Luca de Meo, le stratège aux costumes taillés et aux idées tranchantes
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Photo d'illustration
GONZALO FUENTES
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C'est une annonce qui a pris de court le monde automobile. Luca de Meo, 58 ans, quitte la direction générale de Renault, cinq ans après avoir pris les rênes d'un constructeur alors en crise profonde. En bon communicant, il avait baptisé son plan de relance « Renaulution » : une révolution en trois actes qui a profondément remodelé le groupe tricolore.
De Meo n'est pas un inconnu chez Renault : c'est là qu'il avait démarré sa carrière dans les années 1990, avant d'enchaîner les succès chez Fiat - où il a relancé la mythique 500 - puis chez Volkswagen, où il a revitalisé la marque espagnole Seat. À son arrivée à Boulogne-Billancourt en 2020, le constructeur sortait exsangue de l'affaire Carlos Ghosn, marqué par des tensions internes, une chute des ventes et une gouvernance affaiblie.
L'Italien francophone - costume impeccable, tempes argentées, regard affuté - s'attelle alors à une tâche titanesque : restaurer la rentabilité d'un groupe en perte de vitesse. Son plan est clair : montée en gamme, réduction des coûts, recentrage sur les modèles les plus rentables et virage stratégique vers l'électrique.
Sous sa houlette, Renault accélère sa transition énergétique avec le retour annoncé des Renault 4 et 5, en versions 100 % électriques. Ces modèles emblématiques sont appelés à incarner la « Renaulution » et à repositionner le losange sur le marché des véhicules à forte valeur ajoutée. Les résultats suivent : en 2024, le groupe affiche une rentabilité record, une performance saluée par les marchés. L'action Renault, après avoir touché le fond en 2018, a retrouvé des couleurs.
L'extension de la marque Alpine à l'international, notamment via la Formule 1, symbolise aussi cette volonté de remonter en gamme. En parallèle, Renault se désengage progressivement du thermique, confiant son avenir dans ce domaine à la cœntreprise Horse, fondée avec le chinois Geely.
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Le dernier chantier, plus complexe, restera inachevé : la redéfinition des relations avec le partenaire japonais Nissan. Si l'alliance historique a été assouplie, un accord de réduction croisée des participations à 10 % seulement a été signé en mars 2024. De Meo voulait un partenariat plus équilibré, mais la relation reste marquée par les tensions héritées de l'ère Ghosn.
Luca de Meo détonne dans le paysage industriel français. « Ce n'est pas un dictateur, il a beaucoup d'éducation, ne crie jamais », raconte un ancien collaborateur de Seat. Charmeur, exigeant, parfois impatient - « son principal défaut », selon l'un de ses proches -, il conjugue rigueur stratégique et sensibilité artistique. « Il travaille ses dossiers comme un scientifique, mais avec un instinct d'artiste », résume un ancien cadre de Renault.
Sa gestion du groupe aura traversé une conjoncture particulièrement agitée : pénuries de semi-conducteurs, guerre en Ukraine, retrait de Russie... Malgré ces turbulences, Renault a su préserver sa trajectoire grâce à une discipline financière renforcée et un recentrage assumé sur ses priorités industrielles.
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Fils de banquier, citoyen du monde - ayant vécu dans 12 pays, notamment au Brésil, en Côte d'Ivoire et au Nigeria - De Meo a cultivé une vision cosmopolite de l'industrie. Francophone depuis l'enfance, il manie la langue de Molière avec aisance, bien que teintée d'un léger accent italien. Marié, père de jumeaux, il laisse derrière lui un groupe transformé, désormais prêt pour un nouveau chapitre stratégique : « Futurama », comme il l'avait lui-même baptisé.
(avec AFP)
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