POLITISCOPE. Les visites parallèles du chef de la diplomatie russe, Sergei Lavrov, et du président français Emmanuel Macron la semaine dernière dans plusieurs pays africains ont valeur de symbole : la France a de plus en plus de difficultés à peser sur le continent.La semaine dernière, les médias n'ont pas manqué de relever la coïncidence des visites en Afrique du président français Emmanuel Macron et du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. Le premier s'est ainsi rendu au Cameroun, Bénin, et Guinée-Bissau, tandis que le second s'est déplacé en Egypte, Congo Brazzaville, Ouganda et Ethiopie. Dès sa première prise de parole au Cameroun, Emmanuel Macron a choisi de mettre en scène lui-même cette « compétition » en Afrique entre deux « puissances » qui continuent de jouir d'un siège permanent au conseil de sécurité des Nations Unies.
Comme souvent dans ses interventions diplomatiques, le président français n'y est pas allé par quatre chemins. Il a qualifié (selon lui « avec beaucoup de calme et de sérénité ») la position « africaine » vis-à-vis de la guerre en Ukraine « d'hypocrisie », expliquant cette dernière par les « pressions diplomatiques » exercées par la Russie. Depuis le déclenchement du conflit en Ukraine, de nombreux pays africains se sont en effet abstenus lors de votes condamnant la Russie aux Nations unies. Y compris le Cameroun, où la signature d'accords de coopération militaire avec Moscou a récemment fait les gros titres. Après la prise de position d'Emmanuel Macron, le président camerounais Paul Biya a tenu à minimiser ce renouvellement d'un « accord préexistant » avec la Russie, en le présentant comme « un acte dans la routine des relations diplomatiques entre nos deux pays » et d'« un acte de pure gestion d'une relation bilatérale ».
Paternalisme de la posture française
En Afrique de l'Ouest, la « leçon » du président français a immédiatement suscité de nombreuses critiques. Hors de l'Hexagone, les commentateurs n'ont pas manqué de dénoncer le paternalisme de la posture française. Pour la France en perte de vitesse en Afrique, l'urgence n'est manifestement plus au renouvellement de ses relations avec les chefs d'État, et les sociétés civiles peuvent attendre. En Afrique, cette véritable fuite en avant de France, cette (non) stratégie à courte vue, l'enferme finalement dans un cercle vicieux qui l'amène chaque jour un peu plus à perdre en influence.