"Fraude fiscale" : les époux Balkany face à la justice à partir de lundi

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(Crédits : Charles Platiau)
De somptueuses villas à Marrakech et dans les Caraïbes, des fonds "occultes" transitant par le Panama ou Singapour... Soupçonnés d'avoir dissimulé plus de 13 millions d'euros d'avoirs au fisc, les édiles de Levallois-Perret Patrick et Isabelle Balkany sont jugés à partir de lundi à Paris, notamment pour fraude fiscale et blanchiment.

Le tonitruant maire LR de cette riche commune de l'ouest parisien et son épouse, première adjointe, doivent comparaître jusqu'au 20 juin devant la 32e chambre correctionnelle, spécialisée dans les affaires financières de haute volée.

Une incertitude plane toutefois sur le maintien du procès, car Isabelle Balkany a été hospitalisée le 1er mai après avoir absorbé des médicaments. Elle venait de dire sur Facebook sa lassitude devant une "instruction exclusivement à charge". Interrogé vendredi par l'AFP sur son état de santé, son avocat a opposé "le secret professionnel, le secret médical et le secret de la vie privée".

Accusés de "blanchiment à grande échelle"

Les juges d'instruction avaient débuté leur enquête en 2013 après des révélations de Didier Schuller, un ancien allié du couple. Ils accusent aujourd'hui les Balkany de "blanchiment à grande échelle" entre 2007 et 2014: d'avoir dissimulé au fisc des revenus et un patrimoine "occultes" à hauteur "au minimum" de 13 millions d'euros. En particulier deux propriétés cachées derrière "des montages de plus en plus sophistiqués" entre Suisse, Liechtenstein, Singapour ou Panama, "dans le souci de ne pas apparaître comme les véritables propriétaires".

La première, la villa Pamplemousse, acquise en 1997 par une société constituée au Liechtenstein par une fiduciaire suisse, est sise à Saint-Martin, aux Antilles. Isabelle Balkany, 71 ans, a fini par reconnaître qu'elle en était propriétaire, expliquant l'avoir achetée avec l'argent d'un héritage familial. Son époux, 70 ans, en est officiellement bénéficiaire depuis 2004.

La seconde propriété, la villa Dar Gyucy de Marrakech, est entourée d'un montage beaucoup plus sophistiqué, détenue depuis 2010 par une SCI marocaine propriété d'une société panaméenne, Hayridge. Cette dernière est au nom de Jean-Pierre Aubry, l'homme de confiance de Patrick Balkany à Levallois. Les Balkany, qui y ont maintes fois séjourné, ont constamment nié en être propriétaires. Mais les juges sont formels: ils sont les "seuls bénéficiaires" du riad, où des peignoirs brodés aux initiales "PB" ont été retrouvés.

Surtout, les enquêteurs ont laborieusement remonté la trace de l'argent. Ils ont fini par établir que le prix de vente officiel de la villa, 2,75 millions d'euros, a été payé par l'homme d'affaires saoudien Mohamed Al Jaber au moment où celui-ci négociait un projet de tours jumelles à Levallois. Selon les juges, il s'agit d'argent de la corruption.

Par ailleurs, 2,5 millions d'euros supplémentaires ont été réglés via le compte singapourien d'une autre société panaméenne. Cet argent provient selon les enquêteurs d'une commission versée à Patrick Balkany par un industriel belge, George Forrest, contre son aide pour un contrat en Afrique. Ce que réfute M. Balkany.

"Réseau de sociétés offshore"

 Les investigations sont remontées bien au-delà de la période 2007-2014 qu'elles ciblent, sans pouvoir retracer l'origine de tous les fonds. Les juges estiment que Patrick Balkany a été "à la tête d'un véritable réseau de sociétés offshore" mis en place dès la fin des années 1980, quand son ancien compère Didier Schuller déposait en Suisse des "espèces provenant d'entreprises du BTP soucieuses de financer" le RPR.

Des avoirs non déclarés en Suisse

En 2016, le baron de la droite avait fini par admettre avoir détenu des avoirs non-déclarés en Suisse, un héritage selon lui. L'enquête a aussi mis au jour les fortes sommes en liquide utilisées par le couple, notamment plus de 87.000 euros payés dans une agence de voyages.

"J'avais un petit matelas de réserves que je n'ai plus", avait commenté devant les juges Patrick Balkany, qui selon une employée de maison "avait régulièrement des espèces dans les poches de son peignoir". La justice a saisi le riad, le produit de la vente de la villa Pamplemousse et le moulin de Giverny, où résident les Balkany dans l'Eure.

Le couple comparaîtra notamment pour "fraude fiscale" et "blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravée", et Patrick Balkany pour "corruption passive" et "prise illégale d'intérêts". Le Saoudien Al Jaber devra répondre de "corruption active". Seront également jugés Jean-Pierre Aubry et l'ancien avocat Arnaud Claude pour leur "rôle central" dans le montage autour du riad de Marrakech. Enfin, le fils Balkany, Alexandre, sera jugé pour avoir cherché à "couvrir" ses parents en signant des baux de location fictifs pour cette villa. Contacté par l'AFP, l'avocat de Patrick Balkany n'a pas donné suite.

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a écrit le 13/05/2019 à 9:11 :
l homme le plus honnete de France (dixit P Balkany) devant les tribunaux… Je suis sur qu il va en ressorti blanchi (bon en fait, il aura comme Juppe une petite tape sur les doigts). Par contre pas d idee d ou vient tout cet argent ?
Franchement qui croit que c est un Heritage ou ses economies ???


Au final, un grand merci a tous les electeurs de levallois pour l avoir reelu constamment (bon c est pas les seuls)
a écrit le 12/05/2019 à 20:16 :
De là à ce qu’ils soient condamnés... l’Europe a le temps de s’effondrer !
Ce qui est troublant c’est que ça sorte à quelques jours des élections européennes.
A qui profite le crime ?
Réponse de le 13/05/2019 à 13:47 :
l’Europe a le temps de s’effondrer ! Peut être pas tant que cela, les choses peuvent aller très vite après les élections européennes.
a écrit le 12/05/2019 à 18:37 :
Ce couple a échappé pendant plus de 20 ans à la justice.Comment se sont ils constitués une telle fortune sans avoir jamais crée d'entreprises ou été PDG de multinationales?
Quel est le salaire d'un maire ?
Madame se dit "fatiguée et à bout" mais il lui suffit de payer au Fisc français ce qu'elle doit et voilà.
Réponse de le 13/05/2019 à 13:27 :
Sa fiche Wikipédia mentionne que monsieur n'avait pas le bac mais a réalisé son service militaire à l'Elysée, un Benmachin précoce sans doute. Ceci dit pour faire ce qu'il a fait il devait posséder une certaine compétence et il l'a fait sous le regard des services de l'état…Gageons qu'avec ce qu'il doit savoir sur certains il y en a qui doivent serrer les F.....
a écrit le 12/05/2019 à 16:36 :
Malheureusement depuis l'affaire Cahuzac, on sait que les fraudeurs fiscaux ne risquent rien en France, en dehors de peines fictives (comme les emplois du même nom).
Les Thénardier du 9-2 seront condamnés à 10.000 € d'amende (à régler en espèces) et à 15 jours de TIG avec sursis, compte tenu des services rendus ici et là au cours de leur brillante carrière de prestidigitateurs.
Réponse de le 13/05/2019 à 9:41 :
La justice française est globalement laxiste, les fraudeurs fiscaux bénéficient des mêmes largesses que les multirécidivistes en liberté qui peuvent à nouveau commettre crimes et délits. Dans un soucis d'égalité républicaine, le contraire serait presque anti démocratique.
a écrit le 12/05/2019 à 14:41 :
S'en prendre a des gens si bons, si devoués, si genereux, vraiment les juges devraient avoir honte.

Mais non, j'plaisanteu
Réponse de le 12/05/2019 à 18:25 :
Un véritable procès politique!LR visé juste avant les élections.Une véritable justice de gauche!Je leur conseille déja de se pourvoir en appel et en cassation pour freiner cette chasse aux sorcières!
a écrit le 12/05/2019 à 12:55 :
De braves politiques qui n ont eut que leurs pauvres émoluments payés par les contribuables qui arrivent avec des millions d'euros ?
a écrit le 12/05/2019 à 11:47 :
Ils payent enfin pour l'ensemble de son oeuvre dont l'évasion fiscale n'est pas le pire.
a écrit le 12/05/2019 à 11:43 :
Comme conseillé ils avaient Carlos Ghosn ?
a écrit le 12/05/2019 à 11:33 :
Non mais quel sketch ! Toutes ces sorties tonitruantes et le clientélisme prêteraient à rire, dans la mesure où ils ont servi l'éviction du communisme des manettes municipales. Mai en aucun cas un tel enrichissement personnel ne doit être minoré. Ce point est inacceptable et je me refuse à toute empathie envers la TS de Madame car même là je doute de sa sincérité.

Ce procès doit être exemplaire car il est celui d'un état d'esprit en politique. Si on n'est pas capable de faire de la politique sans s'enrichir au dépend du contribuable, alors il faut faire du business et rien d'autre. Et si on ne sait pas faire du business honnêtement alors il faut faire de la taule.

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