Manifestation des professions libérales : les raisons de la colère

La mobilisation de ce mardi a été lancée par 13 organisations syndicales réunies au sein du collectif #SoignantsTrahis. (Photo d’illustration.)
Reuters

La mobilisation de ce mardi a été lancée par 13 organisations syndicales réunies au sein du collectif #SoignantsTrahis. (Photo d’illustration.)
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« Non au blocage des tarifs. » Tel est le message derrière la mobilisation ce mardi des soignants exerçant en libéral (kinésithérapeutes, infirmiers, médecins, dentistes, sages-femmes, orthophonistes...). Lancée par 13 organisations syndicales réunies au sein du collectif #SoignantsTrahis, elle prendra la forme d'un cortège. Ses participants doivent s'élancer à 13 heures de la place des Invalides, à Paris, où ils ont commencé à se réunir à partir de 11 heures, direction le ministère de la Santé.
L'élément déclencheur de ce mouvement de contestation interprofessionnelle ? L'avis émis, le 18 juin, par les experts du comité de suivi de l'Objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam). Selon eux, compte tenu du rythme observé sur les quatre premiers mois de 2025, les dépenses de l'ensemble de l'année devraient dépasser de 0,5 % le montant fixé. Autrement dit, les dépenses d'assurance maladie prennent la direction de la zone rouge. Or, ce qui peut paraître peu ne l'est en fait pas : ce 0,5 % représente un dépassement de 1,3 milliard d'euros, le montant total de dépenses ayant été établi à 265,9 milliards d'euros cette année.
Conséquence directe de cette alerte : la suspension de toutes les mesures de revalorisation des professionnels de santé initialement prévues. Pour ceux « concernés (médecins spécialistes, masseurs-kinésithérapeutes, chirurgiens-dentistes libéraux), les revalorisations sont donc suspendues et s'appliqueront au 1er janvier 2026 », au lieu du 1er juillet 2025, a indiqué la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) à l'AFP le 20 juin, précisant qu'il s'agit d'une suspension « automatique [qui] ne relève pas d'une proposition ou d'une décision de l'Assurance maladie ».
Concrètement, côté médecins, les pédiatres, gériatres, dermatologues, endocrinologues, gynécologues et médecins de réadaptation vont devoir attendre six mois de plus la revalorisation fixée par la convention médicale signée l'an dernier, dont le niveau varie selon les spécialités. À titre d'exemple, la consultation d'un psychiatre devait passer de 51,70 euros à 57 euros et celle d'un gynécologue de 33,50 euros à 40 euros. Pour les kinés, le gel porte sur une « hausse de l'ordre de 8 % sur les actes de kinésithérapie les plus courants », selon la Fédération française des masseurs-kinésithérapeutes.
Ce décalage a par la suite été confirmé par le gouvernement, par la voix de sa ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin, et de son homologue aux Comptes publics, Amélie de Montchalin. Toutes deux ont présenté devant les députés, le 25 juin, des mesures d'urgence destinées à freiner ce « dérapage » des dépenses de l'Assurance maladie. Et même davantage, puisqu'elles sont censées permettre d'atteindre 1,7 milliard d'euros d'économies.
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Ainsi, puisque le glissement des dépenses depuis janvier s'explique notamment par une forte hausse des indemnités journalières - les sommes versées par l'Assurance maladie en cas d'arrêt de travail (+6,7 % entre janvier et avril par rapport à la même période en 2024) - le plan prévoit 100 millions d'euros d'économies, en luttant contre les fraudes.
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Dans le viseur également de la ministre : les dépenses de transport sanitaire. Elles ont « augmenté de 45 % depuis la période pré-Covid », a-t-elle avancé. Estimant que leur maîtrise est un « impératif », Christine Vautrin a confirmé l'intention de l'exécutif d'appliquer la réforme controversée du modèle de tarification, qui a pourtant récemment donné lieu à une forte mobilisation des taxis.
S'ils ne sont pas concernés par le report de la revalorisation des tarifs, les pharmaciens font tout de même partie de la mobilisation de ce mardi. Car leur profession est visée par une autre mesure d'économie : 500 millions d'euros dans le secteur du médicament. Pour les atteindre, le gouvernement veut notamment instaurer un plafond sur les remises que les laboratoires accordent aux pharmacies sur les médicaments génériques. Il est actuellement fixé à 40 % du prix du générique et l'exécutif veut le baisser à un taux compris entre 20 % et 25 %.
Or, ces ristournes constituent un élément de la rémunération des pharmaciens, représentant « un tiers de [leur] marge », a plaidé auprès de l'AFP Guillaume Racle, conseiller économie pour l'Union de syndicats de pharmaciens d'officine (Uspo). En cas d'un nouveau plafond à 20 %, cela représenterait un manque à gagner de 600 millions d'euros pour les officines, selon ses calculs, soit « 30 000 euros » par structure.
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Les syndicats de pharmaciens contestent en outre cette mesure et affirment qu'elle entraînerait une baisse des prix qui aurait des répercussions, d'une part sur les emplois et, d'autre part, sur les pénuries de médicaments. C'est pourquoi la Fédération des pharmaciens de France (FSPF), syndicat majoritaire, appelle à « une grève des gardes » à compter de ce mardi 1er juillet.
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