"Gilets jaunes" : "L'État a l'habitude d'imposer des décisions sans les financements" Caroline Cayeux (Villes de France)

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Caroline Cayeux, maire de Beauvais et présidente de l'association Villes de France
Caroline Cayeux, maire de Beauvais et présidente de l'association Villes de France (Crédits : Villes de France)
Caroline Cayeux, présidente (LR) de l'association Villes de France, qui représente les "villes moyennes" (860 villes représentant plus de 30 millions de Français), salue les "annonces majeures" du chef de l'État et se tient à la disposition du gouvernement pour l'organisation du grand débat national annoncé par Macron hier soir. Elle attend toujours néanmoins de savoir comment sera compensée la suppression de la taxe d'habitation après 2020 (autour de 35% des recettes dans la ville de Beauvais dont elle est maire).

LA TRIBUNE - Vous attendiez des "mesures concrètes à court-terme". Êtes-vous satisfaite des annonces du chef de l'État ?

CAROLINE CAYEUX - Il y a eu des annonces majeures. L'augmentation du smic n'a jamais été aussi importante depuis longtemps. Le président de la République a également compris qu'il avait été trop injuste pour les petites retraites, alors qu'un nombre conséquent de retraités gagne moins de 2.000 euros. Idem avec les heures supplémentaires défiscalisées : dans les services de ma ville, les gens sont contents. Emmanuel Macron a vraiment eu envie de prendre des mesures concrètes rapides.

Le président s'est par ailleurs engagé à rencontrer lui-même les maires pour "bâtir le socle de notre nouveau contrat pour la Nation". Concrètement, qu'en attendez-vous ?
 
Au sein de notre association, nous lui avions lancé cet appel, étant au contact quotidien de nos habitants sur le terrain. Nous sommes en effet des capteurs de ce qui se passe, de même que nous pouvons être des amortisseurs des décisions prises. Nous pouvons nous-mêmes aider à améliorer le pouvoir d'achat de nos concitoyens. A Beauvais, je n'ai pas augmenté les impôts locaux depuis neuf ans, et tous les bus de l'agglomération sont accessibles pour 1 euro par jour, en dehors des retraités, des scolaires et des demandeurs d'emplois qui ne paient pas. Dans l'hypothèse du débat qu'Emmanuel Macron souhaite, nous avons l'habitude d'animer des comités de quartiers, des permanences ou des réunions publiques. Nous pouvons être des pôles organisationnels et des pivots dans cette réflexion.

Il a évoqué "la manière dont l'État est gouverné et administré depuis Paris, sans doute trop centralisé". Approuvez-vous ?

Des compétences sont effectivement exercées en doublon. Dans les actes de décentralisation, l'État a pris l'habitude d'imposer des décisions sans les financements qui vont avec. Quand François Hollande a augmenté l'indice de rémunération des fonctionnaires, nous n'avions plus qu'à l'appliquer. Or, c'était un budget important que nous n'avions pas choisi. Idem avec les rythmes scolaires : la semaine de quatre jours a coûté cher en termes d'organisation. Ce sont des exemples de décentralisation forcée, mais nous sommes prêts pour une décentralisation plus importante qui nous donnera une autonomie de gestion.

A la veille de leur congrès, le président avait pourtant dit au bureau de l'Association des maires de France (AMF) : "L'autonomie financière et fiscale, je n'y crois pas !"...

Il faudra bien qu'il y croie. Si nous n'avons que des consignes de l'État sur la gestion financière et fiscale, nous pouvons comprendre que des maires ne veulent pas se représenter. J'ai toutefois l'impression qu'il a compris que nous étions les fantassins de la République. Le maire est le dernier rempart entre l'État et les administrés. Je suis allée parler aux "gilets jaunes", ils ont confiance en leur maire. A ce titre, le président a intérêt à s'appuyer sur nous.

En revanche, il n'a pas dit un mot ni sur le futur projet de loi de refonte de la fiscalité locale ni sur la compensation de la suppression de la taxe d'habitation... Le regrettez-vous ?

Ce sera pour une autre fois ! Jusqu'en 2020, la taxe d'habitation va être compensée à l'euro près. Après, si sa volonté est toujours de la supprimer, il aura une discussion un peu âpre avec les élus locaux pour savoir comment nous serons compensés. Si nous n'avons pas des rentrées d'argent correspondantes, il sera difficile de construire de nouveaux logements. 

Rien non plus sur la baisse des APL...

Il a fait des choix. Lorsque nous avons été reçus hier à l'Élysée, j'ai posé la question au ministre de l'Action et des Comptes publics. Gérald Darmanin m'a répondu : "Cela a été acté sous Hollande". [En réalité, la mesure a été adoptée dès l'automne 2017 lors du projet de loi de finances 2018, mais il est vrai aussi qu'à l'été 2016, une lettre de cadrage, révélée par BFMTV, de Manuel Valls, Premier ministre, à Emmanuelle Cosse, ministre du Logement, recommande déjà une "mesure transversale portant sur les paramètres des prestations des APL". Cette piste ne sera finalement pas retenue.]

"Pourquoi ne l'avez-vous pas dit ?" 
ai-je demandé. Nous avons alors tous regretté cette mesure. Quoi qu'il en soit, en écoutant les comptes-rendus hier soir, le président a quand même "lâché" entre 10 et 13 milliards d'euros. Il fallait s'arrêter là si nous voulions respecter l'équilibre des comptes publics.

Quelle suite, enfin, va être donnée à la réunion de vendredi avec les partenaires sociaux et les ministres sur le pouvoir d'achat, le logement, la fiscalité et les services publics ?

Il n'y en a pas d'autres de programmées pour l'instant. Le gouvernement veut d'abord ramener le calme et arrêter les violences. Si, dans ma ville, il n'y a pas eu l'ampleur de ce qui s'est passé à Paris, les commerçants ont beaucoup souffert de ces trois semaines de tensions.

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Commentaires
a écrit le 02/01/2019 à 18:51 :
Je voudrais vous signaler que contrairement à ce que vous annonce Mme Cayeux les impôts locaux ont augmentés en 2018 , 20% en plus pour ma part , il serait judicieux de vérifier vos sources .
a écrit le 11/12/2018 à 17:56 :
Il faut impérativement arreter la dispersion urbaine synonyme du tout automobile, et recentrer l'urbanisme sur les villes moyennes où il y a des emplois
a écrit le 11/12/2018 à 11:24 :
On ne sait pas, peut-être que les actionnaires milliardaires qui ont mit macron au pouvoir se sentent coupables de son naufrage et vont aller chercher l'argent dans leurs paradis fiscaux pour réparer une petite partie des nombreux dégâts qu'ils ont causé ?

On a encore le droit de rêver...

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