Les syndicats de fonctionnaires perplexes après leurs premiers échanges avec le gouvernement
latribune.fr
Lundi, quand la CGT a inauguré le cycle d'entretiens de Guillaume Kasbarian avec les syndicats, deux revendications surnageaient : l'abandon du projet de réforme de la fonction publique et une augmentation générale des salaires.
Christian Hartmann
Augmentation des salaires, suppression de postes… Les syndicats de fonctionnaires montent au front face au gouvernement, à seulement quelques jours de la présentation du budget.
Les syndicats de fonctionnaires se tiennent sur leurs gardes. Ils sont ressortis perplexes de leurs premiers échanges avec le nouveau gouvernement, à quelques jours d'un projet de budget qui pourrait acter des suppressions de postes.
« Les discussions ont été franches », mais « nous n'avons pas eu de réponse à nos questions », a ainsi résumé auprès de l'AFP le secrétaire général de l'Unsa-FP Luc Farré, reçu ce jeudi par le nouveau ministre de la Fonction publique et de la Simplification, Guillaume Kasbarian.
D'autant que quelques heures après, le Premier ministre a expliqué sur France 2 que son gouvernement compte « fusionner des services publics » et « sans doute ne pas remplacer tous les fonctionnaires », afin de réduire les dépenses publiques.
«On va fusionner des services publics. On va sans doute ne pas remplacer tous les fonctionnaires quand ils ne sont pas en contact direct avec les citoyens», a-t-il déclaré.
La question centrale des effectifs
Lundi, quand la CGT a inauguré le cycle d'entretiens de Guillaume Kasbarian avec les syndicats, deux revendications émergeaient : l'abandon du projet de réforme de la fonction publique porté par son prédécesseur Stanislas Guerini, et une augmentation générale des salaires. La question des effectifs s'est ensuite invitée mercredi dans les discussions, après la publication d'un rapport de la Cour des comptes soulignant que la suppression progressive de 100.000 emplois dans les collectivités locales permettrait « une économie importante ».
L'entourage de Guillaume Kasbarian a appelé à ne pas « interpréter » le rapport. « Nous rappelons que la Cour des comptes y présente sept propositions d'économies chiffrées. Concernant celle sur la maîtrise des effectifs, il est important de ne pas l'interpréter comme une suggestion d'un sureffectif de 100.000 agents publics », a poursuivi le ministère, tout en avouant « partager l'analyse » de la Cour « sur l'optimisation des services publics locaux ».
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Le gouvernement réfléchit parallèlement à d'autres baisses d'effectifs, cette fois dans les ministères, dans le cadre du projet de budget pour 2025. Sollicité par l'AFP pour commenter la teneur des premiers échanges avec les syndicats, le ministère de la Fonction publique n'a pas souhaité réagir. Pour rappel, après avoir prôné 120.000 suppressions de postes de fonctionnaires durant son premier quinquennat, Emmanuel Macron souhaite désormais stabiliser les effectifs du secteur public (5,7 millions d'agents au total).
Pression autour des salaires
Reçue mercredi, la secrétaire générale de la CFDT Fonctions Publiques Mylène Jacquot a notamment insisté sur la question salariale, à l'heure où les huit organisations représentatives réclament une nouvelle augmentation générale après celles de 2022 (+3,5%) et 2023 (+1,5%).
Président de la Fédération autonome de la Fonction publique (FA-FP, 8e syndicat), Pascal Kessler souligne que l'ex-ministre du Logement a été « beaucoup plus affirmatif » sur son « envie » de reprendre en main le dossier du logement des agents publics, quelques mois après un rapport parlementaire qualifiant d'« insoutenable » la situation des fonctionnaires en la matière. Reçu lundi, le secrétaire général de la FGF-FO Christian Grolier a trouvé son interlocuteur « à l'écoute », mais « extrêmement prudent ».
Il a notamment interrogé le nouveau ministre sur le sort du projet de réforme de la fonction publique de Stanislas Guerini, qui prévoyait entre autres de développer la rémunération au mérite et de supprimer les catégories historiques de la fonction publique (A, B et C), au grand dam des syndicats. Guillaume Kasbarian a lui a répondu que le projet n'était « ni conservé, ni abandonné », affirme Christian Grolier à l'AFP.
Sur le chemin de « la simplification »
Enfin, sur le sujet de la simplification, une semaine après avoir promis de « débureaucratiser à tous les étages », le ministre « a tenu à clarifier ses propos », en précisant que « ce n'était pas une critique sur les agents », se félicite Mylène Jacquot. Une clarification bienvenue puisque « les défis de la fonction publique aujourd'hui, c'est quand même de réussir à attirer et à donner aussi envie aux gens de rester », poursuit-elle.
Pour Christian Grolier, « ces dernières années » dans la fonction publique, « la simplification et la numérisation se résumaient à des suppressions de postes et restructurations ». « Si c'est ça » que le gouvernement prévoit, « on sera en totale opposition », prévient-il, se disant toutefois prêt à « regarder comment améliorer l'efficacité du service public, le service rendu à l'usager ». Guillaume Kasbarian doit boucler lundi ce premier cycle de discussions en recevant Solidaires-FP, la CFE-CGC et la FSU.