L’agence de notation Fitch sonne l’alarme sur la dette de la France

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Reuters

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Alors que le projet de budget vient à peine d'être présenté, le couperet tombe déjà. L'agence de notation Fitch, l'une des trois « Big Three » de la notation de crédit dans le monde avec S&P Global et Moody's, vient d'abaisser la perspective (outlook) de la note de crédit de la France de « stable » à « négative ». En revanche, la note reste inchangée à AA-.
Dans un court communiqué, Bercy prend acte de la décision et souligne que le budget «reflète la détermination du gouvernement à redresser la trajectoire des finances publiques».
La note de la France avait déjà été rétrogradée par Fitch d'un cran en avril 2023, une décision suivie un an plus tard par S&P Global, également à AA-, avec une perspective stable. Seule l'agence Moody's a maintenu sa note un cran au-dessus, à Aa2 également avec une perspective stable.
Dans la communication d'une agence de notation, sur le risque souverain, une perspective « négative » revient à considérer que la probabilité d'un abaissement de la note dans les deux ans est supérieure à 33%. Lorsque cette probabilité grimpe à 50 %, la note est alors mise « sous surveillance » (credit watch). Ce n'est pas vraiment une probabilité à proprement parler mais plutôt le reflet des observations historiques.
Reste que ce changement de perspective à quelques heures d'un débat budgétaire qui commence à peine est un très mauvais signal. Il traduit une perte importante de crédibilité de la parole publique et des engagements en matière de réduction des déficits.
Les griefs de l'agence pour justifier sa décision sont nombreux : « les risqués liés à la politique budgétaire se sont accrus depuis notre dernier examen » (en avril dernier, NDLR) ; « Le dérapage budgétaire (...) place la France dans une position de départ plus défavorable » ; « nous prévoyons désormais des déficits budgétaires plus importants ».
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Pire, l'agence met clairement en doute la capacité du gouvernement à mettre réellement en œuvre le plan de réduction des déficits de 60 milliards d'euros en un an. « Nous n'avons prudemment inclus qu'une partie du paquet, reflétant l'incertitude politique persistante et les risques de mise en œuvre de certaines mesures », indique (prudemment donc) l'agence, qui ne s'attend donc pas à ce la France respecte ses prévisions de déficit à moyen terme.
Et déjà, « le déficit de la France en 2024 sera le deuxième plus important de la zone euro, et près de trois fois le déficit médian prévu pour les pays de la catégorie AA », et le ratio dépenses sur PIB est l'un des plus élevés de « notre univers de notation souveraine » alors même « que les niveaux d'imposition sont déjà très élevés ». Bref, c'est un réquisitoire sans appel.
Rappelons que pour agence de notation, le nerf de la guerre est la capacité d'un Etat à lever des impôts (ou à générer des cash flows pour une entreprise). Jusqu'ici, la France était considérée comme la championne pour lever de l'impôt. Elle commence pourtant à trouver ses limites dans ce domaine, et cela, les agences de notation n'aiment pas du tout. « Il y a en France un manque de consensus politique pour réduire les déficits », reconnaît un économiste d'une grande banque. C'est ce que relève d'ailleurs l'agence : « Une forte fragmentation politique et un gouvernement minoritaire compliquent la capacité de la France à mettre en œuvre des politiques d'assainissement budgétaire durables ».
La décision de Fitch n'augure rien de bon pour les opinions attendues dans les prochains jours ou semaines de Moody's (25 octobre) et S&P Global (29 novembre). L'agence Moody's était déjà fin septembre, selon les analystes de Barclays, « le candidat le plus probable » pour assigner une perspective négative étant donné qu'elle note un cran au-dessus de Fitch et de S&P Global, et qu'elle n'a pas dégradé la note ces dernières années, contrairement aux autres. Cela pourrait annoncer une dégradation de note l'an prochain. Quant à S&P Global, fin novembre, l'agence aura en mains à la fois le budget voté et le retour des observations de la Commission européenne pour apprécier son opinion. Un changement de perspective apparaît de plus en plus probable.
Seule consolation à prévoir : cette dégradation de perspective ne devrait avoir que peu d'impact sur le marché, et notamment sur la prime de risque de la France (spread) par rapport à la dette allemande, la référence en zone euro. Pour une raison simple : cette prime de risque est déjà très élevée, à près de 77 points de base. Une prime de risque équivalente à une note qui serait deux à trois crans en-dessous de celle de la France.
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