La Mutualité française a déclaré ce mercredi que les « propositions sociales » issues de l'extrême-droite sont « incompatibles avec les valeurs républicaines d'égalité et de fraternité ». La fédération qui regroupe les mutuelles de santé met en garde contre « l'anathème contre des minorités, le rejet de l'autre, la remise en cause de l'Etat de droit et des libertés publiques ».
La Mutualité française monte au front contre l'extrême-droite. « Les propositions sociales fondées sur un principe de préférence ou de priorité nationale inspirée par l'extrême-droite sont incompatibles avec les valeurs républicaines d'égalité et de fraternité », a déclaré ce mercredi la fédération qui regroupe les complémentaires santé à statut mutualiste.
«De manière plus large, l'exclusion des plus fragiles, l'anathème contre des minorités, le rejet de l'autre, la remise en cause de l'Etat de droit et des libertés publiques, ainsi que les raccourcis "attrape tout" démagogiques ne peuvent qu'être les ferments d'une société qui divise», a-t-elle ajouté.
La Mutualité française représente les complémentaires santé à statut mutualiste, qui ont versé 46% des prestations de complémentaire santé françaises en 2022, soit 13,8 milliards d'euros. Cette prise de position intervient alors que le RN recueille 33 à 34% d'intentions de vote pour les élections législatives anticipées, loin devant la majorité présidentielle (18 à 19%), selon deux sondages parus lundi.
Appel à « une mobilisation démocratique »
« Parce que nous sommes mobilisés pour garantir l'accès aux soins et la cohésion sociale, nous en appelons à une mobilisation démocratique » pour notamment « défendre la Sécurité sociale et assurer son financement », ajoute la Mutualité.
Il faut également « remettre en cause la financiarisation du système de santé et des secteurs médico-sociaux », et « garantir à toutes et tous un accès de qualité aux services publics, en faveur de l'accès aux soins et de l'accompagnement des situations de vulnérabilité, en définissant un nouvel aménagement du territoire », estime la Mutualité.
Les autres acteurs de la complémentaire santé sont les entreprises d'assurances (34% des prestations versées) et les institutions de prévoyance, à gestion paritaire patronat-syndicats (20% des prestations versées).
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Le patronat s'inquiète des idées économiques du RN
Lundi, ce sont les organisations patronales qui se sont également inquiétées que le RN, s'il remporte les législatives, ne détricote une politique économique qui a permis aux entreprises et à l'emploi de mieux se porter depuis 2017. Le Medef, qui défend des entreprises de toutes tailles et parmi elles les plus grandes, la CPME (petites et moyennes entreprises) et l'U2P (entreprises de proximité) ont envisagé de publier une position commune, avant d'y renoncer.
Mardi, dans un communiqué qui ne cite aucun parti, tout en visant clairement des projets du RN et, pour faire bonne mesure, de LFI, le Medef a dit redouter les propositions de « certains », « allant du retour de la retraite à 60 ans à l'indexation automatique des salaires sur l'inflation, en passant par la sortie du nucléaire ou de l'énergie éolienne ». « Elles se traduiraient immanquablement par une nouvelle dégradation de nos finances publiques et par des hausses d'impôt pour les ménages et les entreprises », a assuré le Medef, pointant aussi un risque « d'instabilité financière et de défiance de nos partenaires économiques ».
La CPME a évité également de citer le RN dans son propre communiqué, tout en rappelant ses priorités : poursuite de la politique de l'offre, décarbonation de l'économie et réforme du système de protection sociale.
L'U2P attend que le RN clarifie ses positions
Signe de l'inquiétude au sein du patronat, le président du Medef, Patrick Martin, et celui de l'U2P, Michel Picon, ont décidé lundi de mettre de côté temporairement leurs vifs sujets de discorde des derniers mois. « Face aux risques de propositions économiques ou sociales folles », il convient de « prioriser les intérêts de nos entreprises », a expliqué Michel Picon. Il a rappelé que l'U2P avait critiqué en 2022 le programme économique de Marine Le Pen.
Aujourd'hui, l'organisation veut « respecter le choix du peuple », mais attend du RN qu'il clarifie ses positions, sur des sujets comme la retraite ou l'immigration. Sur ce dernier point, « qu'en est-il pour tous les gens qui bossent chez nous aujourd'hui ? », s'est demandé Michel Picon.
Plus téméraire, le Centre des jeunes dirigeants (CJD), qui ne fait pas partie des organisations patronales représentatives, a enjoint mardi à ses membres d'« aller voter » aux législatives, « à l'heure où les partis d'extrême droite atteignent des niveaux de suffrage historiques ».
Forte incertitude pour l'économie française
L'arrivée au pouvoir du Rassemblement national (RN), en cas de victoire aux législatives, plongerait la France dans une grande incertitude, son programme économique aux contours « flous » menaçant de grave dérapage des finances publiques déjà exsangues, estiment des experts.
Signe des craintes suscitées par la décision du président Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée nationale, la Bourse de Paris a été entraînée dans le rouge lundi et mardi, au lendemain et surlendemain de cette annonce surprise, et les taux d'emprunt de l'Etat français ont augmenté, renchérissant le coût de la dette du pays.
Quoique critique envers l'accroissement de la dette publique, aujourd'hui supérieure à 3.000 milliards d'euros (environ 110% du PIB), le RN prévoit de nombreuses dépenses, loin d'être compensées par des recettes supplémentaires.
Parmi les principales propositions, la formation de Marine Le Pen veut abaisser à 5,5% la TVA sur les produits énergétiques, restaurer une retraite à 60 ans dans certains cas, exonérer d'impôt sur le revenu les moins de 30 ans, lancer un plan de 20 milliards d'euros pour la santé, construire 100.000 logements sociaux par an...
Outre leur coût, certaines mesures sont perçues comme contreproductives: la priorité donnée aux entreprises françaises dans les marchés publics pourrait priver celles-ci de l'accès à de tels marchés à l'étranger, et freiner l'immigration les priverait de travailleurs qu'elles peinent déjà à recruter.