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ÉconomieFrance

Les chefs d'entreprises ne croient pas aux prédictions du gouvernement !

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 24 mars 2015 à 06:06 - Mis à jour le 24 mars 2015 à 06:06

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En dépit de l'amélioration de la conjoncture, les dirigeants de PME et d'ETI n'ont toujours pas un moral à toute épreuve. Entre septembre et mars, le baromètre LCL-La Tribune-Ipsos qui mesure la confiance des chefs d'entreprises progresse peu. Près d'un sur deux anticipe une simple stabilisation de l'activité de leur entreprise cette année.

Comme Sœur Anne, la tendre héroïne du conte La Barbe bleue de Charles Perrault, les dirigeants de PME et d'ETI ne voient rien venir. La reprise de l'activité ? Le retour des embauches ? Ce ne sera pas pour cette année si l'on juge par les résultats de la dernière mouture du baromètre exclusif LCL-La Tribune réalisée par Ipos. Certes, l'indice synthétique qui mesure le moral des ménages a progressé de 4 points en septembre et mars. Mais à 90, il se situe toujours très loin de sa moyenne de longue période, fixée à 100.

Pourtant, le PIB devrait progresser de 1% cette année ! Très loin du 0,4% enregistré en 2014. Un peu plus optimiste que le gouvernement, l'OCDE a précisé mercredi 18 mars que l'activité pourrait même augmenter de 1,1% en 2015 !

Le problème, c'est que les chefs d'entreprises ont l'habitude des discours volontaristes, des projections optimistes, voire fantaisistes de l'exécutif. Une coutume qui ne date pas de mai 2012. Il suffit de comparer les projections des derniers locataires de Bercy et les statistiques de l'Insee pour comprendre que l'art de la prévision est éminemment difficile dans le domaine économique.


La destruction d'emploi est toujours à l'oeuvre

Sur le terrain, c'est-à-dire à la lecture de leurs carnets de commandes en France, et pour celles qui exportent, à l'étranger - sur 3 millions d'entreprises, seules 121.000 exportent -, les chefs d'entreprises se gardent bien de tout enthousiasme excessif. L'heure est à la modération, en dépit d'un léger frémissement de la demande. Seuls 26% des chefs d'entreprise interrogés anticipent une hausse de leur activité cette année. Une proportion quasi-équivalente - 25% - table sur une baisse. Ils sont 48% à envisager une stabilisation de leur activité. Dans ce contexte, tirer des plans sur la comète est compliqué.

Résultat, si les achats d'équipement progressent, " la destruction d'emplois est toujours à l'œuvre ", observe Yves Fradier, le responsable du service des grandes enquêtes chez Ipsos.
L'inflexion de la courbe du chômage n'est donc pas pour demain, malheureusement pour les 3,48 millions de demandeurs d'emploi en catégorie A, un chiffre daté de janvier. Quant à la montée en gamme du made in France, que permet l'innovation, elle est encore hypothétique. Enregistrée par l'Office européen des brevets, la progression de 4% des demandes de brevets est surtout tirée par les efforts des grands groupes et des instituts de recherche publics. En effet, 69% des PME et ETI interrogées par Ipsos comptent valoriser leur démarche d'innovation en 2015.

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Les mesures du gouvernementales pour l'instant sans effet majeur

Pour l'instant, n'en déplaise au gouvernement et en particulier au ministère de l'Economie, les mesures contenues dans la politique de l'offre du gouvernement semblent donc avoir un effet pour le moins discret, permettant seulement de limiter la casse. La crise de 2008-2009 et ses soubresauts ont fait trop de dégâts dans le tissu productif français pour que l'activité redémarre par la simple grâce de quelques mesures fiscales.

Parmi ces mesures, citons les allégements de cotisations patronales en vigueur depuis le 1er janvier prévus par le Pacte de responsabilité, l'augmentation de 4% à 6% du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE). S'ajoutent à ces deux mesures qui permettent de réduire le coût du travail, la montée en puissance des nouveaux outils à l'exportation que l'exécutif vient de lancer parmi lesquels le crédit export.

La loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques dite Loi Macron peut-elle également stimuler l'économie, et ce dès cette année ? En charge de l'étude d'impact ex ante, France Stratégie est plutôt prudente. La réforme du travail dominical ?

« L'extension des horaires d'ouverture pourrait se traduire par une hausse de la demande globale de travail et donc in fine par des créations d'emplois ou une augmentation des heures travaillées. Les études empiriques portant sur quelques expériences étrangères confirment ces prédictions aucun effet sur les prix à la consommation n'est en revanche décelé. »


II faudrait que les maires utilisent pleinement leur droit d'ouvrir les commerces de leurs communes douze fois par an pour cette mesure tant décriée dans les rangs mêmes de la majorité produisent des effets sur l'emploi.

L'ouverture de l'offre de transport par capital aurait des effets pour l'emploi, mais à certaines conditions. Il faut que l'offre bondisse de 50% - comme ce fut le cas au Royaume-Uni après l'ouverture du marché - et que la productivité progresse de l'ordre de 10 % pour que cette mesure créée 22.000 emplois.

La loi Macron est surtout un message

Les effets de la réforme de la justice prud'homale sont hypothétiques, comme l'explique France Stratégie :

" Apriori, les objectifs visés par le projet de loi, de diminution des délais des procédures et d'amélioration de la prévisibilité des jugements, devraient aboutir à une meilleure sécurité juridique pour les salariés et à une réduction des coûts de licenciement pour les entreprises. En conséquence, la durée du chômage devrait diminuer et les effets sur l'emploi devraient à terme être positifs. L'amélioration de la prévisibilité des jugements en réduisant les coûts de recours pour les deux parties et en améliorant la qualité des saisines a des effets bénéfiques pour les salariés et pour les employeurs. Elle devrait se traduire par un accroissement de l'emploi. Néanmoins, comme nous l'avons souligné plus haut, la réduction des délais des procédures ne se traduit pas nécessairement par une diminution des coûts de licenciement pour les entreprises car elle peut accroître la fréquence des recours de la part des salariés"

Quant aux mesures touchant les professions réglementées et l'urbanisme commercial, les effets sont quasi nuls sur l'activité et l'emploi.

Bref, plus qu'un coup d'accélérateur ou même un aiguillon pour l'activité, la loi Macron témoigne surtout de la volonté et de la capacité - même s'il a fallu que le gouvernement dégaine l'article 49.3 de la constitution le 19 février pour faire adopter la loi - de l'exécutif à réformer quelques structure de l'économie française.

Heureusement, la conjoncture est favorable

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Quant à la baisse des cours de certaines matières premières, et notamment du brut, et à la dépréciation de l'euro face au dollar - depuis un an, l'euro a reculé de 23% face au dollar - et, ils semblent également sans effet.

Dans ce contexte, c'est un pronostic mi-figue, mi-raisin qu'Axelle Lacan, économiste chez LCL formule.

"Si la consommation des ménages restera le moteur de la croissance française en 2015, la contribution de l'investissement serait à nouveau négative, plombée par l'ajustement de l'investissement des ménages. Les ventes de logements neufs ont baissé en 2014 [environ -4% en volume], du fait notamment du niveau élevé des prix, de la hausse du chômage et du succès très mitigé du dispositif Duflot pour l'investissement locatif".

Et de poursuivre :

"L'acquis négatif laissé en fin d'année est tel, qu'il ne sera pas compensé par les performances modestes attendues en 2015. Du côté des entreprises, la demande progresse, mais à un rythme modéré. La profitabilité reste dégradée. Et la confiance est toujours fragile, les variations de stocks, modestes, en portant également la trace. Enfin, malgré la dépréciation de l'euro, la contribution du commerce extérieur serait nulle, le déficit structurel de compétitivité empêchant la France d'en tirer pleinement parti".

Fabien Piliu

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