Faillites : la bombe à retardement des PGE

Le dispositif PGE a aidé les entreprises, en majorité des TPE et PME, à tenir le choc durant la pandémie de Covid-19.
SARAH MEYSSONNIER

Le dispositif PGE a aidé les entreprises, en majorité des TPE et PME, à tenir le choc durant la pandémie de Covid-19.
SARAH MEYSSONNIER
66.422. C'est le nombre de défaillances d'entreprise en France en 2024. Une augmentation de 28% par rapport à la période pré-Covid, d'après les chiffres de BPCE L'Observatoire paru mercredi. Une tendance qui devrait s'aggraver pour cette nouvelle année, les économistes du groupe pariant sur près de 68.000 nouvelles défaillances en 2025. Parmi les explications, les économistes de BPCE soulignent un « effet PGE » pour cette nouvelle année, notamment pour les petites structures comme les TPE. « C'est, aujourd'hui, un boulet en termes de trésorerie pour beaucoup de nos TPE », déclarait, en effet, fin décembre Marc Sanchez, secrétaire général du Syndicat des indépendants et des TPE (SDI-TPE), à La Tribune. « Pour assurer ce remboursement, beaucoup de dirigeants baissent leurs propres rémunérations » ou encore réduisent « les investissements matériels ou humains », complétait-il.
Le dispositif de prêt garanti par l'Etat a aidé les entreprises, en majorité des TPE et PME, à tenir le choc durant la pandémie de Covid-19. Il leur a permis de contracter auprès de leurs banques des prêts avantageux, l'Etat se portant garant à 90%. Or le remboursement de ces aides, distribuées entre 2020 et 2022, pose problème pour certaines entreprises. D'après Bpifrance, sur les 145 milliards d'euros accordés pendant la crise, 38,4 milliards sont encore à rembourser. Mais 4% des structures qui ont emprunté pourraient ne pas pouvoir s'acquitter de leurs dettes, d'après une enquête conduite par la banque publique d'investissement. 7,5% des entreprises qui ont contracté un PGE sont même considérées « à risque », indique de son côté le Conseil d'analyse économique.
D'autant que les entreprises qui ont majoritairement souscrit des PGE, avaient déjà des niveaux de trésorerie inférieurs aux entreprises qui n'en ont pas contracté, explique dans une note d'octobre 2024 le CAE. Une trésorerie qui a ensuite une nouvelle fois diminué malgré le prêt « pour couvrir des frais courants » et rembourser les PGE eux-mêmes.
En conséquence, un effet de rattrapage pourrait donc toucher particulièrement les TPE cette année : si de nombreuses défaillances ont été évitées grâce aux aides de l'Etat, elles se répercutent aujourd'hui depuis la fin du soutien public. Sans compter que ces entreprises font face à des conditions macroéconomiques beaucoup plus moroses. « Ce qui est inquiétant, c'est la dégradation de l'environnement économique. Le taux d'effort des entreprises pour rembourser leur PGE va être important », confirme Julien Laugier, économiste du groupe BPCE. La croissance est à la traîne, avec 1,1% en 2024, les investissements sont en berne et le coût du crédit a drastiquement augmenté à la suite de l'augmentation des taux d'intérêts.
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Du côté des PME, le constat est moins sinistre. « Assez peu d'entreprises disent qu'elles ne sont pas capables de rembourser », estimait, en décembre, à La Tribune Jean-Eudes du Mesnil du Buisson, secrétaire général de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Néanmoins, « parmi celles qui sont amenées à déposer le bilan, le PGE fait partie de l'équation ». Pour pallier les difficultés de remboursement, un délai de trois années supplémentaires a, par ailleurs, été accordé début 2024, pour pouvoir rééchelonner leurs PGE jusqu'au 31 décembre 2026.
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Parmi les secteurs qui ont eu le plus recours aux PGE, l'hébergement-restauration arrive en tête, avec les arts et spectacles ou encore les commerces, met en avant la note du CAE. Des secteurs qui ont été les plus affectés par la crise sanitaire.
Mais certains d'entre eux ont, en outre, davantage de difficultés à rembourser leur PGE. C'est le cas notamment des arts et spectacles, des services administratifs, de l'hébergement-restauration ou encore de l'immobilier. A titre d'exemple, dans le secteur arts et spectacles, un peu moins de 40% de PME et moins de 30% de TPE du secteur avaient alors souscrit un PGE entre avril 2020 et janvier 2021. Mais « 40% du stock de PGE reste encore à rembourser en juin 2024 », précise le CAE.