Comme Sœur Anne, la tendre héroïne du conte La Barbe bleue de Charles Perrault, les dirigeants de PME et d'ETI ne voient rien venir. La reprise de l'activité ? Le retour des embauches ? Ce ne sera pas pour cette année si l'on juge par les résultats de la dernière mouture du baromètre exclusif LCL-La Tribune réalisée par Ipos. Certes, l'indice synthétique qui mesure le moral des ménages a progressé de 4 points en septembre et mars. Mais à 90, il se situe toujours très loin de sa moyenne de longue période, fixée à 100.
Pourtant, le PIB devrait progresser de 1% cette année ! Très loin du 0,4% enregistré en 2014. Un peu plus optimiste que le gouvernement, l'OCDE a précisé mercredi 18 mars que l'activité pourrait même augmenter de 1,1% en 2015 !
Le problème, c'est que les chefs d'entreprises ont l'habitude des discours volontaristes, des projections optimistes, voire fantaisistes de l'exécutif. Une coutume qui ne date pas de mai 2012. Il suffit de comparer les projections des derniers locataires de Bercy et les statistiques de l'Insee pour comprendre que l'art de la prévision est éminemment difficile dans le domaine économique.
Sur le terrain, c'est-à-dire à la lecture de leurs carnets de commandes en France, et pour celles qui exportent, à l'étranger - sur 3 millions d'entreprises, seules 121.000 exportent -, les chefs d'entreprises se gardent bien de tout enthousiasme excessif. L'heure est à la modération, en dépit d'un léger frémissement de la demande. Seuls 26% des chefs d'entreprise interrogés anticipent une hausse de leur activité cette année. Une proportion quasi-équivalente - 25% - table sur une baisse. Ils sont 48% à envisager une stabilisation de leur activité. Dans ce contexte, tirer des plans sur la comète est compliqué.
Résultat, si les achats d'équipement progressent, " la destruction d'emplois est toujours à l'œuvre ", observe Yves Fradier, le responsable du service des grandes enquêtes chez Ipsos.
L'inflexion de la courbe du chômage n'est donc pas pour demain, malheureusement pour les 3,48 millions de demandeurs d'emploi en catégorie A, un chiffre daté de janvier. Quant à la montée en gamme du made in France, que permet l'innovation, elle est encore hypothétique. Enregistrée par l'Office européen des brevets, la progression de 4% des demandes de brevets est surtout tirée par les efforts des grands groupes et des instituts de recherche publics. En effet, 69% des PME et ETI interrogées par Ipsos comptent valoriser leur démarche d'innovation en 2015.
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Pour l'instant, n'en déplaise au gouvernement et en particulier au ministère de l'Economie, les mesures contenues dans la politique de l'offre du gouvernement semblent donc avoir un effet pour le moins discret, permettant seulement de limiter la casse. La crise de 2008-2009 et ses soubresauts ont fait trop de dégâts dans le tissu productif français pour que l'activité redémarre par la simple grâce de quelques mesures fiscales.
Parmi ces mesures, citons les allégements de cotisations patronales en vigueur depuis le 1er janvier prévus par le Pacte de responsabilité, l'augmentation de 4% à 6% du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE). S'ajoutent à ces deux mesures qui permettent de réduire le coût du travail, la montée en puissance des nouveaux outils à l'exportation que l'exécutif vient de lancer parmi lesquels le crédit export.
La loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques dite Loi Macron peut-elle également stimuler l'économie, et ce dès cette année ? En charge de l'étude d'impact ex ante, France Stratégie est plutôt prudente. La réforme du travail dominical ?
II faudrait que les maires utilisent pleinement leur droit d'ouvrir les commerces de leurs communes douze fois par an pour cette mesure tant décriée dans les rangs mêmes de la majorité produisent des effets sur l'emploi.
L'ouverture de l'offre de transport par capital aurait des effets pour l'emploi, mais à certaines conditions. Il faut que l'offre bondisse de 50% - comme ce fut le cas au Royaume-Uni après l'ouverture du marché - et que la productivité progresse de l'ordre de 10 % pour que cette mesure créée 22.000 emplois.
Les effets de la réforme de la justice prud'homale sont hypothétiques, comme l'explique France Stratégie :
Quant aux mesures touchant les professions réglementées et l'urbanisme commercial, les effets sont quasi nuls sur l'activité et l'emploi.
Bref, plus qu'un coup d'accélérateur ou même un aiguillon pour l'activité, la loi Macron témoigne surtout de la volonté et de la capacité - même s'il a fallu que le gouvernement dégaine l'article 49.3 de la constitution le 19 février pour faire adopter la loi - de l'exécutif à réformer quelques structure de l'économie française.
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Quant à la baisse des cours de certaines matières premières, et notamment du brut, et à la dépréciation de l'euro face au dollar - depuis un an, l'euro a reculé de 23% face au dollar - et, ils semblent également sans effet.
Dans ce contexte, c'est un pronostic mi-figue, mi-raisin qu'Axelle Lacan, économiste chez LCL formule.
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