La France se mobilise pour les femmes dans les STEM

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(Crédits : DR)
Chiara Corazza, directrice générale du Women's Forum, a été chargée par le Gouvernement d'explorer des pistes visant à accroître la présence des femmes dans la science, la technologie, l'ingénierie et les mathématiques. Le rapport offre une série de recommandations, de l'école à l'entreprise. Les enjeux ? L'économie de demain et le leadership de la France dans ces domaines.

Le paradoxe est frappant : alors que la France a adopté nombre de dispositifs pour assurer l'égalité hommes / femmes dans l'économie, et fait, à cet égard, figure de leader, avec, par exemple, 44 % d'administratrices, la présence des femmes dans certains secteurs clés, dont ceux de la science, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques, communément appelés STEM, y est réduite. Ainsi, elles ne sont que 27% à faire du code...

Pas question d'en rester là. Il en va du leadership de la France. Et de la croissance durable de son économie. Conséquences de ce constat et de cette ambition, le Gouvernement a chargé le Women's Forum d'une mission, celle de proposer puis de piloter un plan de mobilisation nationale en faveur des femmes dans les métiers du secteur.  « Aujourd'hui, la faible représentation des femmes dans les professions STEM est un gigantesque manque à gagner en matière de croissance économique, d'innovation, de diversité de contenu, de créativité et d'attractivité », relève ainsi le rapport rendu récemment par Chiara Corazza, directrice générale du Women's Forum. En effet, les risques sont grands. Si les femmes voient leur vocation pour les STEM contrariée dès leur plus jeune âge, quels métiers exerceront-elles demain, lorsqu'ils domineront l'économie ? Déjà, cette année, « parmi les 10 métiers les plus recherchés en France, huit sont directement liées aux STEM », précise le rapport. Quand ces métiers - délégués à la protection des données,  ingénieurs en intelligence artificielle ou data scientists, seront-ils exercés par des femmes ? Sans cela, quelles seront leurs chances de réussite professionnelle et financière ? Et quelle sera, plus tard, leur possibilité de jouir d'une pension de retraite convenable ?

Dès aujourd'hui, le danger rode. Alors que les femmes ne sont, à l'échelle de la planète, que 22% à concevoir des algorithmes, plusieurs études ont mis en lumière des biais. Ainsi, ces algorithmes ont du mal à reconnaître des visages féminins. Et encore plus s'ils appartiennent à des minorités. Aussi Serena Williams ou Michelle Obama passent-elles inaperçues ! Même chose pour les algorithmes qui définissent les taux d'intérêt pour des emprunts ou les primes de contrats d'assurance, comme le rappelaient Fiona O'Brien, de Lenovo, et Sylvie Ouziel, d'Allianz Partners, à l'occasion d'un panel, lors du Women's Forum, en novembre dernier...

De l'école à l'entreprise

Il y a donc urgence à agir. Pour ce faire, le rapport du Women's Forum liste 27 recommandations, qui vont de l'école au monde de l'entreprise. Parmi les plus marquantes, Chiara Corazza et ses équipes proposent de lutter contre les stéréotypes, qui rebutent les jeunes filles, pourtant aussi douées - sinon plus - que les garçons dans ces domaines. Cela va de la mise en place d'activités obligatoires d'initiation aux STEM au lancement d'une « semaine des filles dans les STEM » en passant par un renforcement du rôle du référent égalité dans les collèges et les lycées et la création d'une plateforme numérique d'échange entre les jeunes filles et les femmes travaillant dans le secteur.

Au niveau des entreprises, le rapport suggère de créer des bourses d'excellence qu'elles financeraient afin de faire émerger des talents féminins dans les STEM en les liant aux perspectives d'embauche, et de les inciter à diriger leur taxe d'apprentissage vers les écoles qui cultivent la parité dans les filières STEM. Le rapport n'oublie pas non plus l'entrepreneuriat. Il s'agit d'assurer aux entrepreneures un accès équitable au financement public et privé et d'accroître leur participation aux appels d'offre.

Enfin, sur le modèle de la loi Copé-Zimmermann concernant les administratrices, le Women's Forum souhaite l'introduction, d'ici 2025, d'un quota de 30% de femmes STEM dans les conseils, et, d'ici 2030, d'un même quota dans les Comex. « Nos recommandations sont réalisables, concrètes, pragmatiques et visent à avoir un impact rapide et déterminant, sans nécessiter de financements supplémentaires », précise Chiara Corazza. « Et j'ai senti une forte volonté de la part du gouvernement et des acteurs économiques pour leur mise en œuvre ». Son engagement ? Qu'elles fassent boule de neige lors des prochains G7 et G20. « Les femmes doivent être là où l'on transforme le monde », conclut-elle.

Irène Frat

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Commentaires
a écrit le 13/02/2020 à 11:28 :
La véritable égalité serait de respecter les choix de chacun et non de les imposer dans le seul nom d'une pensée binaire générale.

Bref aider les femmes qui veulent se lancer dans ces métiers oui à fond tant pis si ça ne fera pas forcément du 50/50, mais imposer que les femmes doivent faire ces métiers c'est les traiter comme les hommes les ont traité toutes ces dernières millions d'années.

Vous n'avez décidément aucune notion de ce qu'est la liberté, quand on ne sait pas mieux vaut apprendre qu'imposer.

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