Après avoir racheté pour 6,4 milliards d'euros d'actions en 2022, TotalEnergies prévoit de racheter pour 2 milliards de dollars d'actions au premier trimestre 2023.
Sur les pas de Joe Biden aux Etats-Unis, face aux mégas profits des pétroliers, le chef de l’Etat français a mené une violente attaque contre les rachats d’actions, devenus ces deux dernières années un levier important de la redistribution des profits aux actionnaires. Même si le groupe pétrolier TotalEnergies était clairement visé (sans être cité), plusieurs entreprises du CAC 40 ont annoncé des programmes importants pour 2023, après des montants records en 2021 et 2022.
Plus encore que les « superprofits », le président de la République Emmanuel Macron crie haro sur les rachats d'action. Lors de son interview sur TF1 et France 2, à l'heure du déjeuner, le chef de l'Etat a dénoncé le « cynisme » de certaines « grandes entreprises » qui profitent « de leurs revenus tellement exceptionnels qu'ils en arrivent à utiliser cet argent pour racheter leurs propres actions ».
Sans le dire, le chef de l'Etat vise le groupe pétrolier TotalEnergies et ses 20 milliards d'euros de profits en 2022 et qui prévoit de lancer un programme de rachat d'actions de deux milliards de dollars au premier trimestre.
Mais aussi sans doute le constructeur automobile Stellantis qui souhaite racheter ses propres actions à hauteur de 1,5 milliard cette année ou bien même BNP Paribas qui va consacrer une partie du fruit de la vente de sa filiale américaine à un programme de rachat d'actions d'un montant de 5 milliards d'euros. Au total, les entreprises du CAC 40 - qui ont accumulé plus de 140 milliards de profits en 2022- devraient consacrer au moins 15 milliards d'euros au rachat d'actions.
Effet neutre pour les actionnaires
Cette attaque contre le rachat d'actions de la part d'un ancien banquier d'affaires peut surprendre. En tant qu'homme rompu aux chiffres, il doit savoir qu'il n'existe pas de différence économique, sinon fiscale (les rachats d'actions ne sont généralement pas imposés ou très peu), entre le versement d'un dividende et le rachat d'action.
Dans un cas comme dans l'autre, l'actionnaire voit mécaniquement la valeur de son action baisser (du montant du dividende ou du montant des capitaux propres annulés, certes compensé par la hausse de son pourcentage de détention). « Pas plus qu'un retrait au distributeur automatique de billets ne vous a jamais enrichi, dividendes et rachats d'actions n'ont jamais enrichi les actionnaires », résument les auteurs de la lettre Vernimmen, Pascal Quiry et Yann Le Fur.
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Selon la théorie de la finance d'entreprise, le dividende et le rachat d'actions sont des outils permettant une réallocation du capital dans l'économie. Lors de sa dernière réunion annuelle, en février dernier à Omaha, Warren Buffet, le pape américain de l'investissement de père de famille, a rappelé que « lorsque quelqu'un vous dit que tous les rachats d'actions sont nuisibles (...), vous avez à faire ou bien à un analphabète sur le plan des connaissances économiques, ou bien à un démagogue bonimenteur ».