Le succès des plans de relance face au Covid-19 n'est pas garanti

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(Crédits : Reuters)
Comment évaluer l'efficacité d'un plan de relance ? Tandis que la France présente ce jeudi la manière dont elle flèche les aides aux victimes économiques du confinement et du Covid-19, viendra dans quelques mois l'heure du bilan des choix faits par le gouvernement. Le refinancement par l'argent public est-il inévitable ?

Incontournables des politiques économiques en temps de crise, les plans de relance n'ont pas toujours eu le succès escompté, notamment après 2008, même si les institutions financières et les gouvernements assurent aujourd'hui avoir tiré les leçons de ces échecs pour combattre la crise actuelle.

"Ce qu'on a appris des plans de relance de 2008-2009 c'est que c'est important qu'ils soient coordonnés, qu'ils soient massifs et il ne faut pas les arrêter trop vite", résume Philippe Martin, président du Conseil d'analyse économique (CAE), organisme chargé de conseiller le gouvernement.

Lorsqu'explose la crise financière et bancaire de 2008, les Etats se concentrent d'abord sur le sauvetage des banques, puis mettent en place des plans de relance.

Lire aussi : Face au Covid, les banques européennes devraient augmenter leurs provisions de plus de 300 milliards

Mais en Europe, où la crise financière fait naître une crise de la dette grecque qui vire en lutte pour la survie de la zone euro, les Etats vont, dès 2011, stopper la relance et mener des politiques d'austérité.

Cette "énorme erreur", qui se traduit par exemple en France par des hausses d'impôts massives, fait que "l'Europe a mis dix ans à se remettre de la crise", constate Philippe Martin, pour qui les leçons ont été tirées aujourd'hui.

"Après la crise de 2008 il y a eu un débat très fort autour de la notion d'austérité et sur le fait qu'on n'a pas tenu assez compte de l'augmentation du chômage", abonde Xavier Ragot, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). "Ce débat est arrivé à maturité aujourd'hui, et on ne se focalise pas sur les dettes publiques" dans cette crise, ajoute-t-il.

Preuve en est la décision de Bruxelles de suspendre les règles de discipline budgétaire pour permettre aux Etats de soutenir sans états d'âme leurs économies.

L'argent public inonde l'UE

Ce que les Européens prévoient de faire avec des plans de 100 milliards d'euros en France, 130 milliards en Allemagne, tandis que les Etats-Unis préparent un plan de plus de 1.000 milliards de dollars.

Ces sommes sont bien plus importantes que ce qui avait été mobilisé en 2008, pour autant, le succès des plans de relance n'est pas garanti, car, contrairement à il y a douze ans, le manque de coordination plane entre les grandes économies.

"L'ambiance n'est pas la même: vous n'aviez pas Trump à la Maison Blanche, vous n'aviez pas le Brexit. On est dans une situation où la notion même de coopération internationale est beaucoup moins forte qu'en 2008", estime Philippe Martin.

Elle est pourtant indispensable: "cela permet d'éviter le risque de stimuler la production extérieure via les importations, plutôt que la production intérieure", explique Denis Ferrand, directeur général de l'institut Rexecode, citant le "contre-exemple français de 1981-1982".

Le tout nouveau gouvernement socialiste, à contre-courant de la plupart des autres pays, décide une relance par la demande en embauchant des milliers de fonctionnaires et en augmentant smic et allocations. Mais cela conduit à creuser le déficit commercial et à nourrir l'inflation, contraignant l'exécutif à arrêter sa politique.

Contrairement à 2008 encore, cette fois, la solution à la crise apparaît moins évidente.

"En 2008, il fallait donner du revenu aux gens pour qu'ils consomment, c'est-à-dire une relance par la demande au sens keynésien du terme, aujourd'hui il faut stabiliser le futur pour clarifier l'horizon des agents, les rassurer pour qu'ils consomment et investissent", avance Xavier Ragot.

Un plan est incertain si le contexte l'est aussi

Il faut donc articuler les plans de relance autour du soutien à la demande mais aussi à l'offre, c'est-à-dire aux entreprises. "Il s'agit plutôt de stimuler l'investissement des entreprises parce que le revenu des ménages, lui, a été relativement préservé", estime Denis Ferrand.

Avec une difficulté: l'incertitude "inédite" liée à l'évolution de la situation sanitaire, avec une possible deuxième vague. "Il faut être très prudent pour ne pas utiliser des cartouches pour rien. Même si le risque c'est, du coup, de ne pas en faire assez et pas assez vite", prévient Xavier Ragot.

Pour rassurer, la France comme l'Allemagne ont souhaité ancrer leurs plans dans une dimension stratégique: transformer structurellement leur économie, en accélérant la transition écologique.

Une vision de long terme, assez nouvelle dans le cadre d'une relance, selon les économistes interrogés par l'AFP, mais qui ne doit pas cacher les enjeux immédiats.

"La transition écologique, ce n'est pas ça qui va empêcher les pertes d'emplois dans des secteurs très fragilisés, comme la restauration ou le tourisme", pointe Denis Ferrand, même s'il juge qu'un plan de relance peut être "opportun" pour faire évoluer le système productif français.

"Il ne faut pas croire que c'est ça qui va nous sauver à l'automne-hiver", donc "il ne faut pas oublier les mesures de court terme, car les six prochains mois sont très dangereux", notamment pour l'emploi, prévient aussi Philippe Martin.

Lire aussi : Souveraineté, écologie, solidarité, emploi des jeunes... les 4 axes du Plan de relance que l'on connaît

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Commentaires
a écrit le 15/09/2020 à 10:54 :
Oui je suis d'accord
a écrit le 03/09/2020 à 13:04 :
Transition ecologique !, quel baratin. Depuis peu, voir la plethore de bagnoles electriques qui sortent des chaines de prod de toutes les marques en europe.
Toutes, ont des performances tres inferieures a prix egal (voir superieur) a ce que font Tesla, Kia ou Yundai, soit en terme d'autonomie KM et de qualite/finitions.
Prix moyen 35000 euros !
Qui actuellement en France est pret a mettre pareille mise pour si peu ?
Le gogo assurement.
a écrit le 03/09/2020 à 12:51 :
Les prix baissent ! Les stocks sont plein à craquer…..Et le plan de relance consiste à soutenir l'offre !!! Mais bon sang à quoi ça sert d'aider Renault à fabriquer encore plus de voitures si personne ne les achète ? RELANCE DE LA DEMANDE !!!! Augmentation des salaires, des retraites, des minimas sociaux dans toute l'Union….Qu'on ne me parle pas des importations….90% des exportations de l'UE se font à destination de l'UE ….Le problème est qu'on à un "leader" allemand….Beaucoup de muscles et une toute petite...Volonté politique…..
a écrit le 03/09/2020 à 11:34 :
Il faut en finir avec cette paranoïa collective, ce gouvernement schizophrène . Le Covid
s'est installé dans les têtes mais les hospitalisations ne sont pas nombreuses et la durée dans une unité de réanimation est passée pour un malade de 26 jours à 12 en moyenne.
Il y a 500 molécules pour traiter ce virus qui sont prometteuses. Ce Bal masqué collectif va finir par ruiner notre économie.Au final, une pandémie peu tueuse par rapport à d'autres dans notre histoire, beaucoup plus dévastatrices.
a écrit le 03/09/2020 à 9:06 :
le pb est que sous couvert de covid la france veut atteindre un autre objectif
et multiplier les objectifs surtout quand ils sont incompatibles, ca amene droit dans le mur.......
et mettre 30 milliards pour le chomage partiel, c'est pas tenable, pas plus que de financer les glandouilleurs intermittents du travail a hauteur de 2 milliards, vu ce qu'ils coutent deja en rythme annuel a l'unedic
a écrit le 03/09/2020 à 8:39 :
Le problème n'est pas que l'argent public serve à alimenter l'économie réelle, le problème c'est que cela se transforme toujours d'abord et avant tout en alimentations des paradis fiscaux de quelques uns. IL y a là un dysfonctionnement économique majeur

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