L'économie française ébranlée par l'inflation et la guerre en Ukraine

L'OFCE table désormais sur une croissance du PIB français de 2,7% en 2022 contre 4,2% auparavant en raison de la multiplication des chocs et de leur durée. L'irruption de la guerre en Ukraine et la flambée des prix ont plongé le moral des ménages à un niveau inédit depuis 2014. Le prolongement du conflit et une inflation plus durable pourraient encore dégrader les perspectives de l'économie tricolore.
Grégoire Normand

8 mn

(Crédits : Reuters)

Les clignotants passent au rouge les uns après les autres. Après un fort rebond en 2021, la croissance française devrait enregistrer un coup de frein brutal en 2022. Après la Banque mondiale, le FMI, l'Insee, l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) vient de réviser drastiquement à la baisse ses prévisions pour 2022 passant de 4,2% à l'automne dernier à 2,7% aujourd'hui (-1,5 point) .

"Il y a une phase de croissance très molle. Tous ces chocs modifient complètement la trajectoire de croissance pour 2022 et l'acquis de croissance en 2023, a déclaré l'économiste Mathieu Plane lors d'un point presse. C'est une révision très rapide liée à l'impact Omicron (-0,1 point), la remontée des taux (-0,1 point), les difficultés d'approvisionnement (-0,3 point), les incertitudes liées au tensions géopolitiques (-0,5 point) et le choc énergétique (0,5 point)", a-t-il détaillé lors de la présentation.

Au premier trimestre, l'économie française a fait du surplace, plombée par la vague de contaminations de décembre et janvier et l'entrée en guerre de la Russie en Ukraine. Même s'il est encore difficile à ce stade d'évaluer toutes les répercussions de ce conflit aux portes de l'Union européenne, l'enlisement des troupes militaires sur plusieurs fronts laissent augurer une guerre à rallonge. A peine nommé, le nouveau gouvernement entame ce quinquennat dans une conjoncture particulièrement dégradée. La Première ministre Elisabeth Borne va devoir affronter de gros vents contraires. Entre l'inflation, le ralentissement de l'activité, la préservation du pouvoir d'achat et les investissements nécessaires à la transition écologique, les défis s'annoncent colossaux.

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L'inflation menace l'économie française

La multiplication des chocs ces derniers mois a complètement changé les perspectives inflationnistes. "Alors que les premières analyses supposaient que les tensions inflationnistes seraient transitoires, force est de constater qu'elles perdurent et qu'elles ont pris de l'ampleur", expliquent les économistes rattachés au laboratoire de Sciences-Po Paris. Après une longue période d'inflation très faible, l'indice des prix à la consommation frôle les 5% au mois d'avril et pourrait dépasser ce seuil au mois de juin selon l'Insee.

Pour l'heure, la principale contribution à l'inflation demeure l'énergie. La durée du choc énergétique va dépendre du prolongement de la guerre en Ukraine, de l'embargo européen sur l'énergie russe et de la rapidité des Etats européens à se sevrer du pétrole et du gaz importés depuis la Russie pour s'orienter vers d'autres sources d'énergie.

Lire aussi : Embargo sur le pétrole russe : l'Europe toujours plus divisée, l'Allemagne l'espère "d'ici quelques jours"

Au-delà de tous ces chocs énergétiques, la question posée par les économistes est de savoir si l'économie française entre "dans un nouveau paradigme dans lequel l'inflation serait durablement plus élevée". Une telle hypothèse pourrait se confirmer si les salariés en France réclamaient des hausses de salaires pour "compenser les pertes de pouvoir d'achat" et si les entreprises répercutaient ces augmentations sur leurs prix. Ce qui pourrait enclencher la fameuse "boucle prix salaire" tant redoutée dans les milieux économiques et financiers. Or, les premières enquêtes menées par la direction statistique du ministère du travail (Dares) ou encore la Banque de France indiquent que le salaire réel des travailleurs, c'est à dire corrigé de l'inflation, est en perte de vitesse pour la plupart des catégories de salariés.

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A moyen terme, cette baisse du revenu des salariés, même si elle est partie limitée par les mesures du gouvernement (bouclier tarifaire, ristourne de 18 centimes d'euros sur le pris de l'essence), pourrait entraîner une chute brutale de la demande. Ce qui pourrait provoquer une baisse de l'activité.

En effet, compte tenu du poids de la demande dans le produit intérieur brut tricolore, un recul de la consommation des ménages et des investissements des entreprises pourraient faire vaciller l'économie française. Interrogé par La Tribune sur l'impact de tous ces chocs sur la demande, l'économiste de l'OFCE Eric Heyer estime que "les modèles utilisés montrent que les répercussions sont limitées la première année. L'épargne accumulée pendant la pandémie est encore importante. En revanche, il existe beaucoup plus d'incertitudes sur les conséquences de l'inflation sur le comportement de d'épargne et de consommation des ménages à moyen terme".

Le moral des ménages en berne

Au mois de mai, le moral des ménages en France a continué de se dégrader pour atteindre son niveau le plus bas depuis 2014, soit 87 points. Selon les données communiquées mercredi par l'Insee, l'indicateur mesurant le moral des ménages était descendu à 88 points en décembre 2018 et à 89 points en novembre 2020. Pour Mathieu Plane, "on est dans une situation plus dégradée que lors du choc Covid", et "au-dessous" "de la forte dégradation lors de la crise des gilets jaunes" (fin 2018-début 2019, NDLR).

Les mois de mai électoraux sont traditionnellement des périodes lors desquelles "le moral des ménages a tendance à monter, sur l'idée de nouvelles perspectives, avec un nouveau programme", relève par ailleurs l'analyste. Mais, en 2022, "on est dans un climat extrêmement incertain", et "il y a peu de chances que les choses s'améliorent beaucoup" à court terme, selon lui.

Une économie à deux vitesses

Du côté des entreprises, les dernières enquêtes de conjoncture et les indicateurs avancés sont en train de dessiner une économie à deux vitesses. L'industrie tricolore, déjà lourdement affectée par la pandémie, risque de payer un lourd tribut dans cette crise. En effet, beaucoup de secteurs comme l'automobile ou l'industrie aéronautique sont encore très loin d'avoir retrouvé leur niveau d'avant crise. Les difficultés d'approvisionnement et la poussée de fièvre des prix de l'énergie pèsent particulièrement sur les industriels.

A l'opposé, les services marchands et non marchands semblent limiter les dégâts. "La vraie question est de savoir si le secteur des services va pouvoir continuer à jouer son rôle de moteur à vitesse rapide pour contrebalancer la faiblesse de l'industrie, ou si la forte inflation et la baisse de confiance des consommateurs vont amener le secteur des services à rapidement perdre de la vitesse", a souligné l'économiste d'ING Charlotte de Montpellier dans une récente note.

Là encore, de nombreuses incertitudes géopolitiques et sanitaires planent au dessus de l'économie française. Le prolongement des confinements en Chine et la pagaille dans les chaînes d'approvisionnement partout sur la planète pourraient une nouvelle accroître les difficultés de l'appareil productif tricolore.

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La guerre en Ukraine fait trembler l'économie européenne

La propagation des effets de la guerre en Ukraine sur l'économie européenne prend de l'ampleur. La croissance du PIB en Allemagne a seulement augmenté de 0,2% au cours du premier trimestre selon les derniers chiffres de l'institut Destatis dévoilés ce mercredi. En Italie, l'économie a reculé sur les trois premiers mois de l'année (-0,2% du PIB) plongeant les entreprises et les ménages dans un tunnel de difficultés.

En parallèle, l'inflation a grimpé à 7,5% en zone euro au mois d'avril obligeant les Etats à mettre en oeuvre des politiques budgétaires pour limiter les répercussions de ces tensions inflationnistes. Du côté de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde a déjà commencé à durcir la politique monétaire en mettant fin au programme d'achat d'urgence face à la pandémie (PEPP) et en annonçant une hausse des taux pour cet été. "La guerre a un effet d'amplification des chocs précédents mais elle a aussi provoqué des nouveaux chocs, a indiqué l'économiste de l'OFCE Christophe Blot, le choc d'incertitude géopolitique a un effet négatif sur la demande en Europe", a-t-il poursuivi. Face à toutes ces menaces, la BCE et les gouvernements vont devoir se coordonner s'ils veulent éviter la récession.

Zone euro : le choc énergétique et la guerre en Ukraine assombrissent sur les perspectives économiques

Grégoire Normand

8 mn

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Commentaires 3
à écrit le 01/06/2022 à 10:42
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notre économies est déjà ébranlé depuis 17 ans avant la guerre en UKRAINE ....les même qui paie les pots cassés ...loyer 50% des revenus edf et gdf 27 % les assurances 30 % toutes les charges un ménage ..alimentation 30% découvert tout les mois ..7...

à écrit le 01/06/2022 à 10:42
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notre économies est déjà ébranlé depuis 17 ans avant la guerre en UKRAINE ....les même qui paie les pots cassés ...loyer 50% des revenus edf et gdf 27 % les assurances 30 % toutes les charges un ménage ..alimentation 30% découvert tout les mois ..7...

à écrit le 25/05/2022 à 18:35
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Vous z'y connaissez rien, Le Maire a dit que cela serait peanuts. Indolore ! Alors vous prétendez pas vous z'y connaître mieux qu'lui quand même.. Question revenu des menage c'est intéressant ça aussi.. cela fait un petit moment que le revenu des mén...

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