Entreprises : les délais de paiement se sont encore allongés en 2024
latribune.fr
Parmi les entreprises ayant subi des retards de paiement, 40% les attribuent aux difficultés financières de leurs clients, 27% à leurs problèmes organisationnels et 20% à leur gestion des flux de trésorerie.
Reuters
Entreprises : les délais de paiement se sont encore allongés en 2024
Le délai moyen de paiement entre entreprises s'est allongé en France cette année : 85% d'entre elles ont subi des retards, généralement plus longs et plus nombreux qu'en 2023, dans un contexte d'anticipations économiques pessimistes, selon une étude de Coface publiée mercredi.
Les amendes n'y font rien. En 2024, le délai moyen de paiement entre entreprises s'est allongé et 85% d'entre elles ont subi des retards, généralement plus longs et plus nombreux qu'en 2023.
Selon une étude de Coface, publiée mercredi, 97% des 640 entreprises de toutes tailles interrogées accordent des délais de paiement à leurs clients. Aucun secteur ne descend sous les 90%. Le délai de paiement moyen atteint 51 jours après 48,2 l'an dernier, contre 32 en Allemagne. Il est néanmoins de 70 jours en Chine et de 64 dans le reste de l'Asie.
Même les très petites entreprises, considérées comme moins enclines à le faire, sont 95% à accorder des délais, quoique plus courts. Les entreprises qui ont subi des retards sont 85% cette année, contre 82% l'an dernier. Elles sont 78% en Allemagne, 62% en Chine et 60% dans le reste de l'Asie, où les délais accordés sont plus longs mais les retards moins fréquents.
Cette année, 73% des TPE ont constaté un allongement des retards, contre 55% des ETI et des grandes entreprises. Dans des secteurs comme l'automobile, l'énergie, la pharmacie, l'agroalimentaire, les services financiers ou la construction, un quart des entreprises déclarent des retards excédant deux mois.
Les difficultés financières, première cause des retards
Parmi les entreprises ayant subi des retards de paiement, 40% les attribuent aux difficultés financières de leurs clients, 27% à leurs problèmes organisationnels et 20% à leur gestion des flux de trésorerie.
Ces constatations vont de pair avec les nouvelles hausses récentes de défaillances d'entreprises, dont les niveaux sont désormais nettement supérieurs à la période pré-Covid. Selon la Banque de France, leur nombre s'est établi à 62.893 entre septembre 2023 et août 2024, soit une hausse de 23,8% sur un an.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Dans un contexte qui n'est pas pourtant pas désastreux actuellement, avec des prix de l'énergie modérés, une désinflation confirmée, et une progression des salaires en termes réels, les entreprises ne sont pas très optimistes, et elles considèrent « l'environnement politico-social » désormais comme le premier risque pour leur entreprise, moins si elles sont exportatrices.
Dans une autre étude publiée mercredi, le cabinet Altares observe également un allongement des retards de paiement, qui s'établissent selon ses calculs à 12,9 jours en moyenne, presque un de plus que l'an dernier. Seules 48,7% des entreprises payent leurs clients à l'heure. Les délais dans le privé atteignent 12,5 jours, et dépassent 13 jours pour le public. Légalement, les délais de paiement sont de soixante jours en règle générale et de trente jours pour les frais de transport routier.
La DGCCRF veille pourtant au grain
La Répression des fraudes (DGCCRF), qui s'assure du respect des règles en matière de paiement des fournisseurs des entreprises, annonçait fin juin avoir engagé, de janvier à fin mai, 138 procédures de sanction contre des entreprises, pour un total de près de 30 millions d'euros d'amendes et pré-amendes.
Le constructeur automobile Renault a écopé de 2 millions d'euros d'amende, Ikea de 1,86 million d'euros, ArcelorMittal de 1,5 million d'euros, Eurodisney de 1,3 million d'euros et la banque HSBC Continental Europe de 1,27 million, à l'issue de contrôles « réalisés principalement en 2023 ».
Les retards de paiement « sont préjudiciables à la compétitivité et à la rentabilité des entreprises » prestataires pour les entreprises clientes, « en fragilisant leur trésorerie », expliquait alors la Répression des fraudes, qui a contrôlé les délais de paiement de 248 entreprises, dont 4 publiques, et a constaté des anomalies dans près de 28% des cas. 2.000 entreprises ont fait l'objet d'amendes pour un montant global de 157 millions d'euros depuis 2014.
La ministre déléguée démissionnaire aux Entreprises, Olivia Grégoire, avait dit en mars vouloir renforcer les sanctions contre les mauvais payeurs, regrettant « qu'un retard de paiement sur une grosse facture peut mettre en péril une entreprise ». Selon elle, « le montant de cette trésorerie dans la nature s'élève à 15 milliards d'euros, c'est colossal ».