Énergie: la révision de la grille des salaires « suspendue jusqu’à nouvel ordre »
latribune.fr
En janvier 2023, le secteur de l'énergie s'était particulièrement mobilisé contre le projet de suppression des régimes spéciaux dans le cadre de la réforme des retraites (photo d'archive).
Des salariés du secteur de l'énergie se sont mis en grève ce jeudi matin dans plusieurs centrales nucléaires. Ils ont répondu à l'appel de la CGT à se mobiliser contre le projet de réforme de la grille des salaires de la branche, qui a finalement été annoncé « suspendu jusqu’à nouvel ordre » à la mi-journée après une séance de négociations.
[Article publié le jeudi 20 juin 2024 à 11h17, mis à jour à 14h12] Des salariés du secteur de l'énergie ont débrayé ce jeudi à l'appel de la CGT. Le premier syndicat de la branche entendait faire pression sur une séance de négociations prévue ce jeudi matin autour du projet de réforme de la grille des salaires du secteur. Un projet « suspendu jusqu'à nouvel ordre », a indiqué à l'AFP Thomas Plancot, secrétaire syndical central CGT à EDF. Des propos confirmés par la CFE-CGC, également opposée au projet en l'état, et une source patronale.
« Il y a un moratoire jusqu'à début 2025 », a déclaré le secrétariat général des employeurs, évoquant la« nécessité de travaux complémentaires », sans davantage de précisions.
Ce mouvement social a en tout cas occasionné dans la matinée des baisses de charge (c'est-à-dire de puissance disponible) dans trois centrales nucléaires, à Saint-Alban (Isère), Flamanville (Manche) et Belleville (Cher), équivalentes à quelque 2.300 mégawattheure (MW), soit la puissance de deux gros réacteurs nucléaires, selon le site internet d'EDF. La CGT assure que ces actions pénalisent financièrement EDF mais n'ont pas d'incidence pour les clients de l'énergéticien.
Des filtrages ont également été organisés aux abords de certaines centrales nucléaires, selon l'organisation, qui a également évoqué des actions chez Enedis et GRDF, gestionnaires de la distribution de l'électricité et du gaz naturel, pour EDF et Engie.
La CGT dénonce une réduction des possibilités d'augmentation des salariés par leur hiérarchie (mesures individuelles). Actuellement, les salariés peuvent être augmentés par tranche de 2,3% en moyenne, un seuil minimum que le patronat de l'énergie souhaite réduire à 1,5%, selon les syndicats, avec la possibilité de compléter ensuite cette augmentation de manière beaucoup plus fine qu'aujourd'hui, de 0,1% en 0,1% et donc de manière plus personnalisée.
« On se retrouve avec une direction qui, en pleine période de tension sociale, arrive pour démonter notre grille salariale au niveau de la branche »,a dénoncé José Fernandes, délégué syndical central CGT d'EDF et élu à la CGT Energie. Il a ainsi déploré une« individualisation des salaires ».
La CGT dénonce par ailleurs des premiers niveaux de rémunération de la branche « en-dessous du Smic » et appelle à « tirer vers le haut » cette grille des salaires.
... ni pour les autres syndicats
S'ils n'ont pas appelé à faire grève, les autres syndicats de la branche n'entendent pas forcément signer l'accord en l'état. C'est notamment le cas de la CFE-CGC, deuxième syndicat du secteur, et premier syndicat d'EDF. Elle n'est ainsi « pas d'accord » avec le niveau minimum d'augmentation proposé à ce stade par le patronat, considérant qu'il doit être « plus proche des niveaux minimum d'augmentation aujourd'hui prévus » et réclamant un minima à 2%, selon Laurent Koessler, mandaté pour négocier par le syndicat des cadres.
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Il relève néanmoins des propositions « intéressantes » dans ce projet de « modernisation » de la grille, qui prévoit notamment « des échelons d'ancienneté supplémentaires », ainsi qu'une « revalorisation des primes d'astreinte (+9%) ».
Préavis de grève pour tout l'été, JO compris
La grève ce la CGT n'est en tout cas pas une surprise puisque le syndicat a déposé un préavis début juin. Elle pourrait d'ailleurs ne pas être isolée puisqu'il court jusqu'au 13 septembre. La centrale syndicale n'exclut ainsi pas de poursuivre la mobilisation pendant les Jeux olympiques de Paris, qui auront lieu dans la période de ce préavis (du 26 juillet au 11 août exactement).
Sébastien Ménesplier, le patron de la CGT Énergie, a indiqué que le rapport de forces pourrait retrouver une tonalité semblable à celle connue lors de la contestation de la dernière réforme des retraites en 2023, marquée par de très importantes baisses de production, voire des coupures volontaires de courant.
Faire monter le rapport de force
En janvier de cette année-là, le secteur de l'énergie s'était particulièrement mobilisé contre le projet de suppression des régimes spéciaux. Pour la première journée de mobilisation le 19 janvier 2023, 45% des effectifs d'EDF avaient ainsi fait grève. Une situation telle que le gestionnaire des lignes à haute et très haute tension, RTE, avait demandé à son homologue britannique du soutien.
Lors du dépôt de ce préavis, l'organisation avait indiqué son intention de « faire monter le rapport de force » durant « tout l'été ». Avec à l'origine en ligne de mire la rentrée où d'autres rendez-vous de l'agenda social, dépassant le seul secteur de l'énergie, étaient prévus. Comme la réforme de l'assurance chômage et la loi de réforme du marché du travail attendue pour cette période.
Mais la dissolution de l'Assemblée nationale a depuis été annoncée par le président Emmanuel Macron, chamboulant le calendrier législatif. Reste que la grève de ce jeudi montre que le syndicat n'entend pas rester les bras croisés malgré le flou sur l'avenir.