Michel Barnier n'a pas emménagé dans les appartements privés de Matignon. Chaque soir, il continue à retourner à son domicile parisien, qu'il loue à quelques pas de là. Est-ce un moyen pour lui de se rappeler que, du jour au lendemain, tout peut s'arrêter ?
De cette semaine, il sera en tout cas sorti plutôt renforcé. À l'occasion de sa déclaration de politique générale, son habilité a été globalement saluée. « Il a installé une vraie tonalité. Il a ringardisé la génération punchline », a jugé Laurent Wauquiez. Lorsqu'il l'avait reçue Rue de Varenne, Élisabeth Borne, qui avait eu à gérer les vociférations de La France insoumise lors du même exercice, lui avait donné un conseil : « Ne vous laissez pas interrompre. » Au final, l'ex-commissaire européen a été lui-même surpris de ne pas être plus chahuté - il s'est fait la remarque lors de son intervention à la tribune.
Mardi, ce sont les députés Ensemble pour la République (EPR) qu'il affrontera. Pour la première fois, Michel Barnier viendra participer à la réunion du groupe présidé par Gabriel Attal. Ces derniers jours, les cris d'orfraie des députés macronistes sur la politique fiscale qu'il entendait mener se sont multipliés. « En fait, sa politique, c'est la nôtre, sans les réformes, avec les impôts », griffe l'un des plus éminents membres du groupe. Avec Gabriel Attal, les relations demeurent complexes. Dès la passation de pouvoir, le trentenaire a eu le sentiment que son successeur ne voulait cesser de démontrer qu'il n'avait pas de proximité avec la Macronie. D'entrée de jeu, Michel Barnier a considéré que les députés EPR seraient au pas car jamais ils ne prendraient le risque de faire censurer son gouvernement puisque cela aurait pour conséquence immédiate de fragiliser le président issu de leur camp.