Barnier assume son choix d'augmenter les impôts des plus riches
latribune.fr
« Dans l'effort que nous allons faire pour réduire la dette, 60 milliards, il y aura deux tiers de réduction des dépenses publiques. Et ça va être très dur », a prévenu le Premier ministre Michel Barnier sur France 2.
Interrogé sur France 2, Michel Barnier a voulu jeudi asseoir son autorité, en assumant des hausses d'impôts pour quelque « 300 entreprises » ainsi que « les personnes les plus fortunées ».
[Article publié vendredi 4 octobre à 7h34 et mis à jour à 11H35] Michel Barnier a sifflé la fin de la récréation. Sur France 2, jeudi soir, le Premier ministre a ainsi assumé les hausses d'impôts malgré les critiques de députés macronistes.
«Nous allons demander un effort aux plus grandes entreprises qui font plus d'un milliard» d'euros de chiffre d'affaires, «cela représente 300 entreprises», a développé le chef du gouvernement. Le «temps » de cette contribution supplémentaire « sera fixé dans la loi », « ce sera un an, peut-être deux ans». «Mais il n'y aura pas d'impôts nouveaux sur la quasi-totalité des 4 millions d'entreprises», a-t-il ajouté, en réfutant tout «choc fiscal».
Le chef du gouvernement avait été mis sous pression dans la matinée par Gérald Darmanin, fer de lance des opposants dans le camp macroniste à toute augmentation de la fiscalité. « Inacceptable », avait notamment fustigé l'ancien ministre des Comptes publics, prévenant qu'il ne « voterait pas une augmentation d'impôts », en considérant notamment qu'une révision des allègements de cotisations patronales reviendrait à « une augmentation du coût du travail » et une remontée du chômage.
Le Premier ministre a aussi rappelé que cet effort demandé aux plus riches avait été « mis en place par François Fillon et Nicolas Sarkozy ». Ce n'est pas en effet pas la première fois que les plus aisés sont sollicités en France pour participer davantage à l'effort collectif de désendettement. Décidée sous la présidence de Nicolas Sarkozy au sortir de la crise financière, une contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) est mise en place en 2012, censée perdurer jusqu'à ce que les comptes des administrations publiques soient à nouveau à l'équilibre.
« C'est un pied posé dans la porte qui était fermée à triple tour par Emmanuel Macron », a reconnu l'eurodéputé Raphaël Glucksmann sur France 5. « S'il y a une mesure qui va dans le sens de ce que l'on prône, (...) on ne va pas dire "haro sur lui !", a poursuivi Raphaël Glucksmann, qui considère cependant qu'il « faut aller plus loin », et rendre cette potentielle « contribution exceptionnelle »« pérenne » et « plus large ».
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Même son de cloche chez la présidente PS de la région Occitanie Carole Delga, qui a rappelé que les socialistes défendent la taxation des superprofits des grandes entreprises et des plus riches depuis deux ans. « Le principe répond à ce que nous demandions, c'est-à-dire d'avoir un impôt plus juste, plus proportionné », a-t-elle salué sur franceinfo, précisant qu'elle allait « étudier les modalités » de la proposition de Michel Barnier.
De son coté, l'insoumise Mathilde Panot a assuré ce vendredi sur BFMTV que les impôts défendus par le Premier ministre représentent des « miettes ». « Cela fait sept ans que nous proposons des amendements pour taxer les superprofits. Là ils nous disent "nous allons demander des miettes aux plus riches qui se sont engraissés comme jamais sous le quinquennat d'Emmanuel Macron" », a regretté la cheffe de file des insoumis à l'Assemblée nationale.
« Ce qui m'inquiète, c'est l'austérité qui va être faite. Les cadeaux fiscaux vont être payés par les retraités, les malades, les neuf millions de pauvres », a poursuivi la députée insoumise.
«Ne pas remplacer tous les fonctionnaires»
« Dans l'effort que nous allons faire pour réduire la dette, 60 milliards, il y aura deux tiers de réduction des dépenses publiques. Et ça va être très dur », a par ailleurs prévenu le Premier ministre, en annonçant son intention de « fusionner des services publics » et « sans doute ne pas remplacer tous les fonctionnaires ».
Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste, a réagi dans la foulée soulignant que la facture allait « être payée par les services publics, par les restrictions qui vont être opérées, par toute une série de mesures qui vont en fait impacter le quotidien des familles moyennes et modestes ». Le leader insoumis Manuel Bompard a taclé quant à lui un Premier ministre « exécuteur des basses œuvres d'Emmanuel Macron ».
Lancer le chantier de « l'allocation sociale unique »
Michel Barnier a encore indiqué vouloir lancer « pour l'année prochaine » un chantier de « l'allocation sociale unique », « de telle sorte qu'au bout de ce travail, ça paye plus de travailler que de ne pas travailler », un projet défendu par Laurent Wauquiez (LR).
Première étape : le vote du budget, dont le Premier ministre a admis qu'il passera probablement par un 49.3, « puisqu'il n'y a pas de majorité » à l'Assemblée nationale.
Sur le front de l'immigration, Michel Barnier a repris la main après que son ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a provoqué l'ire de bon nombre de macronistes pour avoir assuré que l'Etat de droit n'était « pas sacré » ou que l'immigration n'était « pas une chance ». « C'est moi qui fixe la ligne. Il y aura des mesures rigoureuses pour maîtriser » l'immigration, a assuré Michel Barnier, tout en semblant écarter l'idée d'une nouvelle loi réclamée par Marine Le Pen. « Je ne vais pas me lancer dans des grands débats idéologiques. »
Le Premier ministre attendu au Sommet de l'élevage
Michel Barnier se rend ce vendredi au Sommet de l'élevage à Cournon-d'Auvergne (Puy-de-Dôme), auprès d'une profession dont les troupeaux sont touchés par plusieurs maladies. Le Premier ministre, dont ce sera le deuxième déplacement en province après le congrès des pompiers à Mâcon samedi, sera accompagné par la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, déjà sur place ce jeudi.
Il a également annoncé que son gouvernement « reprendrait sans délai » le projet de loi d'orientation pour la souveraineté agricole, qui avait été modifié après les manifestations du secteur début 2024. Mais son examen avait été interrompu par la dissolution. Annie Genevard, la ministre de l'agriculture, a annoncé jeudi sur France Bleu Auvergne que le texte, adopté en mai par l'Assemblée nationale avant la dissolution, serait directement envoyé au Sénat.