et doit utiliser les principes développés par Jean-Jacques Laffont et Jean Tirole pour inciter les agents à révéler leur information privée. [10] Le contrat de fourniture « compatible effacement » doit être différent du contrat standard.[11] Premièrement, le consommateur (qui souhaite s'effacer) doit payer une prime qui croit avec la consommation de référence déclarée, pour limiter ses incitations à surévaluer sa consommation de référence. Deuxièmement, comme la prime est coûteuse à payer, il faut modifier les autres paramètres du contrat, de façon à inciter certains consommateurs à adopter les contrats « compatibles effacement ».

Rendre la demande d'électricité réactive au signal de rareté (prix de marché )

Ce billet aborde un enjeu nouveau et important pour l'industrie électrique : rendre la demande d'électricité réactive au signal de rareté que constitue le prix de marché. Dans cette perspective, les pouvoirs publics doivent se cantonner à l'encadrement institutionnel des solutions techniques efficientes, ce qui signifie ne pas subventionner une filière coûteuse pour la collectivité. L'exemple de l'emballement des subventions aux énergies renouvelables vient à l'esprit. Accroître la part des énergies renouvelables dans le mix de production électrique afin de réduire les émissions de CO2 est aussi un enjeu nouveau et important. Les pouvoirs publics européens ont cherché à atteindre cet objectif en distribuant des  subventions mal calibrées. Le résultat est une augmentation massive du prix payé par les consommateurs, l'augmentation des émissions de CO2 par Megawattheure produit en Europe, et l'enrichissement de quelques développeurs d'éoliennes.

Post scriptum :

Bernard Maris avait quitté Toulouse pour Paris depuis de nombreuses années. Mais il nous a laissé le souvenir d'un esprit généreux et imaginatif. Grâce à lui et ses amis de Charlie Hebdo, nous savons que le pouvoir est au bout du crayon.

Merci Bernard.

Plus d'informations sur le blog de TSE

[1] Soit 8 757 heures sur les 8 760 que compte une année. Cette méthode de dimensionnement est classique. Par exemple les digues sont construites pour résister à une crue trentenaire ou centenaire.

[2] article 14 ; voirhttp://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000027310001&dateTexte&categorieLien=id,.

[3] Nous avons commenté l'article 46bis dans un blog précédent http://debate.tse-fr.eu/column/les-economistes-au-parlement

[4] T.-O. Léautier, Is mandating « smart meters » smart ?, The Energy Journal, 35(4), 135-158

[5] Le lecteur soucieux de connaitre tous les détails de la CSPE, lira avec profit IED (2014) « CSPE, imposition innommée à réformer de toute urgence », http://fr.slideshare.net/FondationIFRAP/document-rapport-ied-cspe-version-260214

[6] http://www.autoritedelaconcurrence.fr/user/standard.php?id_rub=591&id_article=2289

[7] http://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0204004250006-electricite-vifs-debats-sur-la-valeur-de-l-effacement-1073271.php

[8] http://www.cre.fr/documents/deliberations/approbation/effacements-de-consommation2

[9] « Délibération de la Commission de régulation de l'énergie du 15 octobre 2014 portant proposition relative aux charges de service public de l'électricité et à la contribution unitaire pour 2015 » http://www.cre.fr/content/download/12458/153348/version/1/file/141015CSPE.pdf

[10] Présentés dans notre billet précédent.

[11] N. Astier et T.-O. Léautier, Demand response: smart market designs for smart consumers, Document de travail, Toulouse School of Economics, décembre 2014.

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Commentaires
a écrit le 19/01/2015 à 17:49 :
MM. Crampes et Léautier consacrent un nouvel article de commande à dénigrer l’effacement diffus, faute de le comprendre. Sans s’arrêter à leurs erreurs et contradictions, ils prônent une stratégie d’apparence ultra-libérale visant une augmentation continue des prix, sans aucun respect des consommateurs, comme seul un monopole pourrait encore l’envisager. Mais il y a aujourd’hui mieux à faire, grâce à l’innovation qu’apporte l’effacement diffus.
*
Selon les auteurs, la meilleure régulation de la demande est celle qui s’effectue par les prix. Cela revient à imposer aux foyers modestes, par exemple à des personnes âgées, de se priver d’électricité lorsque la demande est forte, c’est-à-dire d’avoir très froid au pic de l’hiver.
Si le sujet n’était pas si grave, cette recommandation pourrait faire songer à l’épreuve du cocotier, décrite dans certaines civilisations primitives qui faisaient périr les seniors ne résistant pas à cette épreuve. En France, selon nos auteurs, il faudrait instaurer l’épreuve du chauffage électrique ! La précarité énergétique n’est-elle pas déjà assez préoccupante ?
Les auteurs se réfèrent au cadre historique qu’ils ont connu avec le monopole : « depuis ses origines, l’industriel électrique s’est construite autour de la notion de « demande à satisfaire ». C’est la logique à laquelle il est temps de mettre fin, celle du « produire toujours plus pour toujours plus cher » qui sert les intérêts des vendeurs d’électricité, au détriment des consommateurs.
L’effacement diffus permet de renverser cette logique, et de redonner du pouvoir au consommateur. L’effacement diffus consiste à réaliser pour chacun des économies d’énergie et, tous ensemble, à les proposer comme alternative à la production d’électricité.
L’effacement diffus apporte une économie aux consommateurs d’électricité avec le même confort et sans aucun frais pour eux : ils réduisent leur facture sans aucun effort. L’énergie économisée est la meilleure des énergies : l’effacement diffus permet de la mobiliser pour rendre le système électrique plus efficace et moins cher - cette économie évitant autant de production d’électricité.
Les auteurs se trompent donc en affirmant que « la production est supérieure à la demande dans 99,97% des états du monde » : au contraire, dans 100% des cas, la production est égale à la consommation, car l’électricité ne se stocke pas sur le réseau. Réduire la consommation d’électricité réduit donc sa production d’autant, immédiatement.
Les auteurs se trompent aussi en affirmant que « l’effacement consiste à autoriser les consommateurs à revendre de l’électricité ». L’effacement diffus consiste à réduire la consommation, ce qui évite la production d’électricité : l’effacement remplace la production, qui n’a pas lieu. Vendre un effacement diffus, ce n’est pas vendre de l’électricité, mais éviter une vente d’électricité.
Les auteurs se trompent à nouveau en affirmant que « l'article 46bis de la loi de transition énergétique autorise à nouveau les effaceurs à vendre un bien qui ne leur appartient pas puisqu'ils ne l'ont pas payé ». Ils croient avoir tout compris et pouvoir en conclure que le législateur est imbécile. Mais ils feraient mieux de lire plus attentivement.
*
Ce que la loi prévoit, c’est qu’un opérateur d’effacement valorise l’effacement qu’il opère lui-même, et non l’électricité de tiers – qui, en l’occurrence, n’est pas produite. La directive européenne (2012/27/UE) prévoit elle aussi que l’effacement participe aux marchés de gros au même titre que la production d’électricité. Le régulateur américain (FERC) a fait de même dès 2011.
La comparaison avec le secteur du transport aérien est intéressante. Mais on ne peut sans mentir assimiler des prix élevés en heures de pointe à un échange entre voyageurs. Les prix élevés rapportent plus à la compagnie aérienne. Et ils coûtent plus cher aux voyageurs, ce qui évince les plus modestes, laissant les places aux plus riches, selon la règle du premier arrivé premier servi.
D’ailleurs, les compagnies aériennes ne s’en tiennent pas à cette règle. Pour être plus efficaces, elles recourent à l’overbooking, et demandent parfois à des passagers de renoncer à leur voyage. En contrepartie, elles leur doivent une indemnité, indemnité qui s’ajoute au remboursement du billet (comme le prévoit en Europe le règlement N°261/2004). Cela permet de mieux remplir les avions, donc de modérer les coûts du transport aérien donc les prix des billets pour tous les consommateurs.
L’effacement diffus est analogue. Il permet de réduire les coûts (d’investissement et d’exploitation des centrales d’appoint) en lissant la demande, donc en assurant une meilleure utilisation des centrales et des réseaux. L’effacement doit lui aussi être indemnisé comme le sont les passagers qui acceptent de reporter leur voyage – avec en outre ici l’avantage que l’effacement bénéficie aux consommateurs participant, en leur procurant des économies sans effort.
Les opérateurs d’effacement diffus ne demandent rien d’autre que cette juste indemnisation.
*
Les entrepreneurs de ce secteur n’ont besoin d’une prime élevée que tant que les fournisseurs leur voleront intégralement le bénéfice que leur action apporte à la collectivité, en prélevant sur cette indemnisation un « versement » au profit des fournisseurs. Les fournisseurs bénéficient de la baisse des coûts induite par la meilleure utilisation des centrales, mais ils voudraient imposer en plus un tel « versement » pour leur compenser la baisse de chiffre d’affaires du fait de l’économie d’énergie.
Il existe bien un nom pour une organisation qui impose aux citoyens des « versements » abusifs, simplement parce qu’elle est en position de force. Son action ne relève ni du cadre de la présente analyse économique, ni de celui du code de l’énergie – mais bien d’un autre code.
Il est donc tout à fait étonnant que les auteurs puissent prêter leur concours à un tel objectif. Tout comme il est inquiétant qu’ils omettent de dire ici leurs liens financiers durables (1) avec l’opérateur historique, dont l’effet apparaît néfaste à une analyse économique guidée par la vérité scientifique.
Ce faisant, ils n’honorent guère l’Ecole de Toulouse dont ils se réclament – mais peut-être faut-il plutôt considérer leur équipe comme un laboratoire satellite d’EDF (2) . Et sur le fond, ils semblent avoir manqué l’enseignement qui justifie le rayonnement de cette école, de ses fondateurs Jean-Jacques Laffont et Jean Tirole, et du prix Nobel attribué à ce dernier.
Sur le fond, il s’agit de définir une régulation efficace qui permette ensuite, par le jeu du marché, le développement de l’effacement diffus au bénéfice de tous les consommateurs. C’est ce que prévoient la directive européenne et la loi française, bientôt précisée par l’article 46 bis cité.
Cela n’appelle pas plus de prime que la CRE ne l’a recommandé, mais cela requiert la suppression du racket que les fournisseurs exigent, et que les auteurs défendent bien imprudemment, sans doute par loyauté à l’égard de leurs mandants, mais non des consommateurs.
***
(1) EDF est l’un des principaux partenaires financiers de leur activité, comme indiqué par exemple ici : http://www.tse-fr.eu/fr/club-des-partenaires
(2) Voir par exemple : http://www.ut-capitole.fr/research/prizes-and-distinctions/research-work-awards/edf-tse-win-prestigious-efmd-excellence-in-practice-award-422585.kjsp
a écrit le 13/01/2015 à 18:35 :
Pays que je vais fuir définitivement cette année !!!!
a écrit le 13/01/2015 à 14:50 :
Merci à tous les deux pour cet article et pour la qualité de votre analyse.
Trois remarques :
- la difficulté à distinguer l'énergie livrée de celle achetée par le consommateur ne provient pas exclusivement des contrats faits par les fournisseurs mais également des textes réglementaires qui oblige le fournisseur à facturer l'énergie livrée (issue du compteur) et non celle contractuellement achetée => il faudrait donc changer la loi (code de la consommation)...
- La demande de certains opérateurs de se voir subventionner pour leur activité a été l'objet de toutes les discussions depuis plus de 5 ans et a fait prendre à la France énormément de retard dans le développement des effacements.
- La consommation de référence (prévision de consommation du client) pour comptabiliser l'énergie effacée ne peut être fournie par le consommateur et/ou l'opérateur d'effacement, elle doit être à la main du fournisseur (ni juge,ni partie) et être contrôlée ex-post par RTE en terme de qualité par rapport à la réalisation de consommation.
a écrit le 13/01/2015 à 12:36 :
Un seul remède: " Décentraliser au maximum la production"!
a écrit le 13/01/2015 à 8:47 :
Connecter par protocole tous les compteurs par secteur géographique avec une entrer et une sorti comme pour les panneau ou éolienne ,et faire gérer la consommation a chaque maison par c'est même compteur .Quand une maison est en sous consommation faire réinjecter le non consommer dans le réseau se qui permettra aux consommateurs dit (supérieur ou prioritaire d'être toujours fournis)sans forcement être obliger de produire plus.C'est possible ?
a écrit le 13/01/2015 à 0:06 :
Encore en train de développer des "usines à Gaz"
a écrit le 12/01/2015 à 23:03 :
@jenace : je vais vous aider. Appelez Voltalis, leur boitier est gratuit. Je les ai appelés, il y a trois ans. Mon panneau électrique n'était pas comme il fallait m'a dit le sous-traitant électricien envoyé par Voltalis. D'habitude j'offre un café aux artisans, mais là ... j'étais vexé ! Car si j'avais eu le bon panneau, j'aurais pu faire des économies (comptables) bien supérieures à la valeur (économique) de 5€ reportée dans ce billet.

La décision du sous-traitant est-elle raisonnable ? Et la mienne, de ne pas changer mon panneau (j'étais locataire quand même). "Peu importe, disent les économistes : ils sont raisonnables `malgré eux'. Leurs comportements sont rationalisables. Et puisqu'ils sont rationalisables ex post, après leurs actes, c'est `comme si' ils étaient rationnels ex ante." (Bernard Maris, Houellebecq Economiste, 2014, Flammarion, page 42).
a écrit le 12/01/2015 à 20:45 :
bel article! bien sur sans valeur si tu bosses ou que tu es retraité EDF!
a écrit le 12/01/2015 à 14:52 :
L'auteur résume des principes à appliquer :
"Le contrat de fourniture « compatible effacement » doit être différent du contrat standard.
- Premièrement, le consommateur (qui souhaite s'effacer) doit payer une prime qui croit avec la consommation de référence déclarée (...)
Deuxièmement, comme la prime est coûteuse à payer, il faut modifier les autres paramètres du contrat,"

Bien avant les articles universitaires cités, ces principes figuraient dans les contrats "heures pleines heures creuses" qui existent depuis 1965 et dont bénéficient 11 millions de ménages!
Par ailleurs les tarifs régulés, verts ou jaunes ont depuis 1982 au moins des dispositions incitant à l'effacement.
L'incitation a été revue à la baisse lors de l'ouverture à la concurrence.

L'auteur devrait analyser cet existant et indiquer s'il doit être modifié.
Par ailleurs, les tarifs de marché donnent ils le bon signal prix du coût de la puissance?
Ils donnent en tout cas un signal plus faible que les anciens tarifs régulés.
Comment analyser ces écarts?

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