"Gilets jaunes" : les craintes sur la croissance se multiplient

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Déjà 766 entreprises ont fait une demande d'activité partielle.
Déjà 766 entreprises ont fait une demande d'activité partielle. (Crédits : VINCENT KESSLER)
Bruno Le Maire a affirmé, ce lundi, que la croissance serait amputée de 0,1 point pour le dernier trimestre en raison des troubles liés aux manifestations des "gilets jaunes". Dans le même temps, la Banque de France a divisé par deux à 0,2% contre 0,4% précédemment, le taux de croissance du PIB français qu'elle prévoit pour le quatrième trimestre, l'impact du mouvement des "gilets jaunes" se faisant sentir dans "la plupart des secteurs".

Le mouvement des "gilets jaunes"  commence à réellement peser sur l'économie tricolore. Dans sa dernière enquête de conjoncture, la Banque de France a révisé ses prévisions de croissance à la baisse pour le quatrième trimestre à 0,2% contre 0,4% auparavant. De son côté, le ministre de l'Economie et des finances Bruno Le Maire a fait part de ses craintes dans une interview accordée à RTL ce lundi matin. "Je pense que les événements actuels devraient nous faire perdre 0,1 point de croissance de notre richesse nationale au dernier trimestre", a affirmé le ministre à l'antenne, refusant néanmoins de revoir pour l'instant à la baisse la croissance pour l'ensemble de l'année, attendue à 1,7% par le gouvernement. "Je ne vais pas faire de révision pour le moment, mais nous aurons sans doute 0,1 point de croissance en moins à la fin de l'année", a ajouté le ministre, qui avait déjà estimé à 0,1 point l'impact négatif sur la croissance de la grève à la SNCF en début d'année.

S'il est encore trop tôt pour avoir une évaluation précise de l'impact du mouvement des "gilets jaunes" sur l'économie française, beaucoup de secteurs comme le commerce et la distribution annoncent déjà de sérieuses pertes. De son côté, le directeur général de l'Insee Jean Luc Tavernier a précisé sur l'antenne de France Info le 4 décembre que si "c'est limité dans le temps, ce n'est pas extrêmement significatif. Il peut y avoir un effet de rattrapage [...] La croissance sera autour de 1,5% pour 2018." Toutes ces nouvelles prévisions sont très inférieures au niveau de 0,8% qui serait nécessaire au quatrième trimestre (après une croissance de 0,4% au troisième trimestre et de 0,2% sur les deux premiers trimestres, selon les dernières statistiques de l'Insee) pour  atteindre l'objectif annuel du gouvernement.

> Lire aussi l'entretien du délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution, Jacques Creyssel : "Gilets jaunes" : "Les pertes sont estimées à 1 milliard d'euros pour le commerce"

L'industrie au ralenti

Les résultats de la banque centrale soulignent un ralentissement général dans l'industrie. Dans ce secteur, l'agroalimentaire en raison des difficultés des commerçants et l'automobile ont été particulièrement touchés. D'après un récent communiqué de l'association nationale des industries alimentaires (Ania), "les conséquences sont extrêmement lourdes sur le chiffre d'affaires (CA) : plusieurs milliards d'euros sont d'ores et déjà définitivement détruits." Les premières estimations de pertes du chiffre d'affaires "pourraient s'élever à 13,5 milliards d'euros, concernant avant tout des PME", rien que pour le secteur agroalimentaire.

Du côté du bâtiment, les performances sont également jugées décevantes. L'industrie du bâtiment a ralenti "dans le gros oeuvre comme dans le second oeuvre." En dépit de ce coup de frein, les carnets de commande "restent assez bien garnis" mais la croissance pour le mois de décembre resterait faible selon les professionnels interrogés. "Au total l'activité industrielle n'a plus progressé," explique l'enquête. La production, les livraisons et les commandes sont en repli. Les chefs d'entreprises industrielles interrogés par la Banque de France estiment néanmoins que la croissance de l'activité pourrait reprendre au cours du mois de décembre

Coup de frein dans les services

L'activité des services s'est également dégradée au mois de novembre. Selon l'enquête menée par l'institution bancaire, la croissance dans le tertiaire "décélère sous l'effet du mouvement actuel. Les transports, la restauration et la réparation automobile régressent. Les services aux entreprises restent dynamiques."

Les blocages d'entrepôts et de plateformes peuvent avoir des répercussions sur les chaînes d'approvisionnement dans de nombreux secteurs et notamment ceux de la distribution et de la restauration. Toute la distribution des produits frais par exemple est mise en difficulté alors que beaucoup de supermarchés et magasins signalent des obstacles pour se ravitailler. Ce qui pourrait favoriser les grandes plateformes de commerce en ligne.

Montée des inquiétudes

Si, d'après les chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur, la mobilisation est en perte de vitesse par rapport au premier week-end, les craintes se multiplient chez les acteurs économiques et au sein du gouvernement. Après avoir évoqué des conséquences "sévères et continues", le ministre de l'Economie Bruno Le Maire parle désormais de "catastrophe pour notre économie." "C'est une période où normalement le commerce tourne bien, c'est la veille des fêtes de Noël et, là, c'est une catastrophe", a regretté M. Le Maire, qui se trouvait près de la gare Saint-Lazare à Paris.

De son côté, la confédération des PME a également tiré récemment la sonnette d'alarmes. Les premiers résultats d'une enquête réalisée du 4 au 7 décembre, regroupant le témoignage de 1.710 dirigeants, montrent que, pour 62% d'entre eux, le mouvement "des gilets jaunes" a eu un impact sur leur activité, toutes zones géographiques et tous secteurs d'activité confondus. Face à de possibles difficultés, la fédération bancaire française (FBF) a tenu "à réaffirmer son engagement à examiner avec bienveillance et au cas par cas les situations des artisans, des commerçants et des entreprises, impactées dans leurs activités, et rechercher des solutions appropriées."

Montée du chômage partiel

Les conséquences sur l'emploi sont encore complexes à déterminer. Plusieurs représentants de fédérations professionnelles ont annoncé que de plus en plus d'entreprises avaient recours au chômage partiel. D'après nos informations, 766 entreprises ont fait une demande auprès du gouvernement, au 10 décembre pour mettre leurs employés au chômage partiel. Ce qui représente environ 20.185 salariés et 9 millions d'euros versés par l'Etat. A la veille de la seconde mobilisation, le 30 novembre dernier, 200 entreprises avaient effectué cette démarche pour environ 5.000 salariés.

> Lire aussi : "Gilets jaunes" : "les conséquences pourraient être catastrophiques" (CCI France)

Dans l'industrie manufacturière, les dirigeants interrogés par la Banque de France ont indiqué que les embauches avaient clairement marqué le pas au cours du mois de novembre. Dans le commerce et la distribution, la fédération a indiqué que "les conséquences sont particulièrement lourdes [...] pour nos salariés empêchés de travailler et qui risquent d'en subir les conséquences financières ou sur leur emploi."

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Commentaires
a écrit le 28/12/2018 à 14:24 :
Bonjour,

Il est assez drôle de fustiger les gilets jaunes pour des pertes infligées au commerce en général et d'annoncer des chiffres mirobolants pour cela.
Or il a été dit qu'en moyenne, l'augmentation de la taxe des carburants coûterait 200 € par automobiliste et par an. Certes, je ne suis pas allé très longtemps à l'école mais si on considère que 15 à 20 000 000 d'automobilistes sont concernés (et je pense que c'est un minimum) la facture des taxes supplémentaires se serait élevée à 3 voire 4 milliards minimum... Sur des salaires qui n'augmentent que peu ou prou, c'est donc l'équivalent qui va en moins dans le commerce.
Et bizarrement, aucun journaliste ni aucun commerçant d'ailleurs n'a fustigé le gouvernement pour ce manque à gagner qui allait être imposé et ce, répercuté sur plusieurs années avant que le pourvoir d'achat des français ne compense cette surtaxe.
Cela veut-il dire que les manques sont plus ou moins acceptables selon qui les infligent ???
Certains par le passé, ont traité les français ce veaux ou d'ânes mais visiblement la leçon ne rentre toujours pas (je ne parle pas des journalistes acquis à la cause des gouvernements successifs)
a écrit le 11/12/2018 à 14:38 :
les mesures fortes attendues ne sont pas dans l intervention (meme pas du direct)

poudre aux yeux pour espérer la paix ! mais cap maintenu pour les tres riches
a écrit le 11/12/2018 à 11:05 :
les pauvres payent toujours très cher.......la vraie réflexion est que nous aurons toujours besoin de petits metiers...est ce pour autant qu il faille que c'est metier ne nourrissent pas ceux qui les font ?....
ne croyons s pas naïvement que nous serons tous techniciens supérieurs ou informaticiens de haut vol....
nos dirigeants, nous mêmes, les entreprises et les collectivités locales doivent donc engagée une vraie réflexion sur ces sujets....et l avenir de nos sociétés....la mondialisation et ses gadget high tech a ses limites....les start UP tout autant......
je n'ai rien contre la tech, la finance, la modernité....mais si 40% de nos concitoyens en meurt, 30% survivent tant bien que mal et les 20% qui restent se gavent..,va ne durera pas bien longtemps.,
le fantasme des drives....des magasins sans caisse.....d Amazonne ou personne ne voit plus personne.
si c est ça notre futur....alors .....je deviendrai GJ
...
a écrit le 11/12/2018 à 9:56 :
Ca tombe bien pour ce gouvernement sans resultat economique meme sans les gilets jaune la situation ce serait degradée!!!!
a écrit le 11/12/2018 à 7:38 :
Ce n'est pas parce qu'on porte un gilet jaune qu'on peut ne pas reconnaître ses responsabilités, non ? Que ce soit les saccages, les vols, les véhicules incendiés, les commerces vandalisés, les clients envolés et les emplois perdus... La seule solution c'est de voter et de respecter la démocratie : sinon c'est une logique de guerre civile.
a écrit le 10/12/2018 à 19:01 :
S'ils n'étaient pas laissés au bord du chemin, ils n'auraient pas besoin de manifester leur désespoir. Car à mon avis c'est bine de ça dont il s'agit.

Pourtant, je suis moi même un "bobo", mais faire payer aux pauvres une pseudo-transition énergétique, approuvée par ceux qui ont accès aux transports en communs (que j'utilise tous les jours), avec Paris qui pense mettre en place une gratuité des transports, financé par qui ?

L'état fait payer aux plus pauvres son incapacité à se réformer, et son incapacité à proposer un système de formation (initiale ou continue) qui permettrais aux gens en bas de l'échelle de se former pour monter en compétence.
a écrit le 10/12/2018 à 18:43 :
Les elites "fils de" francaises n'en sont pas, ils vivent de la rente de situation de fils à papa, qui gèrent les technos importées inventés par les anglo saxons d'ou leur soumission, ils sont dans l'import export, la france c'est comme une ferme avec une reserve de consommateurs pour eux.
a écrit le 10/12/2018 à 18:32 :
le mouvement gilets jaunes a bon dos ; la baisse de croissance est surtout la conséquence du matraquage fiscal opéré sur l'année 2018 qui a directement impacté le pouvoir d'achat des classes moyennes et pauvres . au moins 30 milliards confisqués entre hausse CSG ,taxes énergie , tabac , suppression d'aides logement ,famille , et autres .
le ministre de l'économie a beau se défausser sur les gilets jaunes , il est avec le gouvernement le principal responsable de la situation par le choix d'une mauvaise politique économique et d'un amateurisme total sur l'analyse des conséquences des hausses brutales de la fiscalité .
un tel échec politique devrait le conduire à la démission .
a écrit le 10/12/2018 à 18:23 :
Cela fait longtemps que l'on parle de la fracture sociale (Chirac..): aujourd'hui, nous y sommes, des gens dans des difficultés (je veux bien le comprendre), et d'autres qui commencent vraiment à trouver que la redistribution et l'impôt ont trouvé leurs limites. la seule issue n'est pas de remettre une louche de prestations sociales, mais de CASSER la dépense publique, laquelle en grande partie n'est pas perçue par les français! Et bien sûr, il y a consensus sur les nécessaires dépenses de santé ou d'éducation. Toute ponction supplémentaire sur le secteur privé (personnes physiques et entreprises) coulent l'investissement, la volonté d'entreprendre ou simplement l'envie de travailler: c'est pourtant simple!
a écrit le 10/12/2018 à 18:09 :
pour devenir crédible abandonnés les privilèges
a écrit le 10/12/2018 à 17:18 :
Après la diabolisation en nazis, ultra droite, casseurs, séditieux, maintenant les gilets jaunes sont responsables du chomage et de la crise haha. De mieux en mieux.
Et les 50 milliards par an (au bas mot) donnés à des anonymes au titre de la dette, les cadeaux aux riches, la vampirisation économique par la finance et l'actionnariat, la fraude fiscale massive des grandes entreprises, nan ça c'est tellement anecdotique que ce journal n'en parle jamais ;)
Réponse de le 10/12/2018 à 21:55 :
C'est vrai quel scandale : oser traiter les casseurs de casseurs et d'extrême droite les gj qui votent rn, mais où vas t'on ? Et pis si on peut plus bloquer les entreprises sans se faire accuser de provoquer du chômage quand même... En plus si on donne de l'argent à ceux qui vous prête, on va où ? Pourquoi pas rémunérer le livret a pendant qu'on y est ?!
a écrit le 10/12/2018 à 17:18 :
Les palettes-stiniens contre les pharisiens, dernier acte !!
a écrit le 10/12/2018 à 17:11 :
Que mr le MAIRE s'adresse aux responsables LES DEPUTES LREM qui dans u e republique auraient du representer le peuple avec leur vote ils avaient les pleins pouvoirs
Réponse de le 10/12/2018 à 18:28 :
Faut adresser la facture aux gilets jaunes... puisque ils sont responsables de ces troubles 67 millions de français de personnes ne sont pas forcément solidaires d e 220000 personnes sui refusent de si adapter et changer de mode de fonctionnement ...
a écrit le 10/12/2018 à 17:05 :
on commence à se poser la question ,,,,,,fallait il casser pour que l'on nous ecoute avec par exemple les 80KM/H
a écrit le 10/12/2018 à 16:39 :
La croissance, un concept de l'ancien monde, complètement dépassé...Finalement les GJ sont plus écologistes que ce que certains voudraient faire croire.
a écrit le 10/12/2018 à 16:06 :
les retraités ont perdu 3,4% : 1,7% de CSG + 1,7% pouvoir d'achat (sur la revalorisation des pensions à 0,3% )
grace ou à cause de la politique menée par ce gouvernement
a écrit le 10/12/2018 à 15:51 :
après Allemagne, Italie, Suède et Suisse, c'est le Japon qui a décru au 3e trimestre 2018 (- 2,5%). stagnation en Thaïlande au T3. ça ralentit en Corée. nouveaux signes de ralentissement en Chine (importations de matières 1ères, prix à la production). augmentation significative des licenciements aux US en 2018 par rapport à l'année précédente (cabinet Challenger, Gray & Christmas). etc...
les gouvernements vont bientôt de nouveau devoir intervenir pour stimuler la "croissance", comme le suggérait récemment l'OCDE ?
c'est ridicule. le capitalisme est dans l'impasse.
a écrit le 10/12/2018 à 15:40 :
l'ISF est l’impôt le plus bête du monde. Il a été supprimé par tout les pays de l'union Européenne dernièrement la Suède en 2007, un pays connu pour être "ultra liberal".
C'est un constat simple; il ne rapporte pas assez et incite les richesses et investisseurs a investir ailleurs qu'en France détruisant des emplois ou évitant un potentiel investissement sur notre territoire. Le probleme c'est qu'il est difficile de calculer les retombés économique de sa suppression. La suède avait supprimé l'ISF et impot sur les successions, alors que la France a timidement transformé l'ISF. Est ce que les 80% des francais qui soutiennent les gilets jaunes en sont conscient?
Réponse de le 10/12/2018 à 16:22 :
En suède le taux marginal de l'impôt va jusqu'à 57% (45% en France).

Voilà pourquoi elle n'a plus d'ISF, il est remplacé par des tranches d'impôts sur le revenu.
Réponse de le 10/12/2018 à 16:59 :
bien d'accord avec vous avec une petite precision il faut quand meme supprimer la flat tax qui ne fait payer aux riches qu'environ 13% de leur revenu et mettre les 1,7 de csg non deductibles autrement le smicard paie 1,7 et le nantis dans la tranche à 50 ne donne que 0,85 voir diminuer a 1,2 mais non dedutible. AUTRE CAS LES AMENDES ex pour une amende de 135 € le smicard donne 11% de son revenu le depute qui a vote la loi ne donne que 2%

MR GOSNH 0,0000001
Réponse de le 10/12/2018 à 17:33 :
ils vont mettre en place un ersatz ' provisoire' d'un impot equivalent a l'isf en expliquant que c'est pas de l'isf, et que c'est le temps que la situation s'appaise........
et les impots provisoires, on sait ce que c'est, donc personne n'est dupe; les investissements vont s'arreter, et le bal des exiles va recommencer de plus belle ' a la surprrise generale'
cela dit au moment ou ils vont le mettre en place les gens n'auront pas le choix, alors a court terme ca va remplir les caisses et sauver les ours blancs
a écrit le 10/12/2018 à 15:01 :
Entre les blocages et les taxes qui matraquent ceux qui ont les moyens de consommer...c'est pas prêt de redémarrer! #vache à lait de la classe moyenne
a écrit le 10/12/2018 à 14:56 :
0.1% alors que la gestion des serviteurs des mégas riches nous coute 2% de croissance, c'est pas grand chose et en plus ça aide le gouvernement à dissimuler son incompétence.

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