Luca de Meo, de l’automobile au luxe : le mercato qui fait vibrer les analystes

Luca de Meo a été désigné pour prendre la tête de Kering à compter du 15 septembre.
Reuters

Luca de Meo a été désigné pour prendre la tête de Kering à compter du 15 septembre.
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Mercato de haut vol au CAC 40. Renault a perdu l'artisan de son redressement et Kering a raflé la mise. Dimanche 15 juin, le constructeur automobile annonçait le départ surprise de son directeur général, Luca de Meo, en poste depuis cinq ans. À peine vingt-quatre heures plus tard, Kering officialisait sa nomination à la tête du groupe de luxe. Un mercato éclair qui a pris de court analystes financiers et gérants de fonds.
Même surpris par l'annonce, les analystes financiers n'ont pas tardé à rendre un premier avis unanime : Luca de Meo manquera à Renault. Le dirigeant milanais de 58 ans est considéré comme ayant largement contribué au redressement de Renault grâce à la nouveauté des produits, à l'innovation technologique, à la transition vers les véhicules électriques, à la revalorisation de la marque et au retour à la croissance et aux bénéfices.
La séance boursière du lundi 16 juin a clairement reflété cette perte de l'artisan du redressement de Renault, qui a clôturé en recul de plus de 8 %, tandis que Kering grimpait de 11 %. La Tribune compile pour vous les réactions des analystes financiers, afin de mieux comprendre ce qui s'est joué hier à la Bourse de Paris.
Dans leurs notes, les analystes financiers alertent sur le risque d'un vide stratégique après le départ de Luca de Meo, qui devait présenter à l'automne prochain un nouveau plan stratégique, baptisé « Futurama », pour tenter de pérenniser le succès récent du groupe. Cette incertitude en matière de gouvernance est d'autant plus marquée que le président, Jean-Dominique Senard, devra quitter ses fonctions en 2027, conformément aux règles de gouvernance du groupe.
Pour RBC Capital Markets, ce départ soudain porte un coup dur au plan stratégique de Renault. Il pourrait fragiliser les partenariats clés, notamment avec Nissan et Stellantis, et nuire à la dynamique engagée par de Meo. Jefferies souligne le mauvais timing de ce départ, au moment où Renault entre dans une phase charnière de définition stratégique, ce qui pourrait générer des incertitudes à court et moyen terme. Ils ajoutent même que ce départ « renforcera les inquiétudes quant à la capacité de Renault à rester indépendant, à l'influence croissante de Geely en tant qu'investisseur minoritaire (moteurs, Corée, Brésil) et à l'interférence de l'État français, qui détient 15 % du capital ».
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Les analystes s'accordent à dire que, malgré les incertitudes autour de la gouvernance - notamment concernant le plan Futurama et la succession de Luca de Meo -, les fondamentaux de Renault restent solides. Natixis souligne que le constructeur bénéficie d'un portefeuille de produits bien positionné, gagne des parts de marché en Europe et demeure relativement épargné par certains vents contraires du secteur, comme la hausse des droits de douane américains ou la pression croissante de la concurrence chinoise.
Dès l'annonce pressentie dimanche du départ de Luca de Meo pour Kering, certains ont ouvert le champagne, y voyant une occasion de redresser un groupe en grande difficulté financière. D'autres, en revanche, restent prudents, bien conscients de l'énorme défi qui l'attend, surtout avec Gucci, en très mauvaise posture alors que la marque représente 40 % des ventes du groupe.
Kepler Cheuvreux se montre particulièrement enthousiaste, soulignant l'expérience marketing de Luca de Meo acquise chez Fiat, Seat et Renault, un atout majeur pour le redressement de Kering. « Nous voyons d'un bon œil la nomination d'une personne extérieure à l'entreprise, et Luca de Meo pourrait être le profil idéal pour mener à bien le redressement », ont déclaré les analystes de Kepler Cheuvreux.
Bernstein voit dans son profil une bonne adéquation avec le secteur du luxe, même si cela reste à démontrer : « Nous pensons qu'un PDG au regard neuf pourrait impulser des changements majeurs. » Parmi les priorités listées par Bernstein, figurent la résolution des tensions liées au modèle des codirecteurs généraux délégués, le renforcement de l'équipe dirigeante de Gucci, ainsi que la réorganisation ou la rationalisation des investissements (capex) au niveau du groupe et des marques.
Les analystes de Citi se montrent plus prudents, soulignant que le processus de redressement d'une marque de luxe est devenu beaucoup plus long, complexe et coûteux. « Nous pensons qu'il est prématuré d'adopter une position plus positive compte tenu du manque de visibilité sur le redressement de Gucci. Il reste encore beaucoup de travail à accomplir », ont-ils déclaré.
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De son côté, Deutsche Bank Research adopte une position pragmatique, puisqu'elle revoit son objectif de cours pour Kering à la baisse (de 340 euros à 320 euros), tout en conservant sa recommandation « d'acheter » le titre.